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le changement climatique aura-t-il raison de nos retraites ?

Ça chauffe pour les retraites

4 min
À retrouver dans l'émission

Nouvelle journée de mobilisation hier contre la réforme des retraites. Un débat dont la crise climatique est absente. Pourtant, les deux sujets sont bien liés.

le changement climatique aura-t-il raison de nos retraites ?
le changement climatique aura-t-il raison de nos retraites ? Crédits : H-Gall - Getty

Le sud, la mer, les pieds dans le sable, une petite maison à deux pas des commerces, plutôt sur l’Atlantique, pourquoi pas le Portugal — les Portugais sont si sympathiques, on y mange bien, et pour pas cher. Ai-je jamais envisagé d’aller y passer ma retraite ? Si tel fut le cas, j’y ai renoncé. Plutôt le nord, sa fraîcheur, à l’écart des marées et des zones inondables : le réchauffement climatique aura sans doute des conséquences sur notre façon de planifier notre vie d’après.

Il en aura aussi sur le montant de nos pensions de retraite, et n’allez pas croire que ça les fera augmenter : au contraire. Pourtant, ce paramètre essentiel n’apparaît pas (ou alors il est bien caché) dans le débat actuel.

Dans un numéro récent du magazine La Recherche, Marie Dégremont, chercheuse associée à Sciences Po, spécialiste des questions de transition énergétique, rappelle que, dans notre système par répartition, ‘’les retraites sont financées à 80 % par des cotisations sociales qui dépendent des salaires des actifs’’. ‘’Ce système’’, ajoute-t-elle ‘’n’est soutenable que s’il y a suffisamment d’actifs et de croissance économique’’. Or le réchauffement va détériorer la productivité du travail ‘’jusqu’à diminuer de 20% dans certains secteurs selon des projections présentées par le Giec en 2014’’, et par conséquent ‘’déstabiliser l’équilibre des régimes obligatoires fonctionnant par répartition.’’

Problème : les scénarios élaborés par le COR, le Conseil d’orientation des retraites, font l’impasse sur cette question. Ils misent sur des hypothèses de croissance susceptibles d’être remises en cause par le changement climatique.

Non seulement les scénarios risquent de ne pas être viables, mais en plus ils sont climaticides estime Jean Gadrey dans un article pour Alternatives économiques. Pour cet économiste, auteur il y a une dizaine d’années du livre ‘’Adieu la croissance’’, les travaux du Conseil d’orientation des retraites et la réforme qui en découle s’appuient sur ‘’des modèles hérités d’un passé révolu’’, des hypothèses ‘’dopées aux fossiles et à la destruction d’écosystèmes vitaux’’.

Certes, l’absence de croissance n’est pas certaine, mais elle n’est pas non plus improbable : il serait donc utile de réfléchir à des scénarios en partant de cette hypothèse, avec comme horizon le maintien, malgré tout, d’un système solidaire

Evidemment, il est tentant d’aller chercher une réponse dans l’autre grand système de retraite : celui par capitalisation. Dans ce système, chaque actif accumule du capital pour ses vieux jours, via notamment des placements financiers. En temps ‘normal’, le jeu est risqué. Avec le changement climatique, le risque est multiplié, la vulnérabilité des marchés pouvant s’avérer désastreuse pour les petits épargnants.

D’autant que, là encore, le risque climatique est sous-estimé, pour ne pas dire négligé, par les organismes qui gèrent cette épargne.

’Les fonds de pension se fichent du réchauffement climatique’’ : c’est le titre d’un article publié l’an dernier sur le site Euractiv. Il y est fait mention d’une étude d’une ONG britannique, selon laquelle ‘’seuls 13 % des fonds de pension gérés collectivement par les 100 plus grandes caisses de retraite de la planète ont fait l’objet d’analyses pour leur exposition aux risques liés au climat’’ ; ‘’en découlent près de 10 000 milliards de dollars d’actifs non protégés contre les crises économiques qui seront causées par le réchauffement climatique’’

Bref, ni le système par capitalisation, ni celui par répartition ne parait en mesure, en l'état, de répondre à ces enjeux systémiques. Ce qui rend d’autant plus étonnant le fait que ce lien entre retraites et climat alimente aussi peu le débat public.

D’où l’intérêt de la récente tribune de François Ruffin pour Reporterre : ‘’La bataille pour les retraites est une bataille écologique’’. Le député La France insoumise propose de relancer la diminution du temps de travail plutôt que de miser sur son allongement, pour sortir de l’engrenage qui consiste à travailler plus pour produire plus pour consommer plus… donc pour travailler plus.

Est-ce la bonne réponse ? C’est un débat. Voici en tout cas ce qui m’apparaît être une bonne question : elle est posée, dans l’article d’Euractiv, par le patron d’une ONG : ‘’Quand vous prendrez votre retraite dans 30 ou 40 ans, vous préfèrerez avoir le plus d’argent possible dans un monde à 4°C, ou un montant optimal dans un monde stable et sans danger ?’’

par Hervé Gardette

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