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le consensus n'est pas toujours mou

Pas si mous !

3 min
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La Convention citoyenne pour le climat se réunissait pour sa quatrième session ce week-end. Une session marquée par l’intervention d’Emmanuel Macron, et par la présentation des premières propositions des groupes de travail.

le consensus n'est pas toujours mou
le consensus n'est pas toujours mou Crédits : Douglas Sacha - Getty

Dans la grande famille des invertébrés, le consensus tient une place de choix. On dit généralement de lui qu’il est mou. Un corps sans squelette. A force de vouloir ménager les avis contraires pour atteindre l’unanimité, la matière obtenue manque de consistance et finit par ne plus satisfaire personne.

On pouvait craindre que la Convention citoyenne pour le climat accouche d’un tel avatar, eu égard à la diversité constitutive de cette assemblée ad hoc. Rappelons brièvement de quoi il s’agit : 150 citoyens sélectionnés après avoir d’abord été tirés au sort, et qui travaillent depuis le mois d’octobre en vue de définir des mesures pour faire baisser les émissions françaises de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici 2030 (par rapport à 1990).

Le collège constitué se veut représentatif de la population française, notamment sur le plan des idées politiques. Faire émerger des propositions qui satisfassent l’ensemble des 150 citoyens de la Convention semble donc relever de la gageure, et rendre exécutoire cette loi de la physique qui veut que toute idée un peu radicale plongée dans le bain du consensus en ressort toute ramollie.

Et c’est peut-être d’ailleurs cette perspective qui explique que le chef de l’Etat ait fait preuve d’une telle audace en avril dernier, en décidant du principe de cette assemblée, et en lui promettant que ses propositions seraient soumises ‘’sans filtres, soit à référendum, soit au vote du Parlement, soit à application réglementaire directe’’.

Or si tel était son calcul, il risque d’être surpris. Hier après-midi avaient lieu les restitutions des premières propositions des différents groupes de travail. Pas toujours bien fagotées ces propositions, souvent un peu floues (quand il faudrait au contraire être précis comme le leur a demandé Emmanuel Macron vendredi), mais molles, certainement pas.

Ainsi le groupe ‘’Travailler’’ qui, après avoir posé comme principe liminaire : ‘’nous voulons produire pour vivre, et non vivre pour produire’’, suggère que ‘’tous nos outils de production’’ soient adaptés ‘’aux exigences de la transition’. De quelle manière ? En introduisant des clauses environnementales dans tous les marchés publics, en réglementant le numérique pour le rendre moins carboné, ou en réduisant le temps de travail sans perte de salaire dans un objectif de sobriété.

Le groupe ‘’Se Nourrir’’ propose de ‘sauvegarder les écosystèmes en légiférant contre les crimes d’écocide’, de faire muter notre agriculture pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre en utilisant les aides de la PAC comme levier, ‘’Se Déplacer’’ entend faire un sort à l’usage de la voiture en solo, ‘’Se loger’’ veut ‘’rendre obligatoire et coercitive la rénovation globale des bâtiments’’. Dans son introduction, le groupe ‘’Consommer’’ fait le constat suivant : ‘’nous devons évidemment moins consommer’’.

D’aucuns y verront à coup sûr l’indice d’une manipulation, un noyautage du processus délibératif par des encadrants écolos sournois, profitant de la naïveté de l’échantillon pour faire passer leurs lubies.

Ce serait ne pas comprendre la puissance du symptôme ni l’importance du défi. Le symptôme : la radicalité des premières propositions (dont on verra bien comment elles évoluent d’ici la restitution finale début avril) témoigne d’une diffusion massive des idées écologiques dans l’opinion, sans rapport avec leur assise électorale : peut-être s’agit-il d’un nouveau conformisme ?

Le défi : celui auquel va bientôt être confronté l’exécutif. Plus les propositions  de la Convention seront précises, plus elles auront vocation à se transformer en loi, voire à être soumises à référendum. Le chef de l’Etat et le gouvernement auront alors du mal à justifier qu’elles ne soient pas reprises, ‘sans filtre’ comme cela a été annoncé. Vivement le mois d’avril !

par Hervé Gardette

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