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à Wuhan, ‘’si vous ne portez pas de masque dans la rue, les autorités viennent vous rappeler à l’ordre’’

Si les Chinois n'étaient pas là...

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Le coronavirus a fait 80 morts en Chine et contaminé près de 3000 personnes. Les autorités du pays ont pris des mesures drastiques. Un modèle à suivre pour lutter contre les effets du réchauffement ?

à Wuhan, ‘’si vous ne portez pas de masque dans la rue, les autorités viennent vous rappeler à l’ordre’’
à Wuhan, ‘’si vous ne portez pas de masque dans la rue, les autorités viennent vous rappeler à l’ordre’’ Crédits : PhotoAlto/Matthieu Spohn - Getty

La démocratie est-elle capable de répondre à l’urgence de la crise climatique ? Ou bien faut-il compter sur un régime autoritaire pour prendre les mesures qui s’imposent ? L’opposition n’est pas nouvelle, loin de là, mais dans la mesure où les questions écologiques s’imposent à l’agenda politique, elle en devient un des éléments structurants : quel est le bon modèle pour répondre à ce grand défi du XXIe siècle ?

L’épidémie de coronavirus permet de penser cette confrontation à partir d’une situation concrète. Commençons par la Chine, puisque c’est de là que tout est parti. A Wuhan, épicentre du virus, la ville est peuplée de semi-fantômes : on ne s’y déplace plus (quand on s’y déplace encore) qu’avec un masque plaqué sur le visage : ‘’si vous ne portez pas de masque dans la rue, les autorités viennent vous rappeler à l’ordre’’ raconte le correspondant de France Info.

D’autres villes ont été mises en quarantaine. Les transports en commun y sont suspendus, les cinémas fermés, les cérémonies du Nouvel An annulées. Pas loin de 60 millions de personnes sont concernées par ces restrictions qui les isolent du reste du pays, presqu’autant que la population française.

On imagine mal la France justement, confrontée à une épidémie de même nature, prendre des mesures similaires. Dans une société où la liberté individuelle prime sur l’appartenance collective, restreindre de manière ostensible et autoritaire les mouvements d’une partie de ses habitants parait, du moins aujourd’hui, plus qu’improbable. Notre démocratie s’en remet à la responsabilité des individus, avec plus ou moins de succès d’ailleurs : souvenons-nous de ce qu’il advint, il y a dix ans, de la campagne de vaccination contre le virus H1N1.

Cela dit, si des mesures de rétorsion à la chinoise semblent peu susceptibles d’être dupliquées en France, c’est peut-être avant tout parce que notre système démocratique nous dispense d’avoir à le faire. L’information est suffisamment libre, le pouvoir suffisamment déconcentré (malgré un vieux fond monarchique) pour prendre les décisions en temps voulu lorsqu’une telle crise surgit, sans trop restreindre les libertés : à l’opposé du modèle chinois.

C’est ce que résume bien le journaliste Luc de Barochez dans un article publié hier par le magazine Le Point. Selon lui, la propagation du virus porte la marque ‘’des faiblesses structurelles de l’autocratisme chinois’’. ‘’L’absence de toute liberté de circulation de l’information’’ écrit-il ‘’et la concentration du pouvoir entre les mains du dirigeant suprême conduisent à étouffer les initiatives individuelles et à généraliser l’attentisme et l’irresponsabilité des autorités locales. Dans la lutte contre une épidémie, où la vitesse de réaction est essentielle, ces défauts sont rédhibitoires’’.

Maintenant, prenons la question autrement. Non plus en se demandant lequel des deux systèmes est le meilleur pour prévenir une crise, mais lequel est le plus efficace pour l’affronter lorsque la maladie se propage, étant entendu que la démocratie, en dépit de ses avantages comparatifs, ne saurait garantir à coup sûr d’y échapper. Nous ne voudrions pas être traités comme des pestiférés si le coronavirus se déployait en France comme il se développe en Chine. Mais ne sommes-nous pas rassurés de voir les autorités de Pékin prendre de telles mesures à l’égard de la population chinoise ? Qui ira contester, au nom de nos valeurs, la nécessité de confiner les habitants de Wuhan, si cela contribue à contenir la propagation du virus ?

Nous avons beau être attachés à notre modèle démocratique, nous nous accommodons facilement de l’autoritarisme ailleurs, pour peu qu’il nous épargne ici. Qui ira protester, par exemple, si la Chine, pour lutter contre la surpopulation mondiale, remet en vigueur sa politique autoritaire de l’enfant unique ?

La question est donc moins aujourd’hui de savoir si, face au péril climatique, nous devons choisir entre deux systèmes, mais ce que nous sommes enclins à tolérer en dehors de nos frontières. C’est aussi à ce défi que nous confronte le changement climatique. Attention à ce que les démocraties n’en deviennent pas les passagers clandestins. 

par Hervé Gardette

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