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le pétrole, notre maître à tous

Tant qu'il y aura du pétrole

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Les cours du pétrole ont fortement augmenté après l’attaque d’installations pétrolières en Arabie Saoudite. La crise qui en résulte témoigne de notre dépendance toujours aussi forte à l’or noir.

le pétrole, notre maître à tous
le pétrole, notre maître à tous Crédits : sharply_done - Getty

Francis Duseux préside l’Union française des industries pétrolières. Il est interrogé par l’AFP, sur les conséquences de l’attaque des installations saoudiennes, samedi dernier. ‘’On peut s’attendre rapidement à une augmentation de l’ordre de 4 ou 5 centimes’’ par litre d’essence à la pompe. ‘’5 centimes’’ ajoute-t-il, ‘’c’est tout à fait considérable. C’est peut-être ce qu’il y a de plus inquiétant pour les Français’’.

Est-ce parce que je n’ai pas de voiture ? Personnellement, ce qui me parait le plus inquiétant, bien qu’étant Français, c’est de voir cette attaque dégénérer en conflit ouvert entre les alliés de l’Iran et ceux de l’Arabie saoudite. Mais ce qui est le plus stupéfiant, c’est de constater à quel point le pétrole et le gaz, ressources fossiles dont l’extraction et la consommation sont responsables de 40% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, continuent de dicter leur loi aux relations internationales.

On ne découvre pas ici le poids géopolitique considérable des questions énergétiques. Comme le rappelle l’historien Thomas Gomart dans son livre, ‘’L’affolement du monde’’ publié cette année chez Tallandier, ‘’le contrôle des flux pétro-gaziers constitue l’arrière-plan de la Première guerre mondiale, de l’entre-deux-guerres, de la Seconde guerre mondiale, de la guerre froide et de la mondialisation’’.

Certains ont bien tenté de s’en affranchir, après le premier choc pétrolier. En 1973, la hausse brutale des prix du pétrole décidée par l’OPEP, pour peser dans la guerre du Kippour, fait prendre conscience aux pays importateurs de la nécessité de sécuriser leurs sources d’énergie en diversifiant leur nature et leur provenance. Mais le principe d’inertie est le plus fort. D’autant que la principale puissance mondiale, les Etats-Unis, demeure viscéralement attachée à un mode de vie basée sur les énergies fossiles. Un mode de vie ‘’non négociable’’ pour reprendre les mots de George Bush Sr.

Citons encore Thomas Gomart : ‘’la prise de conscience des effets du dérèglement climatique est postérieure à la mise en place de politiques énergétiques nationales’’. Il est donc d’autant plus difficile de modifier celles-ci. Il en va d’ailleurs des politiques comme des grilles de lecture médiatiques, qui peinent à sortir du cadre d’interprétation inter-étatique. Et c’est ainsi que le pétrole et les énergies fossiles continuent de gouverner le monde.

Car nous ne sommes pas seulement dépendants des hydrocarbures d’un point de vue physique, économique et technique. La dépendance est aussi intellectuelle. Une forme d’addiction qui fait que, bien que conscients de son impact sur le réchauffement climatique, nous ne savons pas penser le monde en dehors du pétrole.

Le  fait est que la gymnastique n’est pas évidente. Le géopolitologue Jean-Michel Valantin en donne un exemple éloquent dans ‘’Géopolitique d’une planète déréglée’’. Dans cet ouvrage, publié au Seuil en 2017, il raconte comment l’armée américaine a pris conscience du danger climatique, comment elle s’organise pour y faire face, malgré le déni de l’administration Trump. Mais elle le fait sans parvenir à en tirer les conséquences. Car si l’armée américaine s’empare de ce sujet, écrit Valantin, ‘’c’est pour défendre une société encore largement inadaptée aux réalités géophysiques contemporaines et dont les pratiques et les rejets de gaz à effet de serre aggravent la crise des ressources et le changement climatique’’.

Vous qui vous intéressez à la cause animale, vous avez probablement lu ‘’La jungle’’ du romancier américain Upton Sinclair, dans lequel il décrit l’abattage du bétail et les conditions de travail des ouvriers des abattoirs de Chicago. On attribue à Sinclair la phrase suivante : ‘’il est difficile pour un homme de comprendre une chose si son salaire dépend du fait qu’il ne comprenne pas’’ Avec le pétrole, nous en sommes encore là.

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