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les cirques itinérants ne pourront bientôt plus montrer de spectacles avec des animaux 'sauvages' mais une émancipation plus large du monde animal est loin d'être acquise

Sous le grand chapiteau du monde animal

3 min
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Les cirques itinérants ne pourront bientôt plus montrer de spectacles avec des animaux 'sauvages' mais une émancipation plus large du monde animal est loin d'être acquise. Une question de langage ?

les cirques itinérants ne pourront bientôt plus montrer de spectacles avec des animaux 'sauvages' mais une émancipation plus large du monde animal est loin d'être acquise
les cirques itinérants ne pourront bientôt plus montrer de spectacles avec des animaux 'sauvages' mais une émancipation plus large du monde animal est loin d'être acquise Crédits : Owen Franken - Getty

Je n’ai jamais été un grand amateur de cirque. Davantage que les lions ou les tigres, ce sont les clowns qui me font peur. Mais il n’est pas question de les interdire. Ce qui a été annoncé hier par la ministre de la Transition écologique, c’est la fin progressive de la présence d’animaux sauvages dans les cirques itinérants. Et rien avoir leur férocité réelle ou supposée.

Peut-on parler de sens de l’histoire, dans une société de plus en plus sensibilisée au bien-être animal ? En tout cas, si la notion de progrès veut encore dire quelque chose, les mesures présentées par Barbara Pompili en font partie. Les grands fauves, les éléphants, les hippopotames…ne seront plus trimballés d’une ville à l’autre au rythme des tournées. La fin est proche également pour les spectacles d’orques et de dauphins, là encore au nom de leur bien-être.

Ces annonces, pour intéressantes qu’elles soient, ne doivent pas masquer pour autant le long chemin qui reste à parcourir en vue d’une émancipation plus large du monde animal. On peut s’étonner par exemple que dans le train de mesures annoncées hier pour combattre la mise en spectacle de la vie sauvage, les corridas ne soient pas concernées. Mais il est vrai que le taureau, pourtant d’autant plus apprécié qu’il fait assaut de sauvagerie dans l’arène, est un animal d’élevage. Il n’appartient pas à l’aristocratie du monde sauvage.

Parmi les obstacles qui empêchent de porter davantage attention aux animaux, il y a bien sûr des variables structurelles. Une société basée sur un régime alimentaire à base de viande est frappée d’inertie face au défi de repenser son modèle. Il ne suffit pas de dire, comme le projet en cours de référendum d’initiative populaire, qu’il faut ‘’en finir avec l’élevage intensif’’. A supposer que le référendum ait lieu et que le Oui l’emporte, nous serions sans doute bien embêtés.

Une autre source d’inertie est à chercher dans un autre édifice, peut-être encore plus difficile à combattre : le langage que nous utilisons pour parler des bêtes. Une ‘’bête’’ justement : utiliser ce terme, n’est-ce pas assigner l’objet qu’il désigne à un statut d’infériorité ? Il suffit pour s’en convaincre de voir à quels synonymes il est associé : stupide, sot, idiot, nigaud, imbécile, crétin…

Si vous voulez avoir une liste plus complète, je vous conseille de lire l’ouvrage que vient de publier la biologiste Marie-Claude Marsolier : ‘’Le mépris des bêtes. Un lexique de la ségrégation animale’’ (PUF). Elle y fait le constat que les discriminations contre les animaux sont directement associées aux mots que nous utilisons pour les décrire.

Restons par exemple avec les synonymes. Dans un dictionnaire de référence pour la recherche linguistique, le mot ‘animal’ est (notamment) associé à ‘brutal’, ‘bestial’, ‘grossier’, ‘abruti’, ‘stupide’, tandis que l’adjectif ’humain’ est considéré comme voisin d‘accessible’, ‘altruiste’, ‘bienveillant’, ‘charitable’, ‘empathique’, etc… Le sens induit la hiérarchie.

Encore plus édifiante, la liste des noms d’oiseaux qui servent à dévaloriser celui (et encore plus souvent celle) à qui on les adresse. La bécasse, ‘’femme sotte et crédule’’, la buse, ‘’personne ignorante, stupide et lourde’’, la dinde, ‘’femme stupide et gauche’’, l’étourneau, ‘’homme étourdi, léger’’, la perruche, ‘’femme bavarde, qui fatigue par des propos sans intérêt’’, ou encore le pigeon, ‘’homme naïf, facile à duper’’.

Comme l’écrit Marie-Claude Marsolier, ces violences symboliques adressées aux animaux ‘’peuvent paraître dérisoires par rapport aux violences physiques qu’ils subissent’’, mais les améliorations ‘’ne peuvent venir que de changements dans la façon dont nous les percevons, et nous savons combien le langage influence nos perceptions.’’

On pourra alors remarquer que les lions et les tigres, les éléphants et les dauphins, ne sont pas associés à des termes aussi dévalorisants. Ce n’est peut-être pas un hasard dès lors s’ils sont en première ligne pour bénéficier de ces nécessaires mesures d’émancipation.

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