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le retour à la terre

Puisqu'il faut mourir un jour, autant le faire proprement

4 min
À retrouver dans l'émission

Les gestes écologiques ne se limitent pas au monde des vivants. Même mort, vous pouvez faire baisser votre bilan carbone.

le retour à la terre
le retour à la terre Crédits : Capelle.r - Getty

J'associe la Toussaint à une succession de sensations désagréables : la pluie qui tombe invariablement ce jour-là, la grisaille qui en découle et assombrit les pierres tombales, la griffure du gravier dans les allées du cimetière, et la bise obligatoire aux vieilles tantes qui piquent et que vous ne manquerez pas d’y croiser.

La plupart des cimetières ont sacrifié au béton, l’expression du culte y ‘’triomphe en une profusion artistique quelque peu ostentatoire’’, les caveaux et l’usage des désherbants ont signé ‘’la fin des cimetières­jardins où il était naturel d’aller entretenir sa tombe’’. Il en existe pourtant encore quelques-uns, à Fajoles dans le Lot, à Egletons en Corrèze, comme le documente le livre ‘’Funérailles écologiques’’, publié aux éditions Terre Vivante (et à qui j’ai emprunté quelques formules précédentes).

La mort durable n’est pas qu’un pléonasme. C’est une tendance semble-t-il assez lourde sur le marché du funéraire. Fin août, à Ivry-sur-Seine, aux portes de Paris, a été inauguré une parcelle de 1500 m2 dédiée aux inhumations écologiques. Le coût de la concession y est un peu moins cher que l’emplacement classique. Mais il faut, pour y avoir accès, être un mort exemplaire : pas de bijoux sur soi, pas de produit chimique pour ralentir la pourriture, pas de vêtements en viscose, de la fibre naturelle. Pour que la terre exulte, il faut que tout le corps se décompose.

Le corps et son emballage. Le cercueil y sera, de préférence, en carton. Bien meilleur bilan carbone, nous enseigne le même ouvrage : sa durée de crémation est plus courte que celle d’un cercueil en bois, son empreinte est 6 fois moins importante. Selon les pronostics, le cercueil en carton devrait atteindre 5 % du marché d’ici à 2020.

Le bien nommé site HappyEnd, consacré aux questions funéraires et animé par des journalistes, a interrogé l’anthropologue Manon Moncoq, en cours d’écriture d’une thèse sur les funérailles vertes. Elle fait le constat qu’aujourd’hui, ‘’on veut rendre à la terre ce qu’elle nous a donné, pour se dédouaner de l’impact qu’on a eu sur l’environnement. On pense à réinjecter le corps dans le cycle de vie, on accepte de rendre le corps humain fertile’’

Autrement dit, ce n’est plus vous qui mangez les pissenlits par la racine, ce sont les pissenlits qui se nourrissent de vos restes. Mais la façon de les cuisiner est, en France, assez réduite. La législation n’autorise que deux façons de rejoindre les couches sédimentaires : l’inhumation et la crémation.

Il y a pourtant bien d’autres façons de passer de vie à trépas, et de le faire sans aggraver son bilan carbone. Car l’inhumation comme la crémation relâchent d’importantes quantités de CO2 et de mercure. Ainsi la promession, méthode suédoise qui permet de réécrire la fameuse formule d’Archimède, étant vérifié que tout corps plongé dans de l’azote liquide produit en retour une masse friable qui finira en poudre, laquelle poudre servira à fertiliser les sols.

Dans un numéro récent du magazine Usbek et Rica, le concept de funérailles écologiques est poussé encore un peu plus loin. Ainsi cette invention d’une artiste américaine, qui propose d’emballer les corps dans une combinaison funéraire cousue de champignons : ‘’ce vêtement est censé accélérer la décomposition du corps tout en neutralisant les toxines résiduelles et en favorisant le transfert des nutriments aux plantes alentour’’.

Si vous êtes davantage tentés par les fruits de mer, il y a mieux : le caveau sous-marin. Au large des côtes de la Floride, on peut se faire immerger, une fois réduit en cendre, dans un ‘’mémorial en forme de cloche percée’’, qui sert alors de support aux micro-organismes qui flottent dans l’océan : le corail s’y développe, il sert de garde-manger aux poissons.

Tout bien réfléchi, entre le fond des mers et l’intérieur des terres, on optera pour un entre-deux : une plage de sable, ‘’une bonne petite niche’’, ‘’à deux pas des flots bleus’’

Chroniques
8H50
3 min
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