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‘’tout au long de l’Histoire, les plus grands nivellements (d’inégalités) sont invariablement nés des chocs les plus violents’’, Walter Scheidel

Une bonne guerre et tout ira mieux ?

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Les inégalités dans l'Histoire n'ont baissé qu'après des chocs violents. Depuis un an, elles augmentent. Qu'en déduire ?

‘’tout au long de l’Histoire, les plus grands nivellements (d’inégalités) sont invariablement nés des chocs les plus violents’’, Walter Scheidel
‘’tout au long de l’Histoire, les plus grands nivellements (d’inégalités) sont invariablement nés des chocs les plus violents’’, Walter Scheidel Crédits : Jean-Philippe Tournut - Getty

Vous vous souvenez des promesses de Grand soir ? C’était il y a pas tout à fait un an, au moment du Grand confinement. Le Monde d’avant avait fait son temps, le Monde confiné était de passage, le Monde d’après nous tendait les bras. Peut-être nous les tend-il toujours, ses bras, mais il faut croire que nous avions mal jugé la distance qui nous en sépare. Effet d’optique ? Le Monde d’après, un monde plus juste, se fait encore attendre et, si vous voulez mon avis, quelque chose me dit qu’il va falloir prendre son mal en patience.

Un indice ? Le niveau des inégalités. L’ONG Oxfam, qui a fait de la lutte contre ce phénomène son principal cheval de bataille, a publié un nouveau rapport il y a quelques jours. On peut y lire ceci : ‘’les 10 hommes les plus riches du monde ont vu leur fortune totale augmenter de 540 milliards de dollars depuis mars 2020…alors qu’il pourrait falloir plus de 10 ans aux personnes les plus pauvres pour se relever des impacts économiques de la pandémie’’.

Passons sur les ordres de grandeur évoqués dans ce rapport, qui mériteraient sans doute d’être ‘challengés’ comme on dit dans le Monde de maintenant.  Mais restons sur cette idée que la crise sanitaire n’a pas eu d’effets sur la réduction des inégalités, bien au contraire. Pourtant, aussi déprimant que cela puisse être, et aussi surprenant que cela puisse paraitre, ça n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle.

Pour comprendre, il faut faire un peu d’Histoire. ‘’Une histoire des inégalités’’ pour reprendre le titre de l’ouvrage de l’historien autrichien Walter Scheidel, tout juste paru aux éditions Actes Sud. Ouvrage monumental, tant par sa dimension que par son ambition puisque l’auteur s’intéresse à cette question sur le temps long : ‘’de l’âge de pierre au XXIe siècle’’.

Son constat est double. Premièrement : plus une société est stable, plus les inégalités s’y développent. ‘’Durant des milliers d’années, la civilisation n’a pas tendu vers la réduction des inégalités. Dans un large éventail de sociétés et à différents niveaux de développement, la stabilité a toujours favorisé les inégalités économiques. Cela se vérifie aussi bien dans l’Egypte des pharaons que dans l’Angleterre victorienne, dans l’Empire romain qu’aux Etats-Unis d’Amérique’’

A contrario, ‘’tout au long de l’Histoire, les plus grands nivellements (d’inégalités) sont invariablement nés des chocs les plus violents’’. Guerre de masse, révolution radicale, pandémie. Ainsi après les deux conflits mondiaux du XXe siècle ; ainsi après la révolution bolchevique en Russie ; ainsi après la Peste noire au Moyen-Âge. ‘’Dans les sociétés agricoles’’ raconte par exemple Walter Scheidel, ‘’les épidémies raréfiaient la main d’œuvre et augmentaient son prix’’ par rapport à celui du capital non humain, qui restait généralement intact. ‘’Cela appauvrissait les propriétaires fonciers et les employeurs, et enrichissait les travailleurs, réduisant du même coup les inégalités’’. ‘’L’extrême violence et l’extrême souffrance ont toujours été nécessaires pour déposséder les riches, et réduire la population active dans une proportion qui permît aux survivants d’améliorer réellement leur situation’’.

Il ne faut pas en déduire que tous les chocs violents de l’Histoire ont contribué à faire baisser les inégalités : ce n’est pas systématique. Ne pas en déduire non plus qu’un haut niveau d’inégalités va forcément provoquer de tels chocs : s’il peut y avoir concomitance, il n’y aucune causalité démontrée. En bon historien, Walter Scheidel ne s’aventure pas non plus sur le terrain glissant qui consisterait à nous souhaiter une bonne grosse guerre afin de ramener un peu de justice sociale dans nos sociétés.

Mais je reviens à mon constat du début. Si le niveau des inégalités se maintient, voire augmente depuis un an malgré la pandémie, c’est peut-être le signe que celle-ci n’est pas aussi dévastatrice qu’on a pu le craindre. On se rassure comme on peut.

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