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tout ça pour un sapin !

Quand le sage montre le sapin...

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Tollé après les propos du maire écologiste de Bordeaux, à propos du sapin de Noël. Faut-il que la France s'ennuie...

tout ça pour un sapin !
tout ça pour un sapin ! Crédits : ClarkandCompany - Getty

Si cela ne tenait qu’aux autres membres de ma famille, nous passerions les fêtes de Noël sans sapin. Depuis quelques années déjà, je me retrouve seul au moment de sa décoration. Seul contre tous pour tenter de maintenir à flot cette tradition.

C’est dire si j’ai d’abord sursauté en entendant le nouveau maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, annoncer son intention de ne plus faire venir d’arbre mort sur la place Pey-Berland. Chaque année, un immense sapin y est érigé, face à l’hôtel de ville. ‘’Ce n’est pas notre conception de la végétalisation’’ a expliqué l’élu écologiste.

’Ce n’est pas ma conception de Noël’’ me suis-je d’abord entendu lui répondre, avant de me souvenir qu’en matière de sapin, j’avais pour ma part fait le choix du synthétique, plus coûteux à l’achat certes, mais qui vous permet de marcher pieds nus sans craindre ses épines, qui vous dispense de devoir l’emballer dans un sac qui n’est pas prévu pour ça, et qui ne sent pas plus mauvais que les sapins naturels qui, de toute manière, ne sentent plus rien.

Econome en arbres morts, le choix du plastique est-il pour autant, et en la matière, plus écologique ? Pas vraiment si j’en crois le site du ministère de l’Agriculture. Il apparaît en effet que le sapin artificiel, fabriqué à base de produits d’origine pétrolière, est d’autant plus polluant qu’il n’est pas recyclable, et qu’il serait renouvelé en moyenne tous les 3 ans, alors qu’il en faudrait 20 pour qu’il soit compétitif sur le plan environnemental.

Est-ce à dire que la culture de ce bon vieil Epicéa, et de son impitoyable concurrent le Nordmann, n’a aucun impact négatif ? Ce serait les disculper un peu vite.

Certes, les sapins de Noël sont la plupart du temps cultivés en site propre : on ne peut donc pas à proprement parler de déforestation lors de leur abattage. Par ailleurs, ils poussent sur des terrains acides, impropres à d’autres cultures. Mais comme le relève un article du magazine en ligne Notre-Planète.info, cette ‘’monoculture du sapin a l’inconvénient d’être très pauvre en biodiversité’’. Quant aux plantations, elles ‘’polluent les nappes phréatiques à cause de l’emploi de pesticides’’. Sans compter qu’un tiers environ des 6 millions d’arbres achetés chaque année est importé.

Est-ce une raison pour priver les bordelais de leur sapin géant de la place Pey-Berland ? Le fait est que sans la sortie hasardeuse de Pierre Hurmic (hasardeuse ne serait-ce que eu égard aux réactions qu’elle a suscitée), je ne me serais pas posé la question des coulisses environnementales de cette tradition. Car le fait qu’il s’agisse d’une tradition n’interdit pas d’en interroger les fondements, et si la méthode est maladroite, la question, elle, mérite d’être posée (tout comme celle de l’impact environnemental d’une épreuve comme le Tour).

Mais voilà, il se trouve que la France est plongé dans un ennui profond, qu’il ne s’y passe rien d’important au point que des propos extirpés d’une conférence de presse à usage local déclenchent une onde de choc allant jusqu’à affoler les plus sensibles des sismographes, et les plus atrabilaires des éditorialistes.

Pour ma part, je tire de cet emballement médiatico-politique une double leçon : d’abord qu’un peuple capable de s’écharper, au mois de septembre, à propos d’un sapin de Noël, un tel peuple ne peut pas être tout à fait malheureux. Quant au fait de se focaliser sur une aussi infime bêtise, et en prendre prétexte pour écarter toute réforme de fond liée à l’urgence écologique, cela me fait penser à ce fameux proverbe chinois, qui dit que quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

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