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la relocalisation, pas si simple, la preuve avec les masques

Relocalisez, qu'ils disaient...

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La France manquait de masques. Désormais, elle en produit trop. La production nationale, concurrencée par l'offre étrangère, peine à trouver preneurs. Pas si simple, la relocalisation.

la relocalisation, pas si simple, la preuve avec les masques
la relocalisation, pas si simple, la preuve avec les masques Crédits : Fiordaliso - Getty

De la même manière que la crise financière de 2008 devait conduire à une réforme en profondeur du capitalisme, celle de 2020 liée à l’épidémie de coronavirus est censée remettre à plat les règles de la mondialisation économique. Ainsi, il a beaucoup été question, depuis l’amorce du confinement, de souveraineté et de relocalisation, la première résultant de la seconde.

Cette approche semble conforme aux objectifs de la transition écologique et solidaire, ou du moins compatible, si on en juge par le titre d’un texte collectif, piloté par l’ONG altermondialiste Attac, que publient dans quelques jours Les Liens qui libèrent : ‘’Ce qui dépend de nous. Manifeste pour une relocalisation écologique et solidaire’’ (je vous en reparlerai quand je l’aurai lu).

Relocaliser : il en a été question à propos de notre souveraineté alimentaire : d’où vient ce que nous mangeons, qui le produit et dans quelles conditions ? Mais il est un produit manufacturé qui, parce qu’il est venu à manquer au moment où nous en avions le plus besoin, a incarné les dérives de la mondialisation et le désengagement de l’Etat : le masque de protection.

La France disposait pourtant, quelques années plus tôt, d’une filière qui lui aurait permis d’être autonome en la matière. Mais, comme l’ont documenté plusieurs enquêtes, notamment celles du Monde et de Mediapart, le changement de doctrine sur les stocks et l’absence de soutien public au secteur ont conduit à la pénurie. Symbole de cet abandon : l’usine de Plaintel, dans les Côtes d’Armor, fermée en 2018 pour être délocalisée en Tunisie.

Quelques semaines ont passé et voici que, désormais, nous croulons sous les masques au point de ne plus savoir quoi en faire. Je ne parle pas de ceux qui sont jetés en pleine nature, je parle de ceux qui sont produits en France, notamment par la filière textile (des masques non médicaux en l’occurrence).

Sollicitées l’Etat et les collectivités locales, plusieurs dizaines d’entreprises du secteur ont reconverti leurs outils au plus fort de l’épidémie pour tenter de répondre à la demande. Elles ont tellement bien travaillé qu’aujourd’hui, la situation s’est inversée. Le problème, ce n’est plus la pénurie de masques, ce sont les invendus. Selon l’Union française des industries textiles, 40 millions de masques made in France n’auraient pas trouvé preneurs.

A cela, plusieurs explications. D’abord une moindre demande, qui s’observe presque à l’œil nu : depuis l’annonce du passage de la quasi-totalité du pays en zone verte, le masque est visiblement moins porté. Or si l’offre excède la demande, cela pose un problème de débouchés, que vous ne pouvez pas toujours rectifier par les exportations ou en jouant sur les prix (allez-vous acheter plus de masques s’ils coûtent moins chers ? pas sûr).

Ensuite, la production nationale française se retrouve en concurrence avec des produits confectionnés à l’étranger. Comme le révélait il y a quelques jours un article des Echos, les professionnels du secteur dénoncent notamment une commande publique de 10 millions de masques lavables passée, début avril, auprès d’un producteur vietnamien. L’urgence l’a emporté sur le patriotisme économique.

Et puis il y a le comportement du consommateur. Qui se tourne vers les masques jetables, bon marché, sans considération pour leur provenance. Franchement, qui parmi vous est allé vérifier l’origine des masques achetés en pharmacie ou en magasin ? Pas moi en tout cas, je n’y ai même pas songé (vérification faite, les jetables viennent de Chine, celui en tissu est fait maison)

Tout ça pour dire que la relocalisation comme antidote aux excès de la mondialisation, oui, sans doute, mais ce qui s’est passé à une toute petite échelle avec les masques montre, s’il en était besoin, que les solutions qui paraissent les plus évidentes ne sont pas forcément les plus simples à mettre en œuvre.

Chroniques

8H50
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