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rassurer l’opinion à travers des mesures symboliques peut s'avérer contre-productif

De l'usage délicat des mesures symboliques en politique

3 min
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Prendre des mesures symboliques pour rassurer la population peut conduire à des erreurs de diagnostic et à des effets contraires à ceux attendus.

rassurer l’opinion à travers des mesures symboliques peut s'avérer contre-productif
rassurer l’opinion à travers des mesures symboliques peut s'avérer contre-productif Crédits : Shana Novak - Getty

Qu’y a-t-il de commun entre la fermeture d’un des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim, la mise en quarantaine d’une dizaine de communes en Italie face à l’épidémie de coronavirus, et la séance de calinothérapie dispensée par le chef de l’Etat au Salon de l’Agriculture ? Au-delà du fait que ces actualités ont un lien plus ou moins direct avec la transition écologique, elles relèvent d’un même mécanisme psychologique : il s’agit, à chaque fois, de rassurer l’opinion à travers des mesures symboliques, quitte à ce que ces mesures et ces messages contiennent leur propre contradiction.

Commençons par l’Italie où le virus a déjà fait trois morts. Depuis samedi, dans plusieurs communes de Lombardie et de Vénétie, les habitants vivent à l’écart du reste du pays. 50 000 personnes sont concernées par ces mesures de quarantaine. Il s’agit d’éviter toute propagation de la maladie. Ou du moins de montrer que tout est fait pour l’éviter.

Or la quarantaine est-elle une mesure vraiment efficace ? Interrogé dans plusieurs médias depuis le début de l’épidémie, l’historien de la santé Patrick Zylberman met en doute son efficacité. D’abord pour des raisons strictement sanitaires : confiner, dans un même lieu, des personnes potentiellement malades et d’autres qui ne le sont pas, c’est prendre le risque d’une propagation.

Mais au moins cela rassure ceux qui n’y sont pas. A condition que les populations mises à l’écart acceptent leur sort. Or pour que l’étanchéité soit absolue, ‘’il faudrait’’ dit encore Patrick Zylberman dans La Croix, ‘’des conditions d’enfermement telles qu’elles seraient absolument invivables. Elles aboutiraient à l’inverse du but recherché, c’est-à-dire que les gens s’enfuiraient par tous les moyens et propageraient le mal’’. Ce fut le cas en Chine, lors de l’épidémie de SRAS en 2003.

Dans un tout autre genre, la fermeture de la centrale de Fessenheim relève elle aussi d’une décision avant tout dictée par sa dimension symbolique. Fermer Fessenheim, c’est donner des gages de bonne conduite écologique. François Hollande en avait fait la promesse, dans le cadre d’un accord électoral entre le PS et les Verts.  Son successeur l’aura fait, à quelques encablures des municipales.

Mais cette décision, prise au nom de considérations environnementales, pose question. La lutte contre le réchauffement climatique suppose de privilégier les sources d’énergies qui émettent le moins de CO2 : c’est objectivement le cas de l’énergie nucléaire et des centrales.  Cela n’empêche pas de défendre la sortie du nucléaire, c’est un vrai débat, mais l’argument climatique ne tient pas.

Avec Fessenheim, on est donc d’abord dans le symbole. Comme l’écrit le journaliste scientifique Sylvestre Huet dans son blog pour le journal Le Monde, ‘’faire dépendre la mise en service ou l’arrêt d’une centrale électrique, quelle qu’en soit la technologie, d’un accord électoral et non d’une analyse technique, économique, écologique et de sûreté semble stupide, mais c’est ce qui survient au pays de Descartes’’.

Terminons par le plancher des vaches. Emmanuel Macron a passé douze heures au Salon ce week-end, dans un contexte de dénigrement des agriculteurs, contexte jugé suffisamment grave et pesant pour que le ministère de l’Intérieur crée une cellule de lutte contre l’’agribashing’, et pour que le Président de la République s’emploie à les assurer du soutien indéfectible de l’Etat.

Or qu’en est-il réellement de ce phénomène d’agribashing ? Une enquête du journal en ligne Reporterre révèle que les atteintes au monde agricole relèvent avant tout de la délinquance classique - vols de matériel, cambriolages- très loin devant les intrusions de militants. Ce qui menace le monde agricole, ce n’est pas une pseudo-armée vegane qui aurait pour projet d’en finir avec les paysans. Ce qui le menace, c’est un modèle de développement, celui de l’agriculture intensive, qui ruine les petits exploitants et dénature leur métier.

Si le diagnostic est mauvais, la réponse ne peut pas être pertinente. La politique ne peut certes pas se passer de mesures symboliques. Mais l’accumulation de symboles ne fait pas une politique.

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
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