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Femme en burkini sous l'eau

Burkini : de l'usage du numérique pour ne pas rester imperturbables

4 min
À retrouver dans l'émission

Comment aller voir ce que les principales intéressées disaient du burkini avant les arrêtés municipaux perturbe bien des discours entendus.

Femme en burkini sous l'eau
Femme en burkini sous l'eau Crédits : Photo du du compte Instagram de Hera Khaerani, reporter for Media Indonesia

Michael Foessel, dans “Après la fin du Monde”, vous avez écrit quelque chose de très beau. Je vous cite :” Ce n’est pas de l’informatique, des espaces virtuels ou des réseaux dont il faut se méfier, mais de la rencontre entre la logique de ces instruments et un très ancien désir: celui de devenir des hommes imperturbables. “ Ce qui est très beau, c’est l’adjectif “imperturbable” et l’idée que le numérique pourrait renforcer notre désir d’être imperturbable, ce qui est contre-intuitif, donc intéressant. Et cela fait échos à la manière dont un j’ai vécu l’affaire dite du “burkini”. Ayant pour habitude de me déconnecter pendant les vacances, j'ai d'abord vécu cette affaire dans des discussions physiques, lors de soirées estivales avec des gens que cela choquait qu’une femme se baigne en cachant son corps, qui trouvaient cela provoquant et qui, sans forcément défendre les arrêtés municipaux, en soutenaient la logique. Ce qui, je l’avoue, m’a mis mal à l’aise.

Or, quand au retour de mes vacances, je me suis reconnecté, j’ai pu voir défiler sur ma timeline Twitter et mon compte Facebook les propos, tribunes de gens indignés par ces arrêtés, qui m’ont un peu rassuré je l’avoue. Etonnant, me suis-je dit, de me sentir plus en lien avec cette communauté disparate, faite de gens éloignés, que pour la plupart je ne connais pas personnellement, qu’avec des gens dont je suis pourtant très proche. J’ai beau connaître les logiques sociologiques et algorithmiques qui président à la constitution de ces fils d’actualité sur Twitter et Facebook - et qui ont tendance à lier ce qui se ressemble -, leurs effets m’ont paru réconfortant. En ce sens, les réseaux ont, comme vous le craignez Michael Foessel, bénéficié au désir de ne pas être perturbé (si on exclut ce fait assez perturbant en lui-même et qui consiste à se sentir mieux seul derrière son ordinateur qui vous chauffe les cuisses alors que c’est déjà la canicule, plutôt qu’à siroter un rosé avec des proches dans le vent frais d’une nuit d’été). Mais disons donc que, dans un premier temps, j’ai été d’accord avec vous.

Mais j’ai fait ensuite une expérience qui a apporté des conclusions un peu différentes. L’expérience est la suivante. Aller voir sur Instagram - le réseau social où l’on échange des photos, réseau sur lequel les jeunes sont très actifs - ce que racontent ces femmes qui postent des photos d’elles en burkini, ou ce que disent celles et ceux qui commentent ces photos. Et voir comment ces discussions ont évolué. Bien sûr, méthodologiquement, c’est pas d’une rigueur absolue, mais ce qu’on y constate est étonnant. Avant les arrêtés municipaux, le burkini y est traité essentiellement comme un accessoire de mode. On y parle modèle, taille, perte de couleur au lavage, capacité à sécher vite. On y échange des conseils. On se fait beaucoup de compliments : les “Oh t’es trop mignonne ma chérie !” font florès, et ne proviennent pas seulement de femmes voilées. Et on constate aussi que ces femmes qui postent des photos d’elles en burkini - assez rares d’ailleurs - les postent au milieu de plein d’autres photos que l’on trouve sur n’importe quel profil Instagram : des paysages, des amis, des enfants, de la nourriture. Ce n’est qu’après les arrêtés municipaux, que ces photos et discussion prennent un caractère politique et explicitement identitaire.

Il est difficile de tirer une conclusion définitive de cette expérience, si ce n’est qu’elle est perturbante, car elle apporte un contrepoint qu’il faudrait étudier de près. Et cette expérience n’est possible que grâce à une autre logique profonde de l’informatique : tout garder en mémoire, à commencer par les conversations que l’on tient dans les réseaux. Cette petite histoire ne contredit donc pas votre propos, Michael Foessel, à condition d’ajouter que si on veut être perturbé par le numérique, on peut l’être. Et sans grand effort.

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