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lutter contre la pauvreté sans aggraver le réchauffement : impossible ?

Faut-il aider les pauvres ?

3 min
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La lutte contre le réchauffement climatique et la lutte contre la pauvreté dans le monde sont-elles compatibles ?

lutter contre la pauvreté sans aggraver le réchauffement : impossible ?
lutter contre la pauvreté sans aggraver le réchauffement : impossible ? Crédits : Getty

Vous qui avez une mémoire phénoménale, vous vous souvenez sans doute qu’hier, je consacrais ma chronique aux travaux de l’américain William Nordhaus, prix Nobel d’économie 2018, arguant de la traduction en français, et conséquemment de la lecture d’un de ses livres, pour le faire.

Ce matin, ce sont les lauréats 2019 qui m’ont inspiré la chronique du jour. Ils sont trois : un indien, Abhijit Banerjee ; un américain, Michael Kremer ; et une Française, Esther Duflo. Esther Duflo : un peu comme Michel Legrand à ses débuts, il aura fallu que cette dernière perce d’abord aux Etats-Unis, en rejoignant l’équipe des conseillers de Barack Obama, pour qu’on la remarque en France.

Leurs travaux à tous les 3 portent sur la pauvreté, et sur les moyens de la réduire. L’approche est originale : elle privilégie l’expérimentation de terrain plutôt que la froide théorie des modèles, ce qui n’est pas si fréquent en économie. Il ne s’agit pas d’imposer des solutions par le haut, mais d’observer ce qui se passe en bas pour en tirer des enseignements.

Quel rapport avec la transition écologique ? En quoi la lutte contre la pauvreté entretient-elle un lien avec la problématique du changement climatique ?

On pourrait répondre, dans un premier temps, de manière purement cynique, en considérant que lutter contre la pauvreté revient à aggraver le réchauffement. Car si les plus démunis commencent à vivre mieux, ils vont davantage polluer. Plus votre niveau de vie augmente, plus vous avez les moyens de consommer, plus vous le faites, plus votre bilan carbone est élevé.

Dans la mesure où il est avéré que ce sont les riches qui contribuent le plus au réchauffement de la planète (les 10 % les plus fortunés sont responsables de la moitié des émissions de carbone), plutôt que de lutter contre la pauvreté, il faudrait lutter contre la richesse : on appelle ça soit la Révolution, soit la fiscalité (et il faudrait bien plus que le rétablissement de l’ISF pour que ça fonctionne). Ou alors il faudrait miser sur un mouvement global de sobriété spontanée : personnellement, je ne jouerai pas mon livret-jeune là-dessus.

Bien entendu, cette position qui consisterait à maintenir un niveau élevé de pauvreté pour limiter les émissions de CO2 est intenable. Elle l’est d’abord sur le plan moral. Comment tolérer qu’aujourd’hui encore, et malgré la réduction importante du nombre de pauvres dans le monde, près de 783 millions de personnes vivent, selon l’ONU, avec moins d’1.90 dollar par jour (soit en-dessous du seuil international de pauvreté) ?

Elle l’est aussi sur le plan de l’efficacité. Permettez-moi de recycler un élément de la chronique d’hier (je fais la Transition, j’ai le droit de recycler). Pour William Nordhaus, ce sont les pays les plus développés qui sont les plus résilients face au réchauffement, parce qu’ils ont les moyens de s’y adapter. Le développement économique des pays les moins avancés est donc, de ce point de vue, une nécessité.

D’autant que le réchauffement climatique, lui, a bien un effet avéré sur le niveau de pauvreté. Il l’aggrave.  Des chercheurs de l’université de Stanford en Californie l’ont démontré dans une étude publiée au printemps dernier. Je cite un article du magazine Usbek et Rica qui en faisait mention : ‘’leurs résultats montrent qu’il existerait une température idéale, à la fois pour la productivité de l’agriculture, pour la santé humaine et la productivité au travail. Comme les températures s’élèvent partout sur le globe, les pays froids se rapprochant de cet idéal ont gagné en richesses tandis que les pays déjà chauds se sont appauvris en se réchauffant au-delà de ce seuil’’.

Le réchauffement climatique n’aggrave donc pas seulement l’équilibre des écosystèmes.  Il  a un impact social en creusant les inégalités, et politique puisqu’il est un vecteur puissant d’instabilité. Lutter contre la pauvreté, comme le fait Esther Duflo, est donc une absolue nécessité. Mais le faire sans aggraver le réchauffement : je ne miserais pas mon plan d’épargne-retraite là-dessus.

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