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capture d'écran du logiciel Deep nostalgia (photo originale et photo animée)

Debout les morts !

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Un logiciel mis en ligne fin février permet de redonner vie aux portraits de nos chers disparus. Une façon de 'vaincre la mort' ?

capture d'écran du logiciel Deep nostalgia (photo originale et photo animée)
capture d'écran du logiciel Deep nostalgia (photo originale et photo animée) Crédits : HG - Getty

Le 11 mars 1978, il y a 43 ans presque jour pour jour, Claude François meurt électrocuté. Des années après, en 2010, le magazine France Dimanche publie une interview exclusive du chanteur. D’autant plus exclusive qu’elle a été réalisée après sa mort. Cloclo ‘’nous parle depuis l’au-delà’’ titre l’hebdomadaire qui a eu l’idée scandaleusement drôle de solliciter un médium pour poser des questions à l’interprète d’Alexandrie, Alexandra.

Ce n’est ni la première fois, ni la dernière, que le monde de la chanson se joue de la mort de ses interprètes. En 1991, Nathalie Cole livre une saisissante version d’Unforgettable en duo virtuel avec feu son père, Nat King Cole. D’autres suivront, comme Charles Aznavour donnant la réplique, post mortem, à Edith Piaf. Jusqu’à ce que la technologie fasse franchir un nouveau cap à ces entreprises de résurrection : désormais, les chanteurs morts se produisent sur scène. Ainsi Maria Callas, Elvis Presley ou encore le rappeur Tupac, tous rendus à la vie sous forme d’hologrammes. 

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C’est dire si le succès que rencontre depuis quelques jours le logiciel Deep Nostalgia s’inscrit dans une tendance déjà ancienne. A ceci près qu’un cap supplémentaire est franchi puisque désormais, chacun d’entre nous est susceptible de jouer aux apprentis sorciers, et de faire revivre n’importe lequel de ses chers disparus : la palingénésie se démocratise.

Si vous n’avez pas encore entendu parler de Deep Nostalgia (nostalgie profonde), je vous explique en quelques mots de quoi il s’agit. C’est un programme d’intelligence artificielle, développée par une société israélienne spécialisée dans la généalogie. Le principe : vous vous inscrivez, vous téléchargez une vieille photo, par exemple le portrait de votre arrière-grand-père en uniforme de Poilu, et voici que son visage s’anime, qu’il se met à sourire, à froncer les sourcils, à bouger la tête. Bien entendu, vous pouvez aussi le faire avec quelqu’un de vivant ou quelqu’un de célèbre, mais le plus troublant, le plus miraculeux, c’est bien d’assister à la renaissance d’un visage familier qu’on croyait figé dans l’éternité.

Depuis son lancement fin février, Deep Nostalgia rencontre donc un énorme succès, un engouement qui semble répondre à un besoin presque aussi vieux que l’humanité : celui qui consiste à abolir la mort. La religion ayant échoué à apporter la preuve irréfutable qu’il y a une vie après, la technologie s’en charge désormais, poussée par l’idéologie transhumaniste. C’est ainsi que Google lançait en 2013 la société Calico et son projet de lutte contre le vieillissement avec l’objectif affiché de ‘vaincre la mort’.

Cette fois, l’idée n’est plus seulement de ne pas mourir, mais de faire revenir à la vie celles et ceux qui en ont été privés, de les réanimer, et peu importe si c’est de manière artificielle. L’an dernier, une maman sud-coréenne avait ainsi pu entrer en contact physique avec sa fille décédée 3 ans plus tôt, grâce un casque et des gants de réalité virtuelle. Sur la vidéo qui ‘immortalise’ ce moment, on voit cette maman serrer dans ses bras sa fille, reconstituée grâce à un programme informatique : une rencontre aussi émouvante que profondément dérangeante.

Cette intrusion du virtuel dans ce qui relève de l’inéluctable est problématique. Le risque est grand d’une confusion généralisée entre ce qui est vivant et ce qui ne l’est plus. Comment assurer dès lors le nécessaire travail de deuil ? Mais la technologie est-elle la seule responsable de ce brouillage des repères ? Quand on y songe, les morts du Covid (ils se comptent encore par centaines chaque jour en France) ne semblent pas être tout à fait réels. Qui sont-ils ? On ne sait pas, ce sont des invisibles, des morts virtuels, relégués dans l’anonymat.

Alors vaut-il mieux ressusciter les morts avec un logiciel, ou bien les maintenir hors champ avec le Covid ? A chacun d’apprécier.

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