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à quoi pense-t-on quand on prend une douche ?

Réflexions sous la douche

3 min
À retrouver dans l'émission

L'ONU a reconnu il y a 10 ans l'accès à l'eau potable et à l'assainissement comme un droit humain fondamental. Y pense-t-on suffisamment quand on prend une douche ?

à quoi pense-t-on quand on prend une douche ?
à quoi pense-t-on quand on prend une douche ? Crédits : georgeclerk - Getty

Je suis tombé pendant mes vacances sur le témoignage d’une personne qui expliquait avoir pris l’habitude de se munir d’un seau à chacune de ses douches, afin de récupérer le trop-plein d’eau qui s’écoule en pure perte, tant que celle-ci n’a pas atteint la bonne température. Je m’en sers ensuite, expliquait-elle, pour arroser mes plantes.

Bien que convaincu de la nécessité de lutter contre le gaspillage des ressources, voilà qui m’est d’abord apparu comme quelque chose d’un peu ridicule, une forme domestique de greenwashing…sans compter le côté peu pratique de devoir partager son espace intime avec un récipient en plastique, fut-ce dans une douche à l’italienne.

Le hasard a voulu que, quelques jours plus tard, je tombe cette fois sur un reportage consacré à Hydrao, une start-up grenobloise. Qui dit start-up dit innovation : en l’occurrence, un pommeau de douche connecté, qui donne à l’eau une couleur différente selon ce que vous consommez. 10 litres : l’eau est bleue ; 20 litres : elle devient verte ; 30 : elle passe à l’orange ; 40, vous êtes dans le rouge (je cite de mémoire).

Là encore, voilà qui, à première vue, relève du gadget et de l’excès de bonne conscience écolo (le dispositif ayant pour but de nous alerter sur notre niveau excessif de consommation d’eau). Mais après y avoir réfléchi, j’en suis arrivé à cette alternative : quel est le comportement le plus aberrant ? Placer un seau sous un pommeau lumineux pendant sa douche ? Ou bien agir comme si l’eau était une ressource non mesurable ?

Je vais sans doute recevoir du courrier pour me contredire, mais il me semble que cette question d’un usage économe, dans notre vie quotidienne, de ce bien commun qu’est l’eau, reste encore assez marginale. La parcimonie n’est pas dans nos usages. Tout juste apprend-on aux enfants à ne pas laisser le robinet du lavabo ouvert lorsqu’ils se brossent les dents.

Il est vrai qu’en moyenne, les ménages ne représentent que 10% de la consommation des ressources hydrauliques, l’industrie et l’agriculture se taillant la part du lion. Notre participation, en tant qu’individus, à ce qu’on appelle le stress hydrique (c’est-à-dire lorsque la demande en eau est supérieure au stock disponible) est donc marginale.

Elle ne nous dédouane pas pour autant de notre responsabilité à user avec modération d’une ressource qui, à notre décharge, nous est longtemps apparue comme inépuisable, donc ne nécessitant pas d’être protégée. Ainsi, lors de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’Homme en 1948, il n’en est pas fait mention. Il faudra attendre le 29 juillet 2010, il y a tout juste 10 ans, pour que l’Assemblée générale des Nations Unies adopte une résolution qui reconnait que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un droit humain fondamental, ‘’essentiel au plein exercice du droit à la vie’’.

Mais un droit qui s’exerce de manière différente selon notre position géographique. Selon la Coordination EAU Ile de France, ‘’la pandémie du Covid-19 a jeté un énorme coup de projecteur sur la crise de l’eau, la moitié de la population mondiale n’ayant pas d’endroit pour se laver les mains avec du savon et de l’eau chaude’’. La jauge de 50 litres d’eau par jour et par personne, considérée comme le minimum recommandé par l’ONU, est loin d’être atteint partout. En France, nous en consommons trois fois plus.

Au-delà des considérations écologiques, il y a donc une nécessité éthique d’économiser davantage cette ressource, eu égard aux difficultés d’accès d’une partie de nos semblables.

Mais respecter l’eau, c’est aussi se respecter soi-même, sa part d’humanité. Comme le rappelle le philosophe Baptiste Morizot dans son livre ‘’Manières d’être vivant’’ (Actes Sud), ''l'eau qui emplit et active les deux tiers de notre corps a transité hier par les océans et les nuages'' ; ‘’l’eau salée qui coule dans nos veines n’est que la rémanence concrète de l’eau de mer des océans primordiaux’’ ; ‘’nous descendons en droite ligne d’une éponge gorgée d’eau de mer’’ ; ‘’songez-y lorsque vous utilisez une éponge naturelle sous la douche : vous frottez votre corps avec celui de votre ancêtre’’.

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