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s'il fallait composer un gouvernement selon la méthode des quotas, faudrait-il nommer un millier de ministres ?

Un gouvernement qui nous ressemble ?

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La méthode des quotas est-elle la mieux adaptée pour former un gouvernement représentatif de la société ?

s'il fallait composer un gouvernement selon la méthode des quotas, faudrait-il nommer un millier de ministres ?
s'il fallait composer un gouvernement selon la méthode des quotas, faudrait-il nommer un millier de ministres ? Crédits : CSA Images - Getty

Un homosexuel qui s’assume comme tel aux Transports ; une mère célibataire de souche Amérindienne à l’Intérieur ; une femme noire à la vice-présidence ; une personne transgenre à la Santé ; un général afro-américain au Pentagone ; une quadra d’origine asiatique au Commerce ; et pour chapeauter le tout, un homme blanc au seuil du 4e âge à la Maison Blanche : voilà à quoi ressemblera le cabinet Biden lorsque ses membres auront été confirmés par le Sénat américain. Souci chirurgical de la diversité pour un exécutif censé représenter au mieux la population des Etats-Unis.

Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement américain affiche une telle considération à l’égard des communautés qui composent le pays. En 2015, le premier ministre canadien Justin Trudeau avait usé du même stratagème pour composer son équipe, offrant par exemple à une Autochtone le poste de ministre de la Justice, ou à un membre de la communauté Sikh celui de la Défense. Message adressé aux Canadiens : ce gouvernement est le vôtre, il vous comprend puisqu’il vous ressemble.

L’idée que les institutions politiques doivent être représentatives de la population ne date pas d’hier, et elle ne concerne pas seulement l’Amérique du nord (même si le communautarisme y est plus développé que chez nous). Ce souci d’une meilleure représentativité du pouvoir se veut une réponse à la crise de confiance dans la démocratie : si les électeurs votent moins, c’est parce qu’ils ne se reconnaitraient pas dans le personnel qui les représentent. Ainsi la quasi-absence d’ouvriers aux postes de responsabilité politique aurait pour effet de démobiliser cet électorat. Idem pour les Français d’origine immigrée ou les personnes (parfois les mêmes) issues de la ‘diversité’.

On peut être d’accord avec cette approche ou bien la contester au nom de l’universalisme, mais ce n’est pas de cela dont je voulais vous parler ce matin. La question que je me pose est la suivante : à quoi ressemblerait le gouvernement français s’il devait être le plus représentatif possible de la société française ? S’il devait nous ressembler ? Combien d’Auvergnats ? combien de plombiers ? combien de Bac 2 ?

Combien de femmes ? Là c’est assez simple. Etant donné que leur nombre est à peu près équivalent à celui des hommes, le gouvernement serait paritaire. Mais comment assurer le même équilibre en fonction de l’âge, du niveau d’études, du métier exercé et de la localisation géographique, c’est-à-dire en fonction des critères qui sont ceux que retiennent les instituts de sondage ? (en France, l’origine ethnique n’est pas prise en compte)

D’ailleurs, à propos de sondages, vous connaissez la méthode des quotas, qui consiste à composer un échantillon le plus proche possible de la structure de la population. Le plus souvent, cet échantillon est de l’ordre d’un millier de personnes, condition de sa représentativité. Imaginez un gouvernement avec un millier de ministres : cela parait compliqué, ne serait-ce que pour la photo de groupe sur le perron de l’Elysée.

Pour solutionner mon cas, j’ai appelé Martial Foucault, le directeur du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po), spécialiste des sondages. ‘’Comment puis-je constituer un gouvernement véritablement représentatif ?’’ Le meilleur moyen, me répond-il, ce serait de procéder par tirage au sort. C’est cette méthode qui assure, sans conteste, la meilleure représentativité. C’est imparable. D’ailleurs, toutes les enquêtes d’opinion dans les grandes démocraties ont abandonné les quotas au profit de cette méthode.

Dès lors, pourquoi ne pas tirer au sort les membres du gouvernement ? Le problème, c’est que cela vient heurter de front notre conception de la démocratie représentative. Souvenez-vous du procès qui a été fait à la Convention citoyenne pour le climat, constituée selon cette méthode. Un gouvernement le plus représentatif  possible de la société, tiré au sort, aurait donc de grandes chances d’être considéré comme illégitime, renforçant ainsi la défiance dans les institutions à laquelle il est pourtant censé répondre.

Voilà, me dit Martial Foucault, un parfait dilemme démocratique. Moralité : à trop courir après la représentativité, on risque bien d’aggraver la crise de la représentation.

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