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manifestation en faveur de la défense des animaux, Madrid (Espagne), décembre 2020

Protéger les animaux pour se protéger soi-même ?

4 min
À retrouver dans l'émission

L'Assemblée nationale débat cette semaine de la loi renforçant la lutte contre la maltraitance animale. Que dit-elle de l'attention que nous portons à nos semblables ?

manifestation en faveur de la défense des animaux, Madrid (Espagne), décembre 2020
manifestation en faveur de la défense des animaux, Madrid (Espagne), décembre 2020 Crédits : Marcos del Mazo - Getty

Interdire les exhibitions d’animaux sauvages dans les cirques itinérants et les delphinariums ; rappeler à chaque nouveau propriétaire ses obligations à l’égard de son animal de compagnie et ainsi lutter contre les abandons ; renforcer les sanctions pénales pour mauvais traitement, jusqu’à 3 ans d’emprisonnement en cas de mort de l’animal : voilà quelques-unes des mesures de cette proposition de loi, débattue jusqu’à vendredi.

Le texte, bien qu’incomplet selon l’aveu même de son rapporteur, marque néanmoins une étape importante dans la prise en compte de la question animale. Le monde associatif n’en a plus l’exclusivité. C’est un sujet de débat politique, comme en témoigne la naissance du Parti animaliste en 2016 (près de 500 000 voix aux dernières européennes, ce qui n’est pas rien) ou encore la création, la même année, d’une commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage.

La science, en faisant progresser les connaissances, notamment sur la sensibilité animale, nous rend, à notre tour, plus sensibles à ces questions. Elle donne des arguments aux considérations d’ordre éthique, et fait progresser l’idée d’un projet zoopolitique, c’est-à-dire un projet qui repense de fond en comble les relations institutionnelles entre l’homme et l’animal. Mais que disent ces évolutions de nos relations à nos semblables ? Autrement dit, l’attention que nous portons aux animaux est-elle liée à celle que nous portons aux autres humains ?

En 1966, Brigitte Bardot, déjà très engagée dans la lutte pour la défense animale, est interrogée sur ce sujet dans l’émission Panorama : 

-attachez-vous plus, moins ou autant d'importance à ce problème des animaux malheureux qu'à celui du Vietnam ?

-alors je vais vous dire, ça, c'est une question que j'attendais. Je vais vous dire : l'un n'empêche pas l'autre. Si on a du coeur et qu'on s'attache à un problème misérable, animal ou humain, si on s'attache au problème animal, on s'attache aussi au problème humain, l'un va avec l'autre. Si vous êtes capable de faire du mal à un animal, vous êtes aussi capable de faire du mal à un être humain.

Evidemment, certaines des prises de position ultérieures de la comédienne jettent un voile de doute sur cette corrélation. Mais c’est bien cette idée que ce que l’on fait subir aux uns, on peut le faire subir aux autres, qui va guider l’élaboration du droit en faveur des animaux.

Ainsi la loi Grammont, la 1ère du genre, en 1850, qui punit les mauvais traitements infligés en public aux animaux domestiques, vise moins à protéger les animaux de la violence qu’à contenir celle de leurs maitres. Comme l’écrit l’historien Maurice Agulhon dans Le sang des bêtes, ‘’lorsqu’on parlait de protection des animaux au XIXe siècle…on espérait qu’en réfrénant cette violence mineure, on aiderait à réfréner la violence majeure des humains entre eux. La protection des animaux voulait être une pédagogie. C’était un problème de relation à l’humanité, et non de relation à la nature’’.

C’était aussi un outil de régulation sociale. Dans un texte pour la revue Déviance et société, un autre historien, Eric Pierre, explique qu’il est alors courant, dans le milieu de la protection animale, ‘’de penser que le cocher qui maltraite son cheval se montre violent au sein de sa famille et plus largement dans ses relation sociales, alors que celui qui conduit son attelage avec douceur, sans brutalité, a toutes les chances d’être un bon père et un ouvrier soumis’’.

Cette façon de voir les choses parait datée. Mais est-ce vraiment le cas ? En 2014, Damien Baldin, auteur d’une ‘’Histoire des animaux domestiques’’, évoquait dans une interview au Monde un sordide fait divers, le cas d’un chaton martyrisé par un jeune homme dans une vidéo devenue virale : ‘’l’émotion qui s’en est suivie n’est pas seulement révélatrice d’une sensibilité accrue de l’opinion publique vis-à-vis des animaux. Elle montre aussi la persistance de cette vieille idée : on protège les animaux pour se protéger soi-même des violences.’’

On remarquera que la proposition de loi actuellement en débat évite d’aborder la question de la chasse, de la corrida et surtout de l’élevage. Est-ce à dire que notre seuil d’intolérance à la violence est encore loin d’avoir été atteint ?

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