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Le siège de Google

Arrêtons de dire GAFA ! OK, mais on dit quoi ?

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Cette manière de désigner les géants du numérique n'est pas la bonne. Mais quelles sont les alternatives ?

Le siège de Google
Le siège de Google Crédits : Yichuan Cao / NurPhoto - AFP

Oyez oyez, candidats à la présidentielle qui proposez de les imposer plus ou de les taxer pour financer la culture ! Oyez oyez journalistes qui les désignez ainsi par facilité ! Oyez oyez crétins qui les nommez de la sorte pour vous donner l’air de comprendre l’époque ! Oyez oyez soumis au contemporain qui les admirez ! Oyez oyez auditrices et auditeurs de France Culture qui avez découvert cet acronyme la semaine dernière et qui allez déjà devoir vous en passer ! Oyez peuple de France !…. Il ne faut plus dire GAFA. Non, ces quatre lettres par lesquelles on désigne la puissance réunie de Google-Apple-Facebook-Amazon doivent être bannies de notre langue, car elles ne correspondent à rien. C’est la thèse tout à fait convaincante développée récemment dans Numérama par Julien Cadot (et il n’est ni le premier ni le seul à la défendre) et que l’on pourrait résumer par ces quelques arguments.

D’abord ces entreprises ne font pas la même chose. Apple fait du matériel et du logiciel. Google est d’abord un moteur de recherche, mais aussi, je cite, “une agence de publicité […] un créateur de robot, un fournisseur d’accès à Internet, un fonds d’investissement, un chercheur en santé et en intelligence artificielle… et Google ne s’appelle plus Google, mais Alphabet” (pour être tout à fait juste, il faudrait donc dire AAFA…). “Facebook […] est un réseau social, une régie publicitaire, une plateforme de contenu, un kiosque pour les médias […], un autre réseau social (Instagram) ou un explorateur de tendances technologiques”. Quant à Amazon, c’est avant tout un commerçant. Deuxième argument contre l’acronyme : ces entreprises n’avancent pas à front unis, elles peuvent être en concurrence dans certains secteurs. Et puis, troisième argument, ces quatre entreprises ne sont pas les seules, ni forcément les plus puissantes, les plus modificatrices de notre milieu. Et Microsoft ? Et Uber ? Et Tesla ? Quand Emmanuel Macron parle de taxer les GAFA pour financer son pass culturel pourquoi taxer Google et pas Netflix, qui est pourtant un agent aujourd’hui important de l’économie culturelle ? Et pourquoi ne considérer que des entreprises américaines alors que Alibaba la chinoise et Samsung la coréenne sont aussi puissantes ? Tout cela n’aurait pas grande importance si ça n’était pas sans effet je cite Numérama “sur la manière dont les gouvernements, Etats, organisations, économistes et même les militants agissent.” Ils ne voient qu’un bloc là où les stratégies et les acteurs diffèrent. Conclusion de Numérama : “A force d’être mal utilisé, à tort et à travers, le terme a remplacé l’objet qu’il désigne. Le signifiant « Les GAFA » est une sorte de chimère sans signifié, qui résonne comme une menace toute puissante, l’épure d’une techno-divinité.” Ok. Bon… Dit comme ça, on ne peut qu’être d’accord, mais alors comment les nomme-t-on ?

Il y a toute une série de compléments ou d’alternatives : certains ajoutent le M de Microsoft pour faire GAFAM (mais ça ne règle presque rien). A aussi été créé un autre acronyme « NATU » (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber). Mais pour être juste, il faudrait ajouter un autre acronyme, “BATX”, qui désigne les grandes entreprises chinoises, Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi. Et comme on a oublié, il faudrait ajouter le S de Samsung. Ce qui donnerait par exemple GAFAMSNATUBATX. Outre que ça répond pas aux arguments de Numérama, ce n’est pas très efficace. En l’absence d’acronyme, comment fait-on ? On peut dire “Géants du web” (mais ce n’est pas le cas d’Apple ni de Samsung) ou “Géants californiens” (pas tous californiens). Bref, on est coincé, c’est désespérant. “Géants du numérique” serait le plus juste, mais quel vague…. quelle tristesse…

Le problème, c’est plus fondamentalement la difficulté à désigner une puissance diverse dont on sent qu’elle est animée par un esprit commun, sans pouvoir la caractériser vraiment. L’Histoire a fait des tentatives - le “mur de l’argent”, dénoncé par Herriot pendant le Cartel des Gauches ou les “200 familles” sous le Front Populaire - ça ne correspondait pas forcément à grand chose, mais ça avait de la gueule. Il faudrait trouver un équivalent. Un peu étrange, un peu incarné, un peu allégorique, qui dise à la fois le proche et le lointain, le matériel et l’immatériel, qui dise le capitalisme pseudo-cool, la croyance en l’avenir. Je n’ai aucune proposition.

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