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Un homme au travail ?

Au bureau, tout le monde voit votre écran. Que faire ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Une chronique "servicielle", comme on dit.

Un homme au travail ?
Un homme au travail ? Crédits : Tim Platt / Image Source - AFP

Il faut que je vous restitue le contexte. Hier, je croise une personne dont je tairais l'identité pour des raisons évidentes de confidentialité. Alors que je lui demande si tout va bien en espérant qu'elle ne répondra pas vraiment à cette question, elle m'explique être en plein aménagement de son nouveau bureau (ce n'est donc pas quelqu'un de France Culture, qui ne vient pas non plus à vélo chaque matin au travail, équipée d’une tenue jaune fluorescente...) et se trouver face à un problème de taille. La nouvelle disposition de son lieu de travail fait que son écran d'ordinateur est visible par une bonne partie de ses collègues. Tout le monde va donc être en mesure de voir ce que cette personne fait, ce qu'elle regarde, ce qu'elle lit, à qui elle est en train d'écrire. « C'est l'horreur », me dit cette personne, avec une affliction émouvante. Eh bien, ayant moi-même vécu cette situation pendant deux ans, pour avoir travaillé dans un bureau en open space, dos à une vingtaine de personnes qui avaient le nez sur mon écran (qui était fort grand, ce qui est un inconvénient en l'occurrence) - je me permets d’en tirer quelques enseignements.

Mettre votre écran en mode veille

Il y a d’abord une loi universelle : tout ce que vous ferez sur votre écran participera à la constitution de votre personne professionnelle, et comptera plus que ce que vous pouvez dire ou faire par ailleurs. De cette loi unique, découlent toute une série de règles.

Règle 1 : ne pas mentir. Par exemple, il est très malvenu de faire semblant de ne pas avoir reçu un mail, ou un chat, quand celui qui vous l'a envoyé peut vérifier qu'il est apparu sur votre écran.

Règle 2 : mettre votre écran en mode veille dès que vous vous levez. Sans cela, en l’absence de votre corps pour faire obstacle et de votre présence pour intimider, seront exposés vos derniers échanges et surtout tous vos onglets (or comme le disait le grand Rabelais « l'onglet est le propre de l'homme »).

Règle 3 : assumer vos goûts. Il sera très difficile de cacher que ce que vous écoutez au casque d’un air pénétré n'est pas une conférence du collège de France, ni même un concerto de Tchaïkovski, mais une compilation des tubes de Barry White. Ce n'est pas la peine de faire semblant.

Ne jamais ouvrir une image sans savoir ce qu'elle contient

Règle 4 : ne jamais ouvrir une image qu’on vous envoie, si vous ne savez pas ce qu'elle contient. En particulier si elle provient d'une personne avec laquelle vous entretenez des relations amoureuses. On ne sait jamais ce qui passe par la tête d'un amoureux ou d'une amoureuse (et il est trop tard pour le regretter quand vous voyez que l'objet du message était : « effeuillage, suite et fin »)

Règle 5 : éviter d'avoir des pratiques numériques en contradictions avec vos paroles ou vos actions. Par exemple : si vous êtes chef, ne regardez pas sur LaFourchette.com des restaurants à 80 euros le menu quand vous venez de refuser une augmentation collective (ou alors, si vous vous en sentez capable, présentez-vous à la présidentielle sous l'étiquette Les Républicains, vous avez vos chances).

Règle 6 (c’est la plus importante) : on peut tirer avantage de cette situation. Par exemple, afficher un document dans une langue étrangère (au pire l'anglais, au mieux, le russe ou le chinois) - ou des équations ou des lignes de code selon l'image qu’on veut donner -, et marquer son approbation face à ce qu'on lit, voire carrément s'esclaffer de temps en temps. Mais il y a plus retors, c'est le faux dévoilement qui vous recouvrira d’une aura de mystère, tout en coupant court aux questions. Quelques exemples : regardez sur un site médical des photos d'une maladie spectaculaire, et quittez le site à chaque fois que vous sentez un regard (mais avec un temps de latence). Ouvrez un document-texte que vous laissez vierge, et regardez-le intensément sans bouger (méthode dite mallarméenne, très impressionnant.) Voilà, si vous suivez bien tous ces préceptes, il est possible que vous teniez 3 mois avant qu’un accident vous couvre d’opprobre ou de ridicule.

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