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je te sauve de la noyade si tu me promets de faire moins de bruit...

Sauvetage sous conditions ?

4 min
À retrouver dans l'émission

L'Etat va aider plusieurs entreprises dites stratégiques à hauteur de 20 milliards d'euros. Faut-il en profiter pour leur demander des contreparties sur le plan de la lutte contre le changement climatique ?

je te sauve de la noyade si tu me promets de faire moins de bruit...
je te sauve de la noyade si tu me promets de faire moins de bruit... Crédits : mrs - Getty

Pour être sauvées par l’État, les entreprises fragilisées par l'épidémie de coronavirus doivent-elles forcément s'engager, en contrepartie, à lutter contre le changement climatique ? De mon point de vue, la réponse est beaucoup moins évidente qu'il n'y paraît.

Commençons, pour tenter d'y répondre, par interroger le principe même des contreparties : est-il moral de conditionner une aide à un changement de comportement de la part de celui qui en bénéficie ? Ou du moins est-il moral de le faire en situation d'urgence ?

Prenons un exemple fictif et volontairement extrême : vous avez un voisin que vous avez du mal à supporter, parce qu'il écoute la musique à fond, fenêtres grandes ouvertes. Un jour que vous vous promenez au bord d'une rivière, vous l’apercevez en train de se noyer. Vous acceptez de lui porter secours, mais à une condition : qu'il fasse désormais moins de bruit. Sur le fond, vous avez raison : cet individu empoisonne la vie des habitants de l'immeuble, il fait passer son intérêt personnel devant celui de la collectivité. Son comportement doit changer ! Mais est-ce à dire que, s'il refuse, vous allez le laisser se noyer ? Évidemment non (du moins, j'espère). Vous le sauvez de la noyade sans demander de contrepartie. Et vous faites bien car votre voisin, qui a une dette à votre égard, écoute désormais sa musique au casque.

Bien ! Voyons à présent comment cet exemple résiste (ou pas) lorsqu’on le transpose dans notre actualité, et qu'on remplace le voisin bruyant par une entreprise polluante. 

Je vous rappelle le contexte : la majorité a voté durant le week-end une enveloppe de 20 milliards d'euros d'aide publique en faveur d'entreprises considérées comme stratégiques, et dont la pérennité est remise en cause par les effets du confinement. Parmi ces entreprises, il y a Air France, Renault,  Vallourec…dont les activités reposent en grande partie sur l’exploitation des énergies fossiles (le pétrole notamment). Les élus et organisations écologistes contestent cette aide car ils estiment qu'elle va être versée sans contrepartie, sans que ces entreprises soient tenues, en échange, de faire des efforts significatifs pour respecter les objectifs de l’accord de Paris sur le climat.

Sur le principe, ils ont raison : pour le bien de tous, il est vital de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il faut donc absolument que les entreprises s'engagent dans cette voie, et que les plus polluantes réorientent leurs activités. C'est une nécessité du point de vue de l'intérêt collectif. Mais faut-il conditionner l’aide financière de l’État à un comportement plus vertueux de leur part, au moment où certaines d'entre elles jouent leur survie (et donc celle de leurs salariés, car c'est bien évidemment d'eux dont il est question) ? Ne faut-il pas les sauver d'abord, sans exiger de contreparties ? Ou bien, pour poser la question autrement, comme à propos de notre voisin bruyant : faut-il refuser de sauver ces entreprises si elles n'acceptent pas de jouer le jeu du collectif ?

Attention, je ne suis pas totalement naïf. Pas plus que vous, je ne me fais d'illusion sur la reconnaissance à venir des entreprises renflouées sans condition. Souvenez-vous des banques en 2008, sauvées par l'argent public : sont-elles plus sympas avec vous aujourd'hui quand vous avez un découvert ?... Non ! Mais il fallait les sauver quand même. Ce qui a manqué s'agissant des banques, ce ne fut pas d'exiger des contreparties au moment de leur sauvetage, mais d'élaborer, ensuite, des règles suffisamment strictes pour éviter de nouvelles débâcles. Il y eut bien la loi bancaire en 2013 puis l'Union bancaire l'année suivante mais pour nombre d'économistes, celles-ci ne firent qu'une petite partie du chemin nécessaire.

Il me semble que la transition écologique doit relever du même principe. Plutôt que de demander, dans le temps de l'urgence, des contreparties en échange d'une aide financière, ce qu'il faut changer en profondeur, c'est la loi. Après coup et pour tout le monde. Par exemple en pénalisant, via la fiscalité, les entreprises qui ne mettent pas en place un plan de réduction de leurs émissions de CO2. Ou si l'on préfère, en allégeant la charge fiscale de celles qui le font. La loi pour tous plutôt qu'une règle opportuniste.

Ah au fait, et mon voisin dans tout ça ? N'ayant qu'une confiance limitée dans cet individu et dans sa capacité à respecter le bien-être collectif, j'ai fait changer le règlement de la copropriété lors de la dernière AG.

par Hervé Gardette

Chroniques
8H50
3 min
La Théorie
L’art pour relier les confinés
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