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est exemplaire ‘’ce qui est destiné à servir de leçon en frappant les esprits par sa rigueur’’ (Larousse)

Pour l'exemple

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L'Etat se veut plus exemplaire en matière d'écologie. Mais le changement des pratiques ne fait pas forcément une politique.

est exemplaire ‘’ce qui est destiné à servir de leçon en frappant les esprits par sa rigueur’’ (Larousse)
est exemplaire ‘’ce qui est destiné à servir de leçon en frappant les esprits par sa rigueur’’ (Larousse) Crédits : David Trood - Getty

Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que François Hollande avait fait de la normalité l’ossature fantasmée de son mandat. Un Président normal, c’est-à-dire comme vous et moi, qui se déplace en train pour aller à Bruxelles, lors de son premier sommet européen en mai 2012 (à ceci près que ni vous, ni moi, ne sommes invités à ce genre de sommet).

‘’Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire’’ : le choix du ferroviaire plutôt que de l’aérien entrait dans cette promesse d’exemplarité. Mais chassez l’Airbus A330, il revint au galop. Si l’habit ne fait pas le moine, le véhicule fait le Président, le protocole monarcho-républicain eut raison des voyages en train.

Tout ça pour dire que la promesse d’exemplarité n’est pas simple à tenir. Voire périlleuse à formuler si elle n’est pas suivie d’effets. Notamment sur le terrain de l’écologie : ainsi Jacques Chirac et notre Maison qui brûle, ainsi Nicolas Sarkozy et son Grenelle de l’environnement.

Si j’évoque cette question ce matin, c’est parce qu’hier se tenait à l’Elysée le quatrième Conseil de défense écologique (une instance voulue par Emmanuel Macron), et qu’au cours de ce Conseil, il fut notamment question de l’exemplarité de l’Etat et de ses agents, autrement dit de leur capacité à incarner, dans leurs rapports quotidiens avec la population, la transition écologique. Est exemplaire, nous dit le Larousse, ‘’ce qui est destiné à servir de leçon en frappant les esprits par sa rigueur’’.

Un catalogue de mesures a été annoncé à cet effet. Comme toutes celles et ceux qui travaillent au service de l’Etat (ils sont 2,4 millions), le président de la République devrait donc pouvoir, à partir de juillet, bénéficier d’un forfait mobilité durable de 200 euros s’il se rend au travail à vélo, disposer d’une place de stationnement sécurisée pour sa bicyclette, ne prendre l’avion que si le temps de trajet par voie ferroviaire est supérieur à 4h, ne plus utiliser que du papier recyclé pour ses discours…

C’est utile, à n’en pas douter. C’est cohérent avec les préoccupations du moment. Mais ça ne fait pas une politique. De la même manière que ce n’est pas parce que vous triez vos déchets que vous modifiez en profondeur votre manière de consommer, ce n’est pas parce que l’Etat s’affiche plus vertueux au quotidien que sa politique est forcément plus verte. L’un peut se faire sans l’autre.

Par ailleurs, l’exemplarité en matière de respect de l’environnement peut parfois masquer des priorités assez peu environnementales. Ainsi le gouvernement Fillon fut assez volontariste pour promouvoir une ‘’politique étatique d’éco-responsabilité’’, plus économe. C’est ce que raconte bien la juriste Emmanuelle Deschamps dans un article de 2012 pour la Revue française d’administration publique. Mais cette démarche s’inscrivait dans un cadre plus large : celui d’une politique de réduction de la dépense publique. Demander à l’Etat et à ses services de faire des économies d’énergie, c’était d’abord lui demander de faire des économies tout court (ce qui peut se défendre d’un point de vue comptable, mais politique environnementale et austérité budgétaire ne vont pas très bien ensemble)

Encore que l’inverse n’est pas toujours vrai non plus. Second exemple : la région Poitou-Charentes et son ancienne présidente. En 2010, Ségolène Royal décide d’investir dans la filière de la voiture électrique, en finançant la reconversion d’une entreprise de carrosserie en difficulté. Beaucoup d’argent est dépensé (plusieurs millions d’euros), la région détient une part du capital, la présidente donne de sa personne en s’affichant au volant de la petite voiture. Ce sera un échec : en 2014, l’entreprise est mise en liquidation.

Moralité : ce n’est pas parce que l’Etat affiche son exemplarité en matière d’écologie que sa politique est exemplaire.

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
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