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interdire ou responsabiliser : comment la pub peut-elle s'inscrire dans la transition écologique ?

Tant qu'il y aura des pubs

3 min
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En l'espace de quelques jours, 3 rapports consacrés à l'impact écologique de la publicité ont été publiés. Un même sujet mais des approches différentes.

interdire ou responsabiliser : comment la pub peut-elle s'inscrire dans la transition écologique ?
interdire ou responsabiliser : comment la pub peut-elle s'inscrire dans la transition écologique ? Crédits : seksan Mongkhonkhamsao - Getty

Je suis tombé il y a quelques semaines sur une publicité télévisée pour une chaine de centres de réparation auto, pub qui m’a fait dresser les oreilles. Le spot consistait à aligner une série de témoignages sur l’air de ‘’j’aimerais bien aller au boulot ou à la fac en trottinette ou à vélo, mais j’habite à 30kms’’ Et de conclure ainsi : ‘’un jour, on aura surement tous un plan B, mais tant qu’on aura besoin de véhicules qui roulent bien, on aura’’…la marque en question. Traduction : ok pour sauver le climat, mais en attendant, il n’y a pas d’autre choix que d’utiliser sa voiture.

En dépit de son cynisme assumé, cette pub a au moins deux mérites : d’abord de se distinguer de toutes celles qui dégoulinent de bonnes intentions en faveur de l’environnement ; ensuite de poser, sans le vouloir, la question du rôle de la publicité dans la transition écologique : doit-elle se contenter de suivre le mouvement de loin ? a-t-elle un rôle d’exemplarité ? ou bien est-elle nocive ?

Le hasard du calendrier veut qu’en quelques jours, trois rapports viennent d’être publiés sur ce sujet, et plus largement sur la façon de réguler la pub au regard du bilan carbone des produits qu’elle défend. Tous partent d’un constat à peu près identique : la publicité a un impact sur le changement climatique. D’abord parce qu’elle consomme de la matière et de l’énergie. Surtout parce qu’elle promeut une société basée sur l’hyper consommation. Elle nous fait prendre ses désirs pour des besoins, sans tenir compte de l’impact de nos modes de vie sur l’environnement.

Dès lors, faut-il l’interdire, ou du moins interdire celles qui font la promotion de produits ou de services fortement émetteurs de CO2 ? C’est la piste retenue dans le rapport que publient aujourd’hui le Réseau Action Climat, l’ONG Greenpeace et l’association Résistance à l’Agression Publicitaire

Les trois organisations prennent pour modèle la loi Evin de 1991. Celle-ci interdit la publicité pour le tabac et restreint celle pour l’alcool, au motif que l’un comme l’autre ont des conséquences sur la santé publique. ‘’Or’’ écrivent les auteurs du rapport, ‘’le raisonnement soutenu en matière de protection de la santé s’applique aussi à la protection de l’environnement’’.

En découle cette proposition de cibler les activités jugées les plus nocives, et d’interdire toute forme de publicité en faveur des énergies fossiles ou des entreprises qui les exploitent, ainsi que celles en faveur ‘’de tout véhicule aérien, routier ou maritime motorisé fonctionnant à partir d’énergies fossiles’’, à l’exception des transports en commun de proximité. Autrement dit, finies les pubs pour les SUV ou les centres de réparation auto.

Ce n’est pas l’option retenue par le rapport Guibert-Libaert (du nom de ses deux auteurs), publié la semaine dernière et commandité par le ministère de la Transition écologique et solidaire. L’interdiction ? Mauvaise idée. Pourquoi cibler un secteur plutôt qu’un autre ? Pourquoi les transports et pas la mode ?

Les rapporteurs font plutôt le pari d’une plus forte responsabilisation et d’une plus grande exemplarité du secteur, lequel devrait s’engager à ‘’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050’’, ou encore à renoncer à faire la publicité d’un produit dans l’année qui précède son interdiction (comme ce sera le cas dans quelque temps pour les plastiques à usage unique). Autre exemple : ne plus faire de pubs avec des machines à laver à moitié pleine ou des automobiles avec moins de quatre occupants.

Il y a bien d’autres pistes évoquées dans ces différents rapports (il y a aussi le rapport Big Corpo sur la pub et les multinationales publié début juin, vous trouverez les différents liens sur la page de la chronique). Au-delà de l’intérêt de ces propositions, on voit s’y dessiner deux approches sensiblement différentes : l’une qui mise avant tout sur la contrainte et la loi, l’autre sur le volontariat et les codes de bonne conduite. Deux approches qu’on retrouve souvent dans la façon d’envisager la transition écologique. Voilà en tout cas un excellent sujet de débat.

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