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la Chine vise la neutralité carbone en 2060 : un tournant décisif ?

Quand la Chine montre la voie

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Le président chinois engage son pays vers la neutralité carbone, à l'horizon 2060. Et si la lutte contre le changement climatique devenait un enjeu de puissance ?

la Chine vise la neutralité carbone en 2060 : un tournant décisif ?
la Chine vise la neutralité carbone en 2060 : un tournant décisif ? Crédits : Russell Monk - Getty

J’aimerais revenir ce matin sur une annonce faite il y a tout juste une semaine, et qui, bien que spectaculaire, n’a pas suscité, du moins en France, une couverture médiatique à la hauteur de l’événement. En la matière, il s’agit de l’engagement de la Chine à atteindre la neutralité carbone en 2060.

Un engagement formulé par le président chinois, Xi Jinping, dans un discours par vidéoconférence lors de la 75e Assemblée générale des Nations unies. ‘’Nous avons comme objectif de commencer à faire baisser les émissions de CO2 avant 2030, et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060’’ (la neutralité carbone, c’est-à-dire le fait que les émissions de CO2 puissent être entièrement compensées).

Alors bien entendu, ce ne sont pas les motifs de prudence qui manquent face à une telle annonce. D’abord, 2060, c’est loin. Qui se souviendra des engagements chinois dans 40 ans ? Qui sera encore là d’ailleurs pour s’en souvenir ?

Par ailleurs, la Chine a beau jeu de se peindre en championne de la lutte contre le changement climatique, quand elle en est aujourd’hui une des principales responsables : premier pollueur de la planète, le pays est à l’origine de 28% des émissions mondiales de dioxyde de carbone.  Et pas seulement à cause de sa démographie : également du fait de ses choix énergétiques : non seulement la Chine est dépendante du charbon, mais elle continue de construire des centrales qui utilisent ce combustible.

Il y a pourtant des raisons de prendre au sérieux les engagements de la deuxième puissance économique mondiale. Bien que toujours dépendante du charbon, la Chine est aussi le pays qui investit le plus au monde dans les énergies renouvelables. Ca ne rééquilibre pas, loin de là, son impact écologique, mais c’est tout de même un indicateur de la volonté de diversifier son mix énergétique.

Par ailleurs, référons-nous à l’Histoire : quand Pékin s’engage dans la planification à long terme, ça n’est pas fait à moitié. Ainsi Deng Xiaoping qui, lorsqu’il accède au pouvoir il y a une quarantaine d’années, embarque ses compatriotes sur la voie de l’’’économie de marché socialiste’’ : on ne peut pas dire que l’objectif n’a pas été atteint. Et que dire de Xi Jinping et de ses Nouvelles routes de la soie, stratégie de conquête commerciale à l’échelle du globe.

On peut donc faire l’hypothèse que l’objectif chinois de neutralité carbone pour 2060 (qui aurait pour effet, d’après les calculs, de réduire le réchauffement global de 0,2 voire 0,3 degrés à l’horizon 2100 : c’est considérable pour un seul pays) s’inscrit dans un véritable projet politique pour permettre au pays de consolider sa place sur l’échiquier mondial. Autrement dit, Pékin semble faire le pari que le leadership international passe désormais par la lutte contre le changement climatique, et non pas en s’y opposant comme le font les Américains. Il s’agit d’en faire un instrument de puissance.

Un instrument qui peut aussi servir d’effet levier. Comme l’écrit l’historien Adam Tooze dans un article pour le magazine américain Foreign Policy, ‘’la pression va maintenant s’exercer sur l’Inde, longtemps partenaire de la Chine face aux demandes occidentales d’engagements en faveur de la décarbonation, pour qu’elle fasse une annonce tout aussi audacieuse sur le climat’’. La surenchère change de camp. L’Europe, qui s’est engagée à atteindre la neutralité en 2050, y gagne un allié (du moins sur ce sujet).

Qui sait si à l’avenir, on ne fera pas de cette annonce du 22 septembre 2020, un tournant dans la façon qu’ont eu les grandes puissances d’appréhender la crise climatique. Comme le note le philosophe Pierre Charbonnier, ‘’la diplomatie globale a enfin rejoint la politique de l’anthropocène. Il était temps !’’

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