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le vélo cargo va-t-il nous ramener à l'âge de pierre ?

Vélos cargo, les nouveaux forçats du bitume ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Utiliser des vélos pour déplacer des charges lourdes sur de courtes distances : progrès ou régression ?

le vélo cargo va-t-il nous ramener à l'âge de pierre ?
le vélo cargo va-t-il nous ramener à l'âge de pierre ? Crédits : Matthew Micah Wright - Getty

Alors comme ça, pendant que le pays se désespère de pouvoir sortir un jour du confinement, Strasbourg en profite pour faire passer, ni vu, ni connu, la légalisation de l’esclavage et du travail forcé. Comment ça, vous n’en avez pas entendu parler ? Vous ne fréquentez pas les réseaux sociaux le week-end !?

Je vous explique. Vendredi, l’adjoint écologiste aux transports de la mairie de Paris, David Belliard, publie ce message sur Twitter : ‘’génial ! pour la 1ère fois en France, six tonnes de pavés ont été livrées en péniche depuis le port du Rhin à Strasbourg, puis à vélo cargo pour les derniers mètres. Comme quoi, le vélo, c’est aussi pour le transport de marchandises !’’

Malheureux ! Qu’était-il donc allé tweeter là ?! En moins de temps qu’il n’en faut pour lire cette chronique, les réactions indignées fusent : ‘’lamentable’’, ‘’pathétique’’, ‘’le travail de force est de retour !’’, ‘’bon retour vers le Moyen-Age’’, ‘’adieu émancipation, ce tweet signe-t-il la fin de la gauche ?’’, ‘’l’écologie réinventera l’esclavage’’, etc, le tout assorti d’images renvoyant qui aux forçats du bâtiment, qui aux esclaves égyptiens au temps des Pyramides, qui encore aux hommes du Paléolitihique.

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Il faut reconnaitre aux gens qui s’indignent au quart de tour un talent certain pour la punchline, mais ce talent est le plus souvent inversement proportionnel au recul et aux compétences nécessaires pour juger de tel ou tel sujet. A savoir : l’usage du vélo cargo peut-il s’envisager comme mode alternatif ou complémentaire pour déplacer des charges lourdes (que ce soient des pavés à Strasbourg, des parpaings à Bordeaux ou des gros cailloux à Toulouse) ? (vous remarquerez que j’ai choisi des villes avec un faible dénivelé)

Heureusement, les réseaux sociaux –c’est tout leur charme- produisent aussi l’antidote à leurs abonnés les plus compulsifs. Plusieurs internautes ont ainsi publié des contre-argumentations détaillées, d’où il ressort ceci à propos du cas strasbourgeois :

  • la zone où sont chargés les pavés ne permet pas de les stocker en grand nombre
  • utiliser un camion pour les déplacer obligerait celui-ci à voyager presque à vide
  • par ailleurs, la distance qui sépare le quai du chantier n’est que de 300 mètres environ, ce qui, même avec un vélo lourdement chargé, n’est pas loin
  • surtout, les vélos cargo en question sont électriques, et ça, c’est une sacrée différence avec les conditions de travail des esclaves égyptiens.

Il y a un nom pour cette activité de transport : la cyclologistique. Il y a même une fédération européenne de cyclologistique : la ECLF. Je vous invite par exemple à lire les articles du Les Echos, toujours très en pointe sur les questions de mobilité. On y apprend que la livraison de fret à vélo est en plein essor dans les villes, qu’elle permet de résoudre le ‘’casse-tête du dernier kilomètre, cette ultime étape de la livraison, généralement la plus coûteuse de la chaine de distribution et qui génère 20% du trafic urbain’’, ou encore que les machines les plus puissantes permettent de déplacer des charges jusqu’à une demi-tonne.

Mais alors, au-delà de l’ignorance, pourquoi de telles réactions suite au message initial de David Belliard ? Et bien d’abord le fait que son auteur soit un élu écologiste joue en sa défaveur. Depuis leur percée spectaculaire aux municipales, les écolos sont sous le feu des critiques eu égard à leur volonté fantasmée de nous ramener à l’âge de pierre (il est vrai qu’ils le cherchent parfois un peu). Par ailleurs, il s’agit d’un Parisien, ce qui est devenu une circonstance aggravante, a fortiori lorsqu’il s’agit de promouvoir la pratique de la bicylclette, fut-ce au détriment du bruit et de la pollution des camions.

Mais le plus édifiant dans cette toute petite histoire, c’est le rejet de la cyclologistique au nom du progrès et de la lutte pour l’émancipation. Comme si faire un travail qui demande de la force physique (en l’occurrence déplacer des cargaisons lourdes à vélo) était forcément le signe d’une aliénation. Or qui est le plus aliéné : celui qui charge et décharge des pavés dans son vélo cargo pour faire 300 mètres ? ou celui qui passe ses journées sur son pavé d’ordinateur pour commenter les propos des autres ? Je me pose la question.

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