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le Chimborazo en Equateur, plus haut sommet du monde, à 6384,4 km

Une question de point de vue

3 min
À retrouver dans l'émission

Le confinement favorise la contemplation. Et si c'était l'occasion de regarder le monde autrement, histoire de le changer ?

le Chimborazo en Equateur, plus haut sommet du monde, à 6384,4 km
le Chimborazo en Equateur, plus haut sommet du monde, à 6384,4 km Crédits : Mike Lyvers - Getty

Peu importe que vous soyez intelligent si tous ceux qui vous entourent vous prennent pour un imbécile. Vous aurez beau être convaincu du contraire, ce qui compte, ce n’est pas ce que vous êtes ou ce que vous croyez être mais la façon dont les autres vous voient. Votre identité dépend d’abord du regard d’autrui.

Dans un autre registre, on peut dire qu’on ne nait pas noir ou blanc, mais qu’on le devient, selon le regard que la société va porter sur les différences de couleur de peau, et selon les préjugés qui accompagnent ces différences. Bref, la façon dont nous envisageons les autres et dont nous les côtoyons dépend beaucoup moins de ce qu’ils sont que de ce que nous pensons qu’ils sont.

Changer notre regard pour changer le monde...

Et bien dans nos rapports avec l’ensemble du vivant, c’est la même chose. C’est le regard que nous portons sur le monde qui lui donne son essence, et qui va déterminer notre façon d’entrer en relation avec lui, et l’usage que nous en faisons. Pour le changer, il faut donc apprendre à le regarder autrement.

Cette approche est au cœur de la démarche scientifique, comme l’explique formidablement bien le mathématicien Mickaël Launay dans ‘’Le théorème du parapluie. Ou l’art d’observer le monde dans le bon sens’’. Il y raconte, entre autres, la découverte des lois de la gravitation par Isaac Newton, qui n’a été rendue possible qu’au prix de ruptures avec les théories dominantes. En expliquant le monde autrement : ‘la Terre tombe autour du Soleil’, Newton a contribué à le changer.

Exemple moins spectaculaire mais plus facile à expliquer en peu de mots, le cas du plus haut sommet du monde. Réponse unanime : l’Everest ! Sauf que, nous dit Mickaël Launay, tout dépend du point de départ de la mesure. Si c’est à partir du niveau de la mer, ok, c’est bien l’Everest à 8848 mètres. Mais si c’est à partir du centre de la Terre (et pourquoi pas après tout ?), alors, et parce que la Terre n’est pas tout à fait ronde, c’est le Chimborazo en Équateur qui arrive premier, avec 6384 kilomètres. Ça ne change pas grand-chose et en même temps, ça change tout (ne serait-ce que les manuels de géographie).

Ce qui vaut pour les sciences dures vaut aussi pour les sciences humaines. Restons justement en Équateur. Philippe Descola, a montré dans ses travaux comment les indiens Achuar d’Amazonie avaient un tout autre rapport que le nôtre à leur environnement. ‘’Les Achuar’’ écrit-il dans ‘’La nature domestique’’, ‘’se comportent avec les non-humains comme avec des partenaires sociaux : les plantes cultivées sont traitées par les femmes comme des parents consanguins, tandis que les animaux chassés sont traités par les hommes comme des parents par alliance’’.

Vous me direz, ça ne change rien au fait qu’ils cultivent quand même les plantes, et qu’ils chassent quand même les animaux. Oui mais à ceci près que, les considérant comme des parents, ils ne prélèvent que ce dont ils ont besoin, le strict nécessaire. Leur regard sur le monde conditionne bien la façon dont ils l’habitent.

... ou regarder le monde avec la vue d'un autre pour mieux le comprendre ?

Dans son livre ‘’Que pensent les dindes de Noël ?’’, l’éthologue Fabienne Delfour pousse cette logique du changement de regard un peu plus loin. Elle invite le lecteur à envisager les animaux comme des êtres ayant une conscience subjective du monde qui les entoure, autrement dit, à essayer de les regarder de leur point de vue à eux.

Ainsi, plutôt que d’observer une poule avec les yeux d’un humain, essayez de regarder le monde avec les yeux d’une poule. Cela peut paraitre ridicule mais dans le premier cas, vous aurez envie de la manger ; dans le second, vous allez sans doute hésiter…et vous rendre compte que la poule n’est pas si bête (je vous laisse découvrir pourquoi en lisant le livre)

Évidemment, nous ne sommes pas des animaux de basse-cour. Ni des anthropologues, et encore moins des génies des mathématiques. Mais avec le confinement, nous avons une occasion en or de regarder le monde qui nous entoure autrement. Et de le changer un peu. Puisque après tout, tout est une question de point de vue.

par Hervé Gardette 

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