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Simon Libérati

De George Bataille à Baise Gore

4 min
À retrouver dans l'émission

Les matins des écrivains |Pour les Matins des écrivains, Simon Libérati s'occupe exceptionnellement de la chronique La Vie numérique. Il revient sur la capacité qu'a internet de produire et de mettre en ligne, toujours sous les yeux du plus grand nombre, l'horreur.

Simon Libérati
Simon Libérati Crédits : Arthur Béranger - Radio France

Dans le cadre des Matins des écrivains, la chronique la Vie numérique du jour est signée par Simon Libérati, dont le livre California Girls (Grasset) vient de sortir. Retrouvez Xavier de La Porte dès lundi.

« Le secret n’est malheureusement que trop sûr, et il n’y a pas un libertin un peu ancré dans le vice qui ne sache combien le meurtre a d’empire sur les sens ».

Cette phrase de Sade, c’est Georges Bataille qui la cite à la première page de L’Erotisme, paru en 1957 aux Editions de Minuit. Rappelons que le même Bataille avait reproduit les photos atroces d’un homme subissant le supplices des mille morceaux dans un autre ouvrage célèbre : Les larmes d’Eros quelques mois avant sa mort. Plus de cinquante ans plus tard, la page d’accueil du choc site Bestgore.com me propose les image de la jeune maîtresse d’un narco-traficant mexicain de Juarez dont le crâne a été rasé et les membres découpés à la tronçonneuse… (unes des références vidéos les plus regardées).

A côté de ce produit d’appel, parmi des vidéo de pendaison ou d’accident de voiture on trouve recyclé ici sous le mot-clé ISIS un nombre important d ’exécutions filmée par l’Etat Islamique…

Ce site ouvert au Canada à Edmonton par Mark Marek (un canadien d’origine slovaque) en 2008 revendique un chiffre de 10 à 15 millions de pages vue par jour selon la source Wikipedia. Bestgore a atteint à une grande notoriété en 2012 lorsque le tueur Luka Magnotta a posté sous le titre « 1 Lunatic 1 Ice Pick » le dépeçage filmé de son jeune amant chinois. Le webmaster a été poursuivi par la justice canadienne pour je cite « corruption de mœurs ». Marek a été jugé en janvier dernier. Condamné à six mois de prison avec sursis. Il est apparu à la sortie de l’audience un morceau de ruban adhésif collé sur la bouche.

Il compare la justice canadienne au stalinisme et justifie ce site commercial dont les revenus proviennent de la publicité (notamment pour des sites pornographiques) en usant de curieux arguments : selon lui c’est Best Gore qui aurait lavé le régime du président Bashar al Assad d’une accusation de massacre d’opposants en identifiant la vraie source (mexicaine) d’une video de massacre qu’on prêtait au régime syrien.

Ce type de site n’est pas unique, il existed’autres shocks sites comme Ogrish.com, Goregrish.com LiveLeak, Rotten.com ou Stile Project… Toutes ces horreurs sont accessibles, n’importe où par n’importe quel téléphone portable.

L’aspect pornographique et commercial ne fait aucun doute et une fois de plus on peut considérer que Google, Yahoo et autres sont les complices de ce type d’exploitation. Sans la pornographie et les vidéo d’assassinat de torture ou d’accident Internet ne susciterait pas plus d’intérêt qu’une bibliothèque d’université ou une librairie générale. C’est ce mal dissimulé sous toute ses formes lui donne toute sa pertinence.

Ma question touche l’effet moral à long terme de ce type de spectacle. Si je regarde plusieurs dizaines d’exécutions sanglantes, et ceci plusieurs dizaines de fois, en buvant, en prisant de la cocaïne avec une amie ou tout simplement parce que je m’ennuie à l’hôtel avant d’aller dîner avec des collègues de travail quand les selfies et la contemplation répétées du fil de la conversation Facebook n’arrive plus à me satisfaire. Est ce que je ne développe pas une accoutumance progressive, cette froideur terrible que Sade prête à ses monstres? Moi, auteur de la pire description de meurtres en direct de la rentrée littéraire, je me demande aujourd’hui ce que penserait Georges Bataille de telles applications de ses théories. Je dois dire que je ne connais pas la réponse. Je tiens ces sites pour responsables plus que certains excès religieux de certains massacre commis en Europe ou aux Etats Unis. Le liberalisme sexuel n’a pas fini de faire des victimes.

Chroniques

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