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les données du cloud peuvent brûler, c'est donc que le réel existe ?

Perdu dans le cloud

4 min
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Un incendie a détruit mercredi dernier les locaux strasbourgeois d’OVH, un hébergeur de données. Aussi étrange que cela puisse paraitre, ce fait divers m’a plutôt rassuré.

les données du cloud peuvent brûler, c'est donc que le réel existe ?
les données du cloud peuvent brûler, c'est donc que le réel existe ? Crédits : Carol Yepes - Getty

Un incendie a détruit mercredi dernier les locaux strasbourgeois d’OVH, un hébergeur de données (ou data center). Aussi étrange que cela puisse paraitre, ce fait divers m’a plutôt rassuré. C’est la transition de ce matin.

Il faut dire que quelques jours plus tôt, j’avais vécu un moment surréaliste au téléphone, avec tout ce que ce terme suppose d’absurde et de poésie :

  • allo, la SNCF. Je voudrais réserver un billet. J’ai essayé de le faire sur votre site mais à chacune de mes tentatives, un message d’erreur apparait.
  • bonjour monsieur. Vous êtes allé sur quel site pour acheter votre billet ?
  • sur le site Oui Sncf.
  • et bien dans ce cas, il faut que vous les appeliez !
  • ah bon ? Mais je ne suis pas à Oui Sncf ?
  • non ! Nous c’est Sncf !            
  • !?!

Cette anecdote est 100 % véridique. Elle m’a plongé dans une profonde perplexité. Comment une entreprise peut-elle héberger, sous le même nom, deux entités distinctes dont la finalité est la même, à savoir vendre des billets de train ? Il y a sans doute d’excellentes raisons mais elles ne sautent pas aux yeux. A moins qu’il s’agisse avant tout de décourager les clients d’appeler les plateformes téléphoniques avec de vrais humains au bout du fil, pour les obliger à ne plus passer que par internet.

N’est-ce pas ainsi que le monde de l’entreprise évolue, en dématérialisant à outrance une partie de ses activités ? En les confiant à des serveurs et à des robots ? Après tout, c’est ce qui m’est arrivé il y a quelques mois à Radio France avec mes fiches de paie. Jusqu’à présent, la DRH me les envoyait par courrier. Désormais, elles sont stockées dans le cloud, et c’est comme si mon salaire était devenu virtuel.

Ce processus de dématérialisation n’est pas nouveau. Il y a tout juste 20 ans, le patron d’Alcatel, Serge Tchuruk, avait créé la sensation en prophétisant l’avènement de l’entreprise sans usines. Cette stratégie avait un nom : le ‘’fabless’’. Son but : tout miser sur la conception des produits, la matière grise, et déléguer la fabrication, considérée comme moins noble, à des sous-traitants. 

Certes, 20 ans plus tard, les usines n’ont pas disparu, mais cette idée d’une virtualisation de l’entreprise, elle, reste plus que jamais d’actualité. Exemple radical : celui de la marque californienne Fashion Nova, qui ‘’propose entre 600 et 900 nouveaux modèles de vêtements par semaine. Pourtant, elle n’existe que par un site web de vente en ligne. Toute l’activité de création et de production est déléguée à un réseau de plus de 700 sous-traitants’’.

Dans son rapport ‘’Scénarios de rupture à l’horizon 2040’’ (qui évoque justement le cas de Fashion Nova), le think tank Futuribles, spécialisé dans la prospective, anticipe une accélération de la dématérialisation et de l’automatisation de la force de travail dans les prochaines décennies. Y compris dans le domaine de la matière grise. Ainsi, selon Futuribles, on pourrait voir apparaitre en 2040 le 1er algorithme capable de concevoir et de gérer, seul, la commercialisation d’un produit. La ‘’recherche et développement’’ déléguée à une intelligence artificielle.

Bref, le numérique, l’IA, la robotisation…vont continuer à bouleverser en profondeur le monde de l’entreprise. Et de mes mésaventures avec la SNCF, j’en suis venu à imaginer un monde façon Brazil ou Métropolis, entièrement mécanisé, totalement déshumanisé. Cauchemardesque….

…mais stop ! Voilà que l’incendie qui a ravagé les locaux de l’entreprise OVH la semaine dernière à Strasbourg est venu me tirer de ce mauvais rêve. Le sinistre n’a heureusement pas fait de blessés, mais une partie des données hébergées par ce data center est partie en fumée. Et bien le fait d’apprendre que la dématérialisation a des limites, que le web n’est pas qu’une abstraction mais a aussi une existence physique, capable de brûler ; le fait de comprendre que le virtuel, c’est aussi du concret, que le réel existe, voilà qui m’a durablement rassuré.

J’espère juste que mes fiches de paie n’étaient pas hébergées dans leur cloud.

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