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les sondages, révélateurs de nos contradictions face au changement climatique

Tout et son contraire

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Les sondages, révélateurs de nos contradictions face au changement climatique ?

les sondages, révélateurs de nos contradictions face au changement climatique
les sondages, révélateurs de nos contradictions face au changement climatique Crédits : MassanPH - Getty

Je me demande si quelqu’un a déjà eu l’idée de faire un sondage sur la crédibilité accordée…aux sondages. Imaginez le résultat : 42% des personnes interrogées ne leur font pas ou peu confiance, 46% y croient un peu, voire beaucoup, 12% n’ont pas d’opinion. Soumettez ensuite ces résultats à votre échantillon, en lui demandant s’il fait confiance aux résultats de ce sondage sur la crédibilité des sondages. Logiquement, les 42% qui n’y croient pas d’habitude devraient continuer à être sceptiques, et donc à ne pas croire en l’expression de leur propre opinion. Avouez que c’est assez vertigineux que de ne pas être d’accord avec soi-même.

Et bien c’est la réflexion que je me suis faite à la lecture de l’enquête réalisée par Opinion Way, et que publie ce lundi l’institut OpenDiplomacy, dans le cadre des Rencontres du Développement durable.

Le millier de personnes interrogées début septembre, selon la méthode des quotas, avait à répondre à une série de questions sur la crise climatique. Exemple : ‘’selon vous, le changement climatique est-il plutôt : une urgence absolue qui doit être la principale priorité des gouvernants ; une priorité à laquelle les politiques doivent porter plus d’attention ; un sujet important mais il y a d’autres priorités ; un sujet de faible importance’’ Tadadam ! : l’urgence absolue recueille 27% de la totalité des réponses, les 18-24 ans étant manifestement beaucoup plus impatients de voir les gouvernements agir que les plus de 65 ans, de même que les sondés de gauche par rapport à ceux de droite.

Autre question, qui renvoie cette fois aux engagements de la COP21 il y a 5 ans, engagements en vue de limiter le réchauffement à 2 degrés d’ici la fin du siècle. Question posée : ‘’considérez-vous que cet engagement est suffisant ou pas suffisant pour lutter contre le changement climatique ?’’ Réponse : pas suffisant à 72 % pour l’ensemble des personnes interrogées, un niveau qui reste élevé quel que soit leur catégorie d’appartenance.

Il apparait donc que pour une large majorité des sondés, l’accord de Paris sur le climat ne va pas assez loin ; et que pour une autre large majorité, la lutte contre le changement climatique n’est pas une urgence absolue. Mathématiquement, cela signifie qu’il y a un nombre conséquent de personnes qui estiment que la COP 21 a manqué d’ambition, tout en considérant que prendre des mesures pour relever cette ambition n’est pas urgent. 

Et bien il va falloir leur expliquer que ça ne va pas être possible. Si l’accord de Paris ne va pas assez loin, autrement dit s’il faut limiter le réchauffement bien en deçà de 2 degrés, alors il y a urgence absolue à se focaliser sur cet objectif (sachant que la température moyenne sur Terre a déjà augmenté de 1 degré depuis le début de l’ère industrielle, il ne reste donc pas beaucoup de marge, c’est toujours bon de le rappeler). On ne peut pas vouloir l’un sans vouloir l’autre.

Il y a plusieurs façons d’interpréter ces réponses qui, mises côte à côte, apparaissent contradictoires. Les 42% du début, ceux qui ne font pas confiance aux sondages, y verront la preuve de ce qu’ils avancent (pour ma part, je me garderai bien de valider cette hypothèse, a fortiori à propos d’une enquête dont nous sommes partenaires).

On peut aussi y voir une pathologie de la nature humaine, qui nous conduit à vouloir tout et son contraire. Par exemple je sais que le Tour de France est loin d’être exemplaire en matière d’environnement, je sais que Pogacar et Roglic ont roulé un peu trop vite pour être tout à fait honnêtes, mais pour autant, quel plaisir de regarder cette épreuve !

Il y a surtout dans ce décalage un phénomène classique auquel nous confronte le changement climatique. Nous savons que la catastrophe est devant nous, qu’y répondre suppose de prendre des mesures radicales sans attendre. Mais nous prendrions bien un peu de rab.

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