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Tentative désespérée (et intéressée) de réhabiliter l'avion

4 min
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Air France annonce qu’elle va compenser les émissions de CO2 sur ses vols intérieurs à partir de 2020. Sans doute une façon de redorer le blason d’un mode de transport de plus en plus critiqué.

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this is your captain speaking, welcome on board... Crédits : Getty

Le 13 juillet 1985, le gratin de la musique pop anglo-saxonne s’est donné rendez-vous sur scène, à l’invitation de Bob Geldof. Certains vont jouer au Wembley Stadium de Londres, d’autres au JFK Stadium de Philadelphie : c’est le Live Aid, projet mégalomaniaque, mais à vocation humanitaire : il s’agit de recueillir des fonds pour l’Ethiopie.

Au grand bal des egos, Phil Collins triomphe. L’ancien batteur de Genesis, devenu chanteur à succès, va réaliser ‘’l’exploit’’ de jouer d’abord en Angleterre, puis aux Etats-Unis, dans la même soirée. Miracle du Concorde, pas encore cloué au sol. Le vol supersonique pour lutter contre la famine en Afrique : il fallait oser.

Une idée aussi stupide ne tiendrait pas très longtemps aujourd’hui. Non pas à cause de la pollution sonore des chansons de Phil Collins mais de la pollution atmosphérique liée à son déplacement. La crise écologique a rendu le transport aérien suspect.

Certes, cela n’empêche pas certaines célébrités de prêcher la sobriété tout en collectionnant les pied-à-terre : appartement à Paris, riad à Marrakech, loft à Manhattan… jusqu’à preuve du contraire, elles ne font pas le voyage à pied. Mais prendre l’avion, pour le commun des mortels, suppose désormais qu’on ait de bonnes raisons de le faire.  D’être en mesure de se justifier.

J’anticipe d’ailleurs : vendredi, je vais prendre l’avion pour rejoindre Toulouse, non, je n’avais pas le temps d’y aller en train, oui, j’ai calculé mon empreinte CO2 sur ce trajet, non je n’ai pas encore eu le temps de compenser.

Au demeurant, Air France le fera bientôt à ma place : la compagnie vient d’annoncer qu’à partir de 2020, elle compensera la totalité de ses émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de ses vols intérieurs, en plantant des arbres, en protégeant les forêts. Alors Toulouse, j’y vais quand je veux !

Evidemment, il ne faut pas nier la contribution du transport aérien dans le réchauffement climatique, même s’il est difficile de trouver des chiffres qui fassent consensus : disons que la vérité semble s’établir entre 2 et 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui n’est pas négligeable. Mais ce qui n’en fait peut-être pas la priorité sur laquelle concentrer les efforts. Avant d’avoir honte de prendre l’avion, et d’en dissuader les autres, il y a peut-être d’autres arbitrages à faire.

C’est le point de vue original et audacieux de François Gemenne, spécialiste des questions climatiques et des migrations. Selon le politologue qu’on ne peut pas soupçonner du moindre relativisme en matière de réchauffement, il faudrait ranger les émissions de CO2 dans trois catégories distinctes : celles émises par des activités qui n’apportent aucun bienfait à la société ; celles qui lui sont bénéfiques, mais qu’on peut remplacer. Par exemple, si se chauffer est un bienfait, se chauffer au charbon n’est pas une nécessité. Enfin, celles qui ont un impact bénéfique, et qui, en l’état, ne sont pas remplaçables. Les rizières par exemple, émettrices de CO2 (oups, de méthane, pas de CO2, ndlr) : on ne va pas pour autant empêcher les gens de manger. Pour François Gemenne, c’est aussi le cas du transport aérien.

Car on l’oublie un peu trop souvent ces derniers temps : l’aviation est une formidable invention, un progrès technique et humain. Elle a aboli le temps et les distances, désenclavé une partie du monde, comme me le confiait hier un ami journaliste, passionné par tout ce qui vole. Et d’évoquer cet instant du dernier raid Latécoère, l’an dernier, entre Buenos Aires et Ushuaïa, où des habitants de cette terre isolée du sud de l’Argentine viennent le saluer, en souvenir des pilotes français de l’Aéropostale.

Ne faites pas dire à François Gemenne ce qu’il ne m’a pas raconté. Oui, il faut réduire l’impact du transport aérien, par exemple en mettant en service des avions à hélice sur les trajets intérieurs (en attendant, un jour peut-être, l’avènement de l’avion électrique ?). Oui, il y a des vols inutiles, des déplacements superflus, mais pas nécessairement tous les vols d’agrément. Partir en vacances en avion, même deux fois par an, pourquoi pas ? me dit-il.

Car s’il est un défi qui s’impose aujourd’hui au transport aérien, c’est sa démocratisation. A ce jour, seule une personne sur 7 dans le monde a déjà pris l’avion. Comment permettre aux six autres d’y accéder, tout en luttant contre le réchauffement ? C’est une façon de poser la question qui mérite réflexion.

par Hervé Gardette

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