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le sacre du printemps dans l'allée Vivaldi

Psychogéographie d'un promeneur solitaire

3 min
À retrouver dans l'émission

Les sorties sont limitées pendant le confinement. Et si c'était l'occasion de redécouvrir notre environnement le plus proche ? Et d'en profiter pour caser du Guy Debord dans la chronique ?

le sacre du printemps dans l'allée Vivaldi
le sacre du printemps dans l'allée Vivaldi Crédits : HG

Il y avait pire autrefois que les interminables repas du dimanche, avec interdiction de quitter la table ; pire que de devoir parfois aller à la messe le matin ; pire même que l’idée de retourner à l’école le lendemain : il y avait, après le déjeuner, la promenade autour du pâté de maisons. Moment le plus ennuyeux de la journée la plus déprimante de la semaine.

Ce n’est pas le moindre effet du confinement que d’avoir transformé ce rituel assommant en moment salutaire. Hier, profitant du soleil, de la brise, de la douceur des températures et de mon bon de sortie quotidien, je me suis promené, seul, en bas de chez moi. Et pour la première fois, j’ai visité mon quartier.

C’est fou comme une ville change d’aspect quand l’œil n’est plus happé par les vitrines des magasins. La plupart sont fermés, une tragédie pour les commerçants, mais une petite vengeance pour les autres bâtiments, ceux qui n’ont pas les moyens d’attirer à eux seuls les regards des touristes.

J’évoquais l’autre jour le chant des oiseaux, on ne les a jamais entendus aussi distinctement que depuis le début de cet inoubliable printemps. Et bien c’est comme si les immeubles à leur tour, mais aussi les rues, les murs,  les arbres… prenaient un nouveau relief. Le promeneur, masqué et solitaire, pour peu qu’il n’ait rien d’autre à faire, et qu’il parvienne à esquiver les joggeurs (qui lui feraient presque regretter les trottinettes), plonge le regard dans un environnement nouveau, qui est pourtant le sien.

La porte étant désormais grande ouverte, enfonçons-là gaiement : oui, à condition de ralentir le pas, le monde se révèle à nous autrement. Petites notes personnelles : je n’avais pas remarqué, les autres années, que les prunus de l’allée Vivaldi à Paris donnaient d’aussi jolies fleurs. Ni qu’il y avait une fresque, pourtant colorée, à l’entrée du tunnel qui conduit à la partie la plus agréable de la Promenade plantée. Les sorties sont si rares et si courtes qu’il ne faut rien en perdre : elles favorisent la contemplation.

Les situationnistes, sous la houlette de Guy Debord, avaient forgé le concept de psychogéographie pour étudier la perception de l’espace urbain par les individus, et ses effets sur leurs émotions et leurs comportements. Ils en avaient tiré des cartes psychogéographiques, sur lesquelles chaque ville est représentée non pas par quartiers ou par arrondissements mais par une juxtaposition d’'unités d’ambiance', chaque unité correspondant à une perception commune du lieu par ses habitants.

Je serais curieux de voir à quoi ressembleraient ces cartes aujourd’hui, au temps du confinement. Ce qui est sûr, c’est que les conditions de sortie qui sont les nôtres -ne pas s’éloigner de plus d’un kilomètre de chez soi- redessinent les parcours dans la ville. Il y aura sans doute des leçons à en tirer en matière d’urbanisme.

Et en matière de tourisme aussi, puisque nous n’irons pas à la campagne cet été. Les ruraux, dit-on, nous y attendent avec des fourches. Dans une nouvelle qu'il vient tout juste de publier en ligne, l’auteur de romans policiers Olivier Norek* va même jusqu’à imaginer une France où partout ‘’brûlent les résidences secondaires’’. Jacquerie des temps modernes, qui voit le Parisien incarner la figure du mal, le propagateur de virus.

Surtout, ne les détrompons pas. J’ai la chance d’habiter une ‘unité d’ambiance’ à l'écart du flot des visiteurs. Les rues ont beau y être larges, les autocars ne s’aventurent que rarement dans le 12e arrondissement. Parmi les résolutions que je tiendrai peut-être à l’issue de cette crise, je me suis donc promis de poursuivre l'exploration attentive des environs. Au mois d'août, nous partons en vacances autour du pâté de maisons.

*chaque jour, l'association Polars sur Garonne publie une ''nouvelle du lendemain'', en lien avec le confinement

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