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quand certains refusent de sacrifier leur confort individuel à l'intérêt collectif

Un pour tous ou chacun pour soi ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Si le confinement est globalement bien respecté, certains récalcitrants s'en dispensent. Une attitude qui rappelle le phénomène du 'passager clandestin'.

quand certains refusent de sacrifier leur confort individuel à l'intérêt collectif
quand certains refusent de sacrifier leur confort individuel à l'intérêt collectif Crédits : twomeows - Getty

J’aimerais revenir ce matin sur cette vidéo qui a circulé dimanche dernier, sur laquelle on aperçoit quelques Parisiens, une vingtaine à peu près, en train de se dandiner sur un air de Dalida, ‘’Laissez-moi danser’’. Au premier plan, un couple improvise un rock furtif, façon fac de droit.

Comme beaucoup, j’ai commencé par ne pas y croire. Une telle scène, en pleine rue, en plein jour, en ce moment : impossible ! Il a pourtant fallu se rendre à l’évidence : l’impossible n’existe pas dans le 18e arrondissement.

A vrai dire, ces quelques pas de danse n’étaient pas bien méchants. Ils n’auront duré qu’une grosse poignée de secondes, un bref exutoire avant que la maréchaussée intervienne. Mais cette scène avait quelque chose de choquant, de révoltant même, comme un doigt d’honneur adressé à toutes celles et ceux qui respectent scrupuleusement le confinement.

Il semblerait que ces entorses assumées aux règles de la distanciation sociale soient de plus en plus nombreuses, et pas seulement à Paris ni dans les grandes villes. Les témoignages se multiplient à propos de ces récalcitrants, qui refusent de sacrifier leur confort individuel à l’intérêt collectif (le confort étant ici souvent synonyme d’apéro). Je vous engage à ce sujet à écouter les Pieds sur terre de vendredi dernier.

Cette forme d’égoïsme, qui consiste à privilégier son seul bien-être tout en profitant des efforts produits par le plus grand nombre, renvoie à un phénomène bien connu des économistes : celui du passager clandestin, souvent évoqué dans les sujets liés à l’environnement, et théorisé par l’Américain Mancur Olson dans son livre ‘’Logique de l’action collective’’.

La théorie du passager clandestin va à l’encontre de l’idée, exagérément optimiste, que si tout le monde dans un groupe a des intérêts en commun, alors chacun va agir pour les atteindre. L’être humain est ainsi fait que ça ne se passe pas toujours comme ça. Et cette règle se vérifie quelle que soit la taille du groupe.

Prenez par exemple les questions liées aux émissions de gaz à effet de serre. L’intérêt collectif, à l’échelle mondiale, c’est de les réduire. Mais certains pays diffèrent leurs efforts, et misent sur ceux des autres. Comme l’écrit l’économiste du climat Christian de Perthuis, ‘’chaque émetteur, pris individuellement, a la tentation de retarder au maximum son entrée dans un jeu coopératif pour bénéficier, en passager clandestin, des actions précoces engagées par les autres acteurs’’.

Autre exemple : l’encyclopédie en ligne Wikipédia, à qui j’ai ‘’emprunté’’ la définition du passager clandestin. Son existence procure un bénéfice à la collectivité, un enrichissement, mais combien sommes-nous à en profiter sans jamais contribuer à sa stabilité financière ?

Et bien voilà où nous en sommes avec ces dérogations que certains s’autorisent pendant le confinement, comptant sur les bonnes pratiques des autres (puisque l’arrêt de la propagation du virus est une nécessité qui profite à tous), mais sans produire les mêmes efforts. Un peu comme dans la Cigale et de la Fourmi.

Ce qui est déplaisant dans tout ça, ce n’est pas seulement le spectacle des récalcitrants, mais les réactions qu’il provoque lorsque nous les observons. Il nourrit une forme de ressentiment à l’égard de ceux qui ne jouent pas le jeu, ceux qui dansent dans la rue, ceux qui prennent l’apéro dans des arrière-cours d’immeubles, ceux qui ont quitté Paris pour se réfugier à la campagne.

Et ce qui vaut pour la période de confinement vaut aussi pour la façon dont chacun se positionne par rapport à la nécessaire transition écologique. Voilà qui augure bien mal du ‘monde d’après’…

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