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la France pourrait être leader de la lutte contre le changement climatique, mais ses Présidents sont-ils à la hauteur ?

Un Président peut en cacher un autre

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La France pourrait assumer le leadership de la lutte contre le changement climatique. Mais ses Présidents successifs en ont-ils les moyens et la volonté ?

la France pourrait être leader de la lutte contre le changement climatique, mais ses Présidents sont-ils à la hauteur ?
la France pourrait être leader de la lutte contre le changement climatique, mais ses Présidents sont-ils à la hauteur ? Crédits : Alexei Nikolsky - Getty

Bercée par le souvenir de son glorieux passé, la France a tendance à s’imaginer plus influente qu’elle ne l’est en réalité. Une arrogance souvent moquée par nos partenaires européens, et qui trouve une de ses traductions dans la lutte contre le changement climatique. Nous nous voyons plus beaux que nous ne sommes : les performances françaises devraient pourtant nous inciter à faire preuve d’un peu de modestie. 

Illustration avec l’étude publiée hier par deux think-tanks, German Watch et le New Climate Institute. Leur classement annuel établit une hiérarchie des pays en fonction de l’efficacité de leurs politiques climatiques. Les 57 pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre sont passés au crible. Malgré ses efforts, la France n’arrive que 20e, dans le ventre mou du classement, loin derrière la Suède et le Royaume-Uni. Pire: elle perd 4 places par rapport à l’an dernier en raison de son insuffisante ambition en la matière.

Notre pays avait pourtant toutes les cartes en main pour assumer le leadership de la lutte contre le changement climatique. Siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU, vaste réseau diplomatique, c’est aussi à Paris qu’a été signé le 1er accord global sur le climat (dont on célèbrera le 5e anniversaire samedi prochain). Quant au discours le plus célèbre sur le sujet, on le doit sans doute à Jacques Chirac, en 2002, à Johannesburg : ‘’Notre maison brûle et nous regardons ailleurs’’, ‘’nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas’’.

Le problème, c’est que du discours aux actes, il y a un grand pas que nos présidents ont eu du mal à franchir ces vingt dernières années.  Dans un pays où le pouvoir est autant centralisé, c’est un problème. Et c’est ce que décrit finement l’ancien porte-parole de Greenpeace, Cyrille Cormier, dans son livre : ‘’Climat, la démission permanente’’ (Utopia).

Revenons à Chirac et à son fabuleux discours de 2002. Comme le rappelle Cyrille Cormier, en 2003, l’été suivant, une canicule dévastatrice frappe la France mais ‘’jamais cette expérience douloureuse ne fut considérée comme un avant-goût amer des impacts du réchauffement’’. Il faudra attendre juillet 2005, 3 ans après Johannesburg, pour que soit votée la 1ère loi de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Ses successeurs ne feront pas mieux. François Hollande est certes à l’Elysée en 2015 lors de la COP21, mais son mandat s’achève sur 3 années consécutives de hausse de ces mêmes émissions. Nicolas Sarkozy, lui, inaugure le sien avec le spectaculaire Grenelle de l’environnement : nous sommes fin 2007. Début 2011, au Salon de l’Agriculture, le même Nicolas Sarkozy prononce ces mots : l'environnement, ‘’ça commence à bien faire !’’.

Bien sûr, passer du discours au terrain n’est pas si simple, mais du moins ce passage est-il facilité lorsque la conviction, étayée par les connaissances scientifiques, est chevillée au corps. Or davantage que les petits arrangements avec le réel, c’est la prise de conscience tardive du changement climatique chez les locataires de l’Elysée qui interpelle : de Chirac à Macron en passant par Sarkozy et Hollande, chacun admet n’avoir mesuré l’ampleur du problème qu’au moment de sa prise de fonction. Le premier rapport du GIEC date pourtant de 1990 !

Dans le chapitre intitulé ‘’L’épiphanie climatique des présidents’’, Cyrille Cormier écrit ceci : ‘manquer de connaissance ou découvrir les dérèglements climatiques quand on est à l’Elysée en 2002 est déjà un peu surprenant. En 2007, c’est inquiétant, mais en 2012 puis en 2017, cela parait surréaliste’’. Puis il ajoute : ‘’est-il imaginable qu’en 2004, Emmanuel Macron puisse terminer son parcours au sein de Sciences-Po et de l’ENA sans jamais avoir construit une compréhension fine de l’un des grands enjeux globaux du XXIe siècle ?’’.

Confronté à une série de questions sur le sujet vendredi lors de son interview sur le média Brut, le chef de l’Etat s’est emporté : ‘’Personne n’en a autant fait depuis 10 ans ; je n’ai pas de leçons à recevoir’’. Pas de leçons : c’est à voir…

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