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Comment "hologramme" est devenu l'insulte de cette campagne présidentielle

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Non seulement l'emploi est impropre, mais est-il si insultant que cela ?

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C’est un phénomène étrange. Depuis l’utilisation d’un hologramme pour donner un meeting à la fois à Lyon et à Aubervilliers le mois dernier - vous vous souvenez d’ailleurs que, techniquement, ce n’était pas un hologramme, mais bon… admettons… - le mot s’est fait une place dans la campagne. C’est devenu l’insulte de la campagne. Emmanuel Macron est par exemple pour François Fillon “l’hologramme de François Hollande en plus jeune”. Marine Le Pen estime que “les candidats à l’élection présidentielle sont des hologrammes”. Benoît Hamon explique à Laurent Wauquiez qu’il est un “joli hologramme de Marine Le Pen”, qui se défend en se demandant si Benoît Hamon “n’est pas l’hologramme de Tariq Ramadan”. Benoît Hamon, toujours lui, pense que François Fillon a “trouvé son hologramme”. Franck de La Personne du Front National s’adresse à Jean-Luc Mélenchon pour lui dire “votre hologramme s’appelle Benoît Hamon”. Quant à François Bayrou, avant de se rallier à Emmanuel Macron, l’avait traité “d’hologramme”.

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Vu de loin, c’est assez rigolo de traiter quelqu’un d’hologramme, il y a même un côté insulte du Capitaine Haddock qui lui aussi recourait parfois à un vocabulaire technique -mais de son époque - “astronaute d’eau douce”, “bulldozer à réaction” “simili-martien à la graisse de cabestan” ou même "espèce de logarithme".

Dans le contexte de cette campagne présidentielle, “hologramme” est la resucée d’une expression qui a eu son heure de gloire “préférer l’original à la copie” - en général employée pour dire que la droite faisait sans le dire une politique d’extrême-droite.. C’est donc une vieille histoire de disqualifier un adversaire en lui reprochant d’être le décalque d’un autre. “Hologramme” prolonge cette histoire, en lui donnant les atours de la modernité technologique.

Sauf qu’il y a un problème logique. Dans ce sens, l’emploi du mot “hologramme” est parfaitement impropre. Quelqu’un ne peut pas être l’hologramme de quelqu’un d’autre, puisqu’un hologramme est une duplication. On ne peut être l’hologramme que de soi-même. Du point de vue logique, dire qu’Emmanuel Macron est l’hologramme de François Hollande est donc absurde, et prouve qu’on a n’a pas du tout compris de quoi on parle. Ce qui m’afflige. Le mot qui conviendrait serait celui d’”avatar”. A la limite, on peut dire qu’Emmanuel Macron est l’avatar de François Hollande, mais pas son hologramme, ça ne veut rien dire…

La rencontre d'un hologramme et d'un peuple ?

Reste l’emploi absolu de l’insulte - “Etre un hologramme” - on voit bien l’idée. Etre un hologramme, ça signifie ne pas être réel, manquer de consistance, ne pas avoir de corps, ne pas vraiment être là, et même, pourquoi pas, être déjà mort (c’est une possibilité exploitée dans “Star Wars”). C’est donc une insulte qui s’inscrit dans l’idée que l’élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple, un homme avec son corps et que celui qui est un hologramme ne peut pas prétendre à cette rencontre charnelle. Bon… c’est drôle. Parce qu’il ne me semble pas que le problème de cette campagne soit précisément l’irréalité des candidats. Il me semble au contraire qu’ils sont réels, bien réels, avec tous les problèmes que pose le fait d’être un humain réel - tellement faillibles, tellement animés de mobiles complexes, tellement instables. Bref, ce n’est pas leur irréalité le problème. Et par ailleurs, j’ai toujours trouvé un peu sale cette idée d’une rencontre presque charnelle entre le peuple et un homme, cette fusion idéale, cette réunion de tous dans le corps du Président. Si une élection présidentielle devait ressembler à cette sorte d’orgie politique, dans la plupart des cas, je préfèrerait rentrer dans un hologramme. Ca me dégoûte mois.

Reste une dernière question : est-ce vraiment un problème d’être un hologramme ? Parmi les théories en cours sur le Big Bang, il y en a une récemment réactivée par un papier publié dans une revue de Physique “Physical Review Letters”. Une théorie à laquelle j’ai rien compris, mais que je trouve très belle, l’idée que l’univers primitif aurait été un hologramme. En gros, l’univers aurait d’abord été tout entier contenu dans deux dimensions, mais codé de telle manière à développer une troisième dimension. On appelle cela le “principe holographique”. Eh bien peut-être que c’est en cela que nos hommes et femmes politiques sont des hologrammes. Ils ne sont pas irréels, faux, morts… ils sont juste dans un état de développement primitif. Ils sont le plat début de quelque chose. Et manifestement, comme c’est le point d’accord entre tous que de trouver que les autres sont des hologrammes, ils sont collectivement conscients de leur état. Ce qui devrait nous rassurer.

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