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cette année, le Jour du dépassement a eu lieu le 22 août

Passées les bornes, y a plus de limites

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Le Jour du dépassement a eu lieu cette année le 22 août. Il fixe le moment où nous avons consommé ce que la planète peut produire en un an. Il faudrait s'inspirer de la nature, qui ignore cette notion de 'dépassement'

cette année, le Jour du dépassement a eu lieu le 22 août
cette année, le Jour du dépassement a eu lieu le 22 août Crédits : Darko Zivlakovic / EyeEm - Getty

New-York, 2022, 44 millions d’habitants, des températures constamment caniculaires.  Les arbres ont disparu, les rivières sont à sec, il n’y a plus d’animaux, ni domestiques, ni sauvages. A part quelques riches privilégiés, la population en est réduite à s’entasser dans les halls d’immeuble pour dormir, et à se nourrir de plancton, composté dans de petites tablettes qui ressemblent à des bouts de savonnettes. Sauf que comme toutes les autres ressources, le plancton vient aussi à manquer. Attention, spoiler : les cadavres humains vont rejoindre le garde-manger.

J’ai regardé ‘Soleil vert’ de Richard Fleischer pour la 1ère fois ce week-end. Le film, un classique du cinéma d’anticipation, date de 1973. Il est considéré aujourd’hui comme un film pionnier, le premier à avoir mis la catastrophe écologique au cœur de son propos. Propos qu’on pourrait résumer ainsi : après avoir épuisé la quasi-totalité des ressources de la planète, l’Homme en est réduit à s’auto-détruire.

Le hasard du calendrier veut que ce même week-end, avant-hier, avait lieu le désormais célèbre Jour du dépassement. Le Jour du dépassement est avant tout un coup de génie marketing, davantage qu’une vérité scientifique incontestable. Il s’agit de calculer à quel moment de l’année l’humanité toute entière a consommé les ressources que la planète peut produire en un an, avant de devoir puiser dans les réserves : c’est ce que nous faisons depuis deux jours et ce jusqu’à la fin de l’année, en tout cas selon les calculs de l’ONG américaine Global Footprint Network.

Les modalités de calcul, dont je vous épargne les détails (ça m’arrange), font l’objet de critiques, mais ce qui est intéressant à retenir ici, c’est le message principal, terriblement efficace sur le plan médiatique, et surtout pertinent sur le plan écologique : nous consommons davantage que ce que les écosystèmes peuvent nous offrir. A ce rythme-là, la réalité va rejoindre la science-fiction.

Cette capacité mortifère à dépenser davantage que ce qui est disponible est peut-être bien ce qui nous distingue, nous humains, du reste du monde vivant. Car dans la nature, il n’y a pas de Jour du dépassement. La notion de déchet n’existe pas : tout y est recyclé. Et si ‘’chaque organisme est en concurrence avec les autres pour accéder à des ressources énergétiques limitées’’, c’est justement cette concurrence qui fait que ces ressources ‘’sont utilisées au juste niveau nécessaire’’ et que ‘’les organismes mettent au point des stratégies diversifiées pour économiser l’énergie’’, comme l’explique bien Emmanuel Delannoy dans ‘’L’économie expliquée aux humains’’ (Wildproject).

Dans ‘’Géomimétisme. Réguler le changement climatique grâce à la nature’’ que publient ces jours-ci Les Petits Matins, Pierre Gilbert explique que cette ‘’loi de la maximisation du rendement énergétique est la règle d’or de l’évolution dans la plupart des cas. Si un organisme dépense trop d’énergie pour se nourrir, il souffrira d’un désavantage face aux individus les plus efficaces, qui auront donc plus de chances de survivre. C’est l’un des mécanismes de la sélection naturelle’’, décrite par  Charles Darwin.

Le biomimétisme (dont j’aurai l’occasion de vous reparler, et dont le géomimétisme est une déclinaison) propose donc de s’inspirer de ces stratégies d’adaptation du vivant, qui remontent à des milliards d’années, pour tenter d’y trouver des réponses à un développement supposément plus durable.

Mais on peut aussi se demander pour quelles raisons sommes-nous sortis de ce schéma darwinien, au point que notre espèce, en dépensant sans compter, en vienne à constituer une menace vitale pour toutes les autres ? A moins que notre capacité destructrice ne soit le point culminant de l’histoire évolutive de l’humanité. Souvenez-vous, ‘Soleil vert’ (retour du spoiler) : après avoir épuisé les ressources naturelles, les humains en sont réduits à manger leurs propres cadavres pour subsister : un exemple parfait d’économie circulaire. N’est-ce pas là une admirable capacité d’adaptation ?

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