LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
qui du philosophe ou du sociologue est le plus costaud pour penser les enjeux écologiques ?

Philosophes vs Sociologues : on refait le match

3 min
À retrouver dans l'émission

A vue de nez, les philosophes produisent davantage d'ouvrages sur l'écologie que les sociologues. Un effet d'optique ?

qui du philosophe ou du sociologue est le plus costaud pour penser les enjeux écologiques ?
qui du philosophe ou du sociologue est le plus costaud pour penser les enjeux écologiques ? Crédits : Augustas Cetkauskas / EyeEm - Getty

’Pourquoi y a-t-il autant de philosophes qui s’intéressent à la question écologique et si peu de sociologues et de politologues ?’’ Voilà l’étrange question que je me suis posé il y a quelques dimanches, en observant la pile de livres que j’avais ramenée à la maison pour tenir le temps du reconfinement : visuellement, avantage aux premiers au détriment des seconds.

Dans le champ des sciences humaines, la philosophie semble avoir une longueur d’avance s’agissant de l’écologie. Autant je suis capable de dresser spontanément une liste d’auteurs qui travaillent sur ce thème : Serge Audier, Vinciane Despret, Baptiste Morizot, Corine Pelluchon, Dominique Bourg, Joëlle Zask...autant je cale vite pour d’autres disciplines. Le premier sociologue qui me vient à l’esprit : Bruno Latour, mais n’est-il pas avant tout philosophe ?

Comme cela m’arrive parfois, plutôt que de garder pour moi cette interrogation existentielle, je l’ai postée sur Twitter (on s’occupe comme on peut, surtout le dimanche) et je dois dire que je ne m’attendais pas à avoir autant de réponses, et des réponses aussi intéressantes. En reprenant des bouts d’arguments des uns et des autres, j’ai tenté d’en faire la synthèse.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

S’il y a davantage de livres de philosophes, c’est d’abord ‘’parce qu’ils n’ont pas besoin de faire du terrain’’, contrairement aux sociologues. La philosophie supporte mieux l’enfermement que la sociologie. Ils ont donc le temps de publier davantage.

Par ailleurs, ‘’les sociologues et les politologues voient les éléments de la civilisation à travers elle-même’’ tandis que ‘’les philosophes savent observer le système en s’en extirpant’’. Autrement dit, la philosophie serait d’autant plus apte à penser l’écologie qu’elle échappe plus facilement à l’anthropocentrisme.

Autre aspect : le caractère global de l’une, et plus thématique de l’autre. Ainsi, ‘’parler en philosophe des inégalités environnementales est aisé, quand il faut plusieurs sociologues spécialisés dans la reproduction des inégalités’’, dans la répartition de celles-ci sur le territoire : pour penser le monde, un cerveau suffit, pour le retranscrire, il en faut plusieurs.

Il faut aussi de la matière à observer. Or ‘’jusqu’à présent, l’écologie est restée théorique. Les expérimentations concrètes et analysables sont assez récentes. Il doit y avoir des travaux sur le Larzac ou sur l’engagement anti-nucléaire mais part ça, il n’y a pas beaucoup de matière à analyse concrète.’’ Pour que la sociologie s’empare davantage de l’écologie, il faut donc que l’écologie s’empare davantage de la société.

Question d’échelle de temps également. Le politologue s’intéresse aux ‘’prochaines élections’’, le sociologue à ‘’la prochaine explosion en banlieue’’, tandis que la philosophie, elle, ‘’interroge l’essence de l’existence et son devenir’’, ‘’elle réfléchit aux notions fondamentales’’ : elle est donc plus apte à penser les grands enjeux de notre temps.

Je tenais là des explications tout à fait convaincantes, en réponses à ma question initiale : ‘’pourquoi y a-t-il autant de philosophes qui s’intéressent à la question écologique, et si peu de sociologues et de politologues ?’’ A ceci près que j’avais peut-être mal formulé cette question. Avant de poser celle du pourquoi, qui plait tant aux philosophes, j’avais sauté une étape : cette idée du primat d’une discipline sur les autres est-elle vérifiée ? La philosophie a-t-elle vraiment pris le dessus ?

Non ! ‘’C’est un effet media : ils invitent toujours des philosophes pour causer d’écologie’’ ; ‘’c’est un effet de loupe : les philosophes ont, en France, une parole publique qui est très sollicitée. A l’étranger, c’est très différent’’ ; ‘’c’est un effet de visibilité. En nombre brut, il y a pas mal de sociologues et surtout de politistes qui travaillent la question. Mais ils sont perdus dans la masse’’.

Vous avez remarqué que j’ai anonymisé les réactions, simplement pour ne pas alourdir la chronique. Mais je vais faire une exception en citant Pierre Charbonnier. Philosophe, il a publié en début d’année ‘’Abondance et Liberté’’ aux éditions la Découverte, et il écrit ceci : ‘’un sociologue respecté m’a dit, à propos de mon livre : il y a déjà tout dans Durkheim !’’. Je me suis dit, Guillaume, que cette conclusion allait vous faire plaisir.

Chroniques
8H51
3 min
Carnet de philo
Faut-il se faire vacciner en public (quand on est un responsable politique) ?
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......