LE DIRECT
J'en connais qui vont regretter leur peau de chamois

Tous à poil !

4 min
À retrouver dans l'émission

Faire du vélo, c'est bon pour la planète. Faire du vélo tout nu, c'est encore meilleur.

J'en connais qui vont regretter leur peau de chamois
J'en connais qui vont regretter leur peau de chamois Crédits : Mark Ralston - AFP

Comme sa qualité l’indique, la plaine de la Limagne est plate. La pratique du cyclotourisme, dans cette partie de l’Auvergne, suppose que la plupart du temps, on évolue assis sur sa selle plutôt qu’en danseuse. A la longue, la transpiration et les frottements agressent l’épiderme. Le cycliste du dimanche voue donc un culte à l’inventeur de la peau de chamois. Il ne saurait s’en passer.

C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit en recevant cette semaine le dossier de presse de la ‘’World Naked Bike Pride’’, qui doit avoir lieu ce dimanche à Paris, au départ du bois de Vincennes. Cette manifestation, inventée en Espagne au début des années 2000, a ceci de particulier qu’elle réunit des cyclistes dans leur plus simple appareil : des cyclonudistes. Tout nus pour sauver la planète !

La pratique assidue du vélo pendant quelques années, associée à une éducation des plus puritaines, firent que je fus d’abord consterné. Consternation d’autant plus forte que le communiqué de presse vaut son pesant de perles. En voici un extrait : ‘’Défendre notre humaNUté (notre humaNUté !!), c’est faire vivre la nudité comme symbole…des valeurs républicaines de Liberté, d’Egalité, de Fraternité et de Laïcité’’

Mais il faut résister à la moquerie, surtout quand elle est trop tentante. D’autant qu’en y réfléchissant à deux fois, les naturistes sont plus que légitimes à tenir un discours crédible sur l’écologie. On peut même les créditer d’une forme de primauté historique. Après tout, l’humanité ne fut jamais autant en symbiose avec la nature qu’au temps d’Adam et Eve.

La Fédération internationale de naturisme définit celui-ci comme ‘’une manière de vivre en harmonie avec la nature’’, de défendre l’environnement. Car le vélo ne pollue pas, contrairement à la voiture. Car la nudité permet de ‘’se libérer de l’emprise de la mode’’ dont on sait qu’elle est une des industries les plus polluantes.

Par ailleurs, on oublie trop souvent que la transition qui vient n’est pas seulement écologique mais aussi solidaire. Or le naturisme à bicyclette a pour vertu de réunir les 2 faces de la même pièce. Comme l’écrit le mouvement Extinction Rébellion, qui participe à la manifestation de dimanche, ‘’la nudité est un moyen supplémentaire de perturber l’ordre social. Sans nos habits, les distinctions de classe sont moins évidentes et le corps humain nu nous révèle que nous appartenons à une seule et même famille du vivant’’.

Cette dernière affirmation se discute, tant le corps peut aussi porter les marques du milieu dans lequel on évolue. Mais il y a bien une dimension d’émancipation sociale dans le naturisme. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si un de ses premiers promoteurs, en France, fut le géographe Elisée Reclus. Reclus, militant anarchiste, figure de la Commune de Paris, qui, dans ‘’L’Homme et la Terre’’, écrivait ceci : ‘’Les foules démocratiques tendent à se ressembler de plus en plus…Un certain progrès s’est positivement accompli dans le sens de la liberté du costume…Mais la grande révolution esthétique et morale qui laissera au civilisé moderne le droit qu’avait le Grec autrefois de se promener débarrassé de langes à la lumière du soleil, cette grande révolution est encore, parmi toutes les ambitions de l’homme moderne, celle qui parait la plus difficile à réaliser’’

Jean-Pierre Mocky avait bien saisi la dimension subversive de la nudité. Dans ’Une nuit à l’Assemblée nationale’’, on voit Michel Blanc, militant naturiste, déambuler dans les couloirs du Palais Bourbon, et s’imaginer à la tribune, nu, haranguer la foule des députés, pas davantage habillés.

On imagine autrement, après ça, la prise de la Bastille ou le serment du Jeu de Paume, ou les questions du mercredi à l'Assemblée nationale. La nudité serait révolutionnaire. A moins que cette façon de militer ne révèle autre chose : le signe d’un activisme désarmé, impuissant, vulnérable. Le roi est nu, alors mettons-nous tous à poils !

Chroniques

8H50
3 min

La Théorie

La France, "asile culturel" des bannis de #MeToo ?
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......