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chat alors !

Pâtée pour chats

4 min
À retrouver dans l'émission

Le chat jouit d'un statut privilégié dans le regard que nous portons sur le règne animal. Roi des animaux de compagnie - et depuis peu star des réseaux sociaux, le chat est également un infatigable prédateur pour la biodiversité... doublé d'un désastre domestique en matière de production de déchets.

chat alors !
chat alors ! Crédits : SensorSpot - Getty

Dans la famille Gardette, je demande le chat. Lequel n’en est pas un, puisque c’est une chatte : Lili, dont je me rends compte à l’instant que je ne sais ni très bien son âge (7 ou 8 ans, à la louche), ni très bien comment on écrit son nom : faut-il un I ou un Y à la fin ? Je n’en sais rien.

Il faut dire que nos rapports ont toujours été distants. Défenseur acharné de la biodiversité, je lui en veux d’avoir systématiquement détruit les plantes de l’appartement, avant de régurgiter les feuilles mélangées à de la bile sur le tapis du salon. Nous vivons désormais environnés de cactus.

Lili a considérablement aggravé son cas lors du Défi Zéro Déchets (dont je crois vous avoir déjà parlé). Il faut savoir : et d’une, que la litière est un déchet qui, à Paris, ne peut pas être recyclé ni composté, sauf à disposer d’un jardin privé au pied de son immeuble ; et de deux, que la concaténation de la litière et de l’urine produit des sortes de boulettes compactes qui pèsent très lourd dans une poubelle ; et de trois, que ma chatte a développé une forme rare d’incontinence, nous privant de la première place lors de ce fameux Défi.

N’ayant aucune envie de me faire occire sur les réseaux sociaux par les défenseurs des animaux, j’avais décidé de garder pour moi mon amertume et cette pensée coupable à propos du genre félin en général, et de sa représentante locale en particulier : si seulement elle s’était perdue, nous aurions gagné. Jusqu’à ce qu’une amie m’envoie ce message il y a quelques jours : ‘’Ça fait un moment que j’ai une idée de chronique pour toi : la surpopulation des chats, dangers pour la biodiversité’’. Je n’imaginais pas qu’il y aurait une telle profusion de littérature à ce sujet.

Au hasard de mes lectures, j’ai d’abord appris que la France comptait plus de treize millions de chats en 2017, deux millions de plus qu’en 2010, presque dix millions supplémentaires par rapport à 1967. Une sorte de baby-boom ininterrompu, un désastre écolo.

C’est que l’espèce, quand elle est domestiquée, ne se contente pas d’agglomérer la sciure. Si l’on remonte dans son tube digestif, on se rend compte que le chat est avant tout un ventre, une véritable usine à recycler des croquettes et de la pâtée, produits carnés presque aussi bas de gamme que ceux qu’on trouve dans nos hachis parmentier. Sur le blog Défi écologique, on peut lire cette estimation : un chat consommerait 8,74 grammes de viande par jour, soit 3190 grammes par an, ce qui, rapporté au nombre total de chats en France, représente 43066 tonnes de viande chaque année.

Le chat, bien nourri, pourrait s’en tenir là, considérant que son empreinte carbone est suffisamment conséquente pour ne pas en rajouter. Il en rajoute. Pour peu qu’il ait accès à l’extérieur (dans la majorité des cas), c’est le roi de la pause casse-croûte. En 2013, la revue Nature, qui est à la science ce que l’Ancien Testament est aux croyants, publiait cette étude pour les Etats-Unis : ‘’Nous estimons que les chats domestiques en liberté tuent de 1,3 à 4 milliards d’oiseaux et de 6,3 à 22,3 milliards de mammifères par an. Ils sont probablement la plus grande source de mortalité anthropique pour les oiseaux et les mammifères’’. Chasseurs, ils ne sont pas chassés : d’où le problème.

On pourrait dire d’eux qu’il vaut mieux les avoir en photo qu’à table, mais ça se discute, tant le ‘’petit chat trop mignon’’ a colonisé les réseaux sociaux et les agrégateurs de vidéo, contribuant ainsi à aggraver la pollution numérique.

Je faisais part hier matin à Aurélien Bellanger de mon intention d’écrire ma chronique sur ce sujet. Il me répondit par un conseil de lecture : ‘’Tu devrais relire Freedom de Jonathan Franzen. Je ne sais plus très bien quand mais à un moment donné, il y a un personnage qui parle de sa détestation des chats’’. Génial, j’allais pouvoir caser une citation. Moins génial : Freedom fait 718 pages. Le fameux passage ‘’Walter n’avait jamais aimé les chats. Pour lui, ils étaient les sociopathes de l’univers des animaux de compagnie, etc." se trouve page 700 !

700 pages pour retrouver la bonne citation. Connaissant l’amour des écrivains pour les chats, je soupçonne Aurélien Bellanger de l’avoir fait exprès.

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
3 min

La Théorie

007 victime du coronavirus ou d’un complot ?

Bibliographie

Freedom

FreedomL'Olivier, 2011

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