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rien de tel qu'une bonne soupe de légumes pour accompagner la déprime d'un jour férié

Une bonne soupe de légumes et au lit !

3 min
À retrouver dans l'émission

Ciel gris + 11 novembre + vague à l'âme = le bon moment pour faire une soupe de légumes.

rien de tel qu'une bonne soupe de légumes pour accompagner la déprime d'un jour férié
rien de tel qu'une bonne soupe de légumes pour accompagner la déprime d'un jour férié Crédits : Blanchi Costela - Getty

Il y a pire qu’un dimanche d’automne. Il y a le 11 novembre, a fortiori quand celui-ci tombe en plein milieu de semaine. Seule la Toussaint parvient à le surpasser en matière de déprime. Dans ces circonstances, la seule occupation qui me parait cohérente, c’est de faire une soupe de légumes.

Non pas que la dite soupe agisse comme un antidépresseur. En ce qui me concerne, c’est plutôt le contraire. Le légume sous sa forme la plus liquide vient accentuer la noirceur des sentiments. L’humeur et le goût ne font qu’un : ton sur ton…

Et donc, hier, j’ai fait une soupe.

J’y ai d’abord mis des carottes. Carottes orange…ce qui ne va pas de soi. Saviez-vous qu’à l’origine, celles-ci étaient rouges, jaunes, blanches, violettes (comme celles domestiquées au Xe siècle en Afghanistan) mais pas oranges ? Il fallut attendre le XVIIe siècle pour que sa teinte la plus connue aujourd’hui apparaisse, en Hollande, grâce aux horticulteurs locaux, qui entendaient ainsi rendre hommage à la future famille royale d’Orange-Nassau.

Des carottes donc, et -à défaut de pommes de terre- de la patate douce. Laquelle a mis du temps à s’imposer chez nous. Elle n’y est cultivée qu’à partir du milieu du XVIIIe siècle, et encore brièvement, car un drame conjugal vient entraver sa course. Pas n’importe quel drame : la séparation de Joséphine et Napoléon. L’impératrice est fan de ce tubercule (dont les premières traces apparaissent au Pérou il y a plus de 10 000 ans) : il lui rappelle sa Martinique natale. Mais lorsque Napoléon la répudie, il expédie au loin et l’épouse, et la patate. Celle-ci mettra près de deux siècles à réintégrer le paysage culinaire métropolitain.

Pour divertir cette palette jusque-là monochrome, j’ai ajouté de l’oignon et du poireau. L’un et l’autre vont bien ensemble : ils appartiennent à la famille des Alliacées, qui ont pour particularité qu’on peut les suivre à la trace (trace olfactive). Coupez-leur le bulbe et ils se mettent à puer du bec. Notez qu’ils ne le font pas exprès : leur odeur singulière apparait ‘’au moment où les parois des cellules sont rompues avec le couteau, libérant une enzyme qui transforme les composés soufrés du bulbe en allicine’’.

Est-ce la raison pour laquelle, au Moyen-Age, l’aristocratie se détourna des poireaux, oignons et autres échalotes, pour en laisser l’usage aux seules classes populaires ? Et bien non, en tout cas pas seulement, car à cette époque, ce sont tous les légumes, sans distinction, qui nourrissent le mépris des élites à leur encontre. Et ce pour des motifs d’ordre religieux. Ainsi, tout ce qui se trouve dans les airs, qui se rapproche du ciel, donc de Dieu, est considéré comme noble : les fruits et les grands volatiles. A l’inverse, ce qui pousse au ras du sol, voire pire, à l’intérieur, se situe ‘’à l’échelon le plus bas de la grande chaîne’’ de la vie. Le mangeur de bulbe ne peut appartenir qu’aux rangs inférieurs de la société.

Vous n’imaginiez sans doute pas qu’on puisse apprendre autant de choses rien qu’en faisant une soupe pour accompagner un jour de déprime. Ces anecdotes, je les ai trouvées, non pas dans un recueil de recettes mais dans le livre d’un ingénieur agronome. Formidable livre d’Eric Birlouez, qui signe donc une ‘’Petite et grande histoire des légumes’’ aux éditions Quae.

Il y raconte comment cette grande famille, qui se décompose en des dizaines de milliers de variétés, a dû être domestiquée pour devenir consommable, alors qu’à l’état sauvage, les légumes sont le plus souvent toxiques (ce qui explique peut-être la méfiance instinctive des enfants à leur égard). Mais aussi comment ces mêmes légumes ont repris du poil de la bête, au fur et à mesure qu’est remise en cause la consommation de viande, pour des raisons écologiques.

Est-ce que cette lecture a fait que la soupe était bonne ? En tout cas moi, j’ai pris goût aux légumes.

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