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du haut de ces moutons, des milliers de bactéries vous contemplent

Revenons à nos moutons

4 min
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Le gouvernement vient de lancer la consultation publique sur son 4e Plan national Santé environnement. Parmi les chantiers : l'amélioration de l'air intérieur. Une préoccupation qui remonte à loin.

du haut de ces moutons, des milliers de bactéries vous contemplent
du haut de ces moutons, des milliers de bactéries vous contemplent Crédits : PeopleImages - Getty

Le reconfinement sera-t-il total ? Ou bien limité à nos seuls week-ends et débuts de soirée ? Le télétravail, aujourd’hui vivement conseillé, va-t-il devenir, quand c’est possible, obligatoire ? La petite musique de ce début de semaine prépare en tout cas les esprits à l’idée suivante : nous allons à nouveau passer beaucoup de temps à la maison.

Rester chez soi : voilà une bonne façon d’endiguer l’épidémie. Mais le domicile n’est pas pour autant exempt de dangers sur le plan sanitaire. L’air que nous y respirons, la poussière qui s’y accumule, les défauts dans l’aération, la qualité des matériaux sont autant de pièges tendus à nos poumons. ‘’Respirez, vous êtes chez vous’’ n’est pas toujours le plus sage des conseils.

L’amélioration de la qualité de l’air intérieur est justement un des axes développés dans le 4e Plan National Santé Environnement. Les ministères de la Santé et de la Transition écologique viennent tout juste de le dévoiler : il est soumis, depuis hier, à une consultation publique. Une liste de 19 actions y est énumérée, dont celle consistant à améliorer l’air que nous respirons dans les espaces clos (domicile mais aussi bureau, transports mais aussi salles de spectacles). Selon l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), la pollution de l’air intérieur serait à l’origine chaque année en France de 20 000 décès prématurés.

Mais revenons à nos appartements, ou plutôt, revenons à nos moutons, tant la poussière est le véhicule préféré des innombrables polluants avec lesquels nous cohabitons, sans toujours nous en rendre compte. Particules, fibres, bactéries, virus, moisissures… sont nos colocataires, aussi envahissants que difficiles à exproprier.

C’est pour faire la chasse à ces ‘’poussières pathogènes’’ et non ‘’pour le confort de la maitresse de maison’’ que l’aspirateur fut inventé. Quant aux ‘’premières encaustiques’’, elles ne furent pas mises au point ‘’pour la splendeur des parquets mais pour fixer et désinfecter la poussière microbienne’’ : voilà ce qu’on apprend à la lecture du foisonnant essai de l’historien Pierre Darmon, Défense de cracher (Le Pommier).

L’essentiel du récit se situe à la Belle époque, à la jointure du XIXe et du XXe siècle. En ce temps-là à Paris, lorsqu’on roule les 'r', ce n’est pas pour cause d’accent mais c’est pour mieux expectorer, tant l’air extérieur est chargé de particules. De retour chez lui, le citadin n’en continue pas moins de tousser. La poussière s’y accumule et ‘’le moindre courant d’air soulève des milliards de germes. Résultat paradoxal : les planchers des cabinets d’aisance sont 45 fois moins infectés que ceux des corridors, où le remue-ménage est constant.’’

Le plancher : le voilà le véritable ennemi de l’intérieur. S’y accumulent ‘’crachats’’, ‘’immondices desséchés’’ et le ‘’sable du macadam’’, véritable bouillon de culture. L’entrevous, l’espace qui sépare le sol du plafond du dessous, est un véritable ‘’paradis des poussières et des microbes…lorsqu’on déplace un meuble ou qu’un enfant saute, la pression exercée les fait rejaillir en surface...les parquets de sapin parsemés de creux et de saillies sont les plus dangereux’’.

Cette description méthodique m’a fait penser au récit génial que fit Céleste Albaret de ses huit années au service de Marcel Proust. J’avais notamment été saisi par l’atmosphère étouffante de la chambre du grand écrivain, si bien décrite par sa gouvernante qu’on pouvait presque la palper. Proust, asthmatique au dernier degré, y passe le plus obscur de son temps à l’ombre d’épais rideaux, qu’on imagine chargés de poussière. Le plus souvent, il interdit qu’on ouvre les fenêtres.

Je me souviens d’un conseil donné par le biologiste Gilles Bœuf, à propos de ces sales petites bêtes que sont les acariens : la meilleure chose à faire pour les éliminer, c’est d’ouvrir votre lit et vos fenêtres en grand pendant 10 minutes tous les matins. Combien de volumes compterait la Recherche si Proust avait eu vent de ces conseils ? Si à la place d’un parquet, le sol de sa chambre avait été recouvert de linoléum ?

Pour ma part en tout cas, c’est décidé : dès le début du reconfinement, je me lance dans un grand ménage de printemps !

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