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James Bond rencontre le nouveau Q dans "Skyfall"

Avenir de l'espionnage

5 min
À retrouver dans l'émission

Un changement de paradigme a lieu dans le monde du renseignement : l'information n'est plus rare. C'est même l'inverse.

James Bond rencontre le nouveau Q dans "Skyfall"
James Bond rencontre le nouveau Q dans "Skyfall" Crédits : AFP

Dans une scène de “Skyfall” James Bond a rendez-vous à la Tate Gallery avec le remplaçant de Q, le vieil ingénieur qui lui fournissait les stylos explosifs et les MG à lanceurs de roquette. Face à un tableau de Turner représentant un vieux bateau de guerre sur le point d’être détruit (attention : allégorie), est assis un jeune homme joli et un arrogant. C’est le nouveau Q. Et il tient à James Bond les propos suivants : je fais plus de dégâts avec mon clavier que vous avec toutes vos armes et vos gadgets. Dont acte, Q donne à James Bond pour tout matériel un révolver et une radio. “Tirez, je ferai le reste”, voilà à peu près son discours. Evidemment, toute la suite du film prouvera que James Bond n’est pas si dépassé que ça, et que même dans un espionnage contemporain ultra-technologisé, les vieilles méthodes ont leur efficacité. Peut-être est-ce valable pour aujourd’hui, mais qu’en sera-t-il demain ?

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Un élément de réponse se trouve dans les programmes de recherches de l’IARPA. L’IARPA est l’organisme de recherche avancée du renseignement américain, héritier de la fameuse DARPA. Je n’ai pas la naïveté de penser que ce que rend public l’IARPA représente à soi seul l’avenir de l’espionnage, mais il n’est pas inintéressant d’y jeter un oeil.

Le programme Janus (quel joli nom, Janus, c’est le Dieu romain aux deux visages….) vise à améliorer les logiciels de reconnaissance faciale. L’idée étant de tirer profit de toutes images disponibles pour identifier des personnes par leur visage, même avec images partielles et imparfaites. Le programme Babel vise à transformer n’importe quelle conversation, tenue en n’importe quelle langue, en données exploitables pour des analystes qui en parlent pas cette langue. L’idée étant pouvoir faire des recherches par mot ou expression et distinguer ce qui est intéressant dans le bruit de tout ce qui est capté. Le programme Aladin a à peu près le même but, mais avec les vidéos. Pouvoir distinguer ce qui est signifiant dans toutes les vidéos produites par les internautes, toutes les vidéos, même les plus anodines (où sont les gens, ce qu’ils font, avec qui etc.)

Ces projets ont tous quelque chose en commun. Ils ne visent pas à trouver une information qui est cachée. Leur but est inverse : fabriquer de l’information à partir d’une masse presque infinie de données. Selon les spécialistes du renseignement, il s’agit là d’un changement de paradigme. Longtemps, l’espionnage s’est heurté à la rareté de l’information. Aujourd’hui, et ce sera encore plus le cas demain, l’espionnage se heurte à la massification de l’information. Et le défi à relever, c’est le tri dans cette masse d’information pour obtenir un renseignement valable et utile.

Tout cela me rappelle une histoire racontée en 2010 dans la revue américaine The Edge par George Dyson, à qui on demandait ce qu’Internet changeait à notre manière de penser. George Dyson, auteur de livres sur l‘histoire des technologies, mais aussi concepteur de bateau, avait fait une très belle réponse. Dans le Nord de l’Océan Pacifique, raconte Dyson, il y avait deux manières de construire les bateaux. Les Aléoutes, qui vivaient sur des îles presque désertiques et privées d’arbres, construisaient des bateaux en assemblant des morceaux de bois échoués sur les plages (ce qu’on appelle des kayaks). Les Tlingits, qui habitaient des espaces plus fertiles, sélectionnaient des arbres entiers dans leurs forêts et les évidaient jusqu’à obtenir la forme d’un canoë. Les Aléoutes et les Tlingits arrivaient au même résultat - le plus grand bateau possible avec le moins de matériel possible - par des moyens opposés. Pour Dyson, le flot gigantesque d’informations fourni par Internet produit une fracture culturel similaire. “Longtemps nous avons été des constructeurs de kayak, collectant des fragments d’information pour leur donner une forme qui nous maintienne à flot. Aujourd’hui, nous devons apprendre à devenir des constructeurs de canoë, jetant l’information inutile pour révéler la forme du savoir caché en elle.” Où l’on s’aperçoit donc que les tourments des espions ne sont pas très éloignés des nôtres.

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