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Revolution francaise : "Le Serment du Jeu de Paume a Versailles le 20/06/1789" (The oath of the Tennis Court (Jeu de Paume)

Deux propositions numériques qu'on aimerait voir débattues dans cette campagne

4 min
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Mais a-t-on vraiment envie de discuter de ça ?

Revolution francaise : "Le Serment du Jeu de Paume a Versailles le 20/06/1789" (The oath of the Tennis Court (Jeu de Paume)
Revolution francaise : "Le Serment du Jeu de Paume a Versailles le 20/06/1789" (The oath of the Tennis Court (Jeu de Paume) Crédits : Leemage - AFP

"Mérite-t-on une telle campagne ?" Cette question que s'est posée cette Matinale, on peut la lire dans bien des sens, mais aussi du point de vue des idées. Car à l’exception de quelques-unes, on ne peut pas dire qu’on soit saisi par l’inventivité des propositions formulées par les candidats. Or, des idées, il y en a partout. Des gens réfléchissent tout le temps, et font parfois l’effort de les formuler en termes pragmatiques. Mais voilà, il faut aller voir au-delà des programmes, et mêmes des think tank qui servent à les élaborer. Ainsi, faut-il lire le petit numéro spécial (numéro 66) que la revue Multitudes vient de publier, numéro intitulé “Ceci n’est pas un programme”. En rhétorique, on appelle ça une antiphrase. Car si ce numéro de Multitudes n’est pas un programme,il regorge de propositions. Certaines concernent nos questions numériques. Je vais donc m’arrêter sur les propositions 6 et 7.

Proposition 6 “Taxons les médias qui vampirisent notre attention collective et utilisons cette redevance pour soutenir la diversité des créations, des points de vue, des sensibilités culturelles.” Il faut expliquer cette proposition. Elle repose sur l’idée que notre attention vaut cher ; notre attention, c’est ce que vendent les médias - qu’ils soient classiques ou numériques - à des annonceurs qui y achètent des espaces publicitaires. Ainsi les médias qui réussissent à attirer notre attention sont aussi ceux qui sont les plus riches. Ca a un nom, l’économie de l’attention. Si on prend acte qu’une telle économie existe, pourquoi ne pas imaginer une redistribution de cette attention ? Taxer les revenus de l’attention pour soutenir la création de contenus qui peinent à attirer l’attention, c’est une belle idée. Bon, dans les faits, ce n’est pas simple à mettre en place - sur quels critères soutenir tel contenu, ce n’est pas le moindre problème (parfois, il y a de bonnes raisons pour qu’un contenu échappe à l’attention) - mais l’idée que les revenus de Facebook puissent servir, par exemple, à soutenir la création de réseaux sociaux plus confidentiels, de réseaux sociaux qui n’ont pas but de devenir un monopole qui capte beaucoup de revenus promettant aux annonceurs une publicité bien ciblée, c’est assez excitant.

Proposition 7 “Donnons aux citoyens les moyens de créer ou de gérer des asiles de données personnelles pour lutter contre la mainmise des multinationales du numériques.” Là, il faut expliquer un peu. A longueur de temps, on vous répète qu’il faut protéger vos données personnelles, qu’elles sont le nouvel or noir de l’économie numérique, qu’il faut éviter qu’elles ne soient exposées à tous les vents, captées et revendues par des géants de l’Internet pour des usages qu’on ne connaît pas… D’accord… Que disent les programmes présidentiels ? Quand est mentionnée la “protection des données personnelles” - ce qui n’est pas le cas dans tous les programmes, alors même que 86% des Français sont des internautes - peu de pistes sont avancées : le Front National veut rapatrier ces données en France, d’accord, Emmanuel Macron veut créer une banque des données personnelles”, d’accord. L’idée de faire de nos données des personnelles des biens communes, de les confier à des lieux qui ne soient pas des banques privées, ni des organes de l’état, mais des asiles administrés par des collectifs de citoyens compétents, est beaucoup plus rassurante. On peut imaginer un organisme qui non seulement vous dit qui a vos données personnelles, ce qu’il en fait, un organisme qui vous propose des solutions si vous voulez sortir d’une plateforme, qui vous informe des risques d’en céder à une autre. Un organisme à qui vous acceptez de confier la gestion de vos données en fonction de critères transparents. Un organisme qui pourrait, ayant à disposition des données, peser contre toutes les plateformes qui ont besoin de ces données non seulement fonctionner techniquement, mais être viables économiquement.

“Ceci n’est pas un programme”, non. Mais ce sont quand même deux propositions qui non seulement prennent la mesure de deux énormes problèmes contemporains, mais surtout avancent deux solutions originales, inventives, et, au fond, tout aussi réalistes que celles qu’on peut lire dans la plupart des programmes des candidats. Alors, quel est le problème ? Pendant que je m’enthousiasmais pour ces propositions, j’ai senti l’attention s’effriter, vos yeux se perdre dans le vague (ne mentez pas auditrices et auditeurs coupables). Quand j’ai prononcé les mots “données personnelles”, “asiles” ou "bien communs”, Guillaume Erner a regardé son téléphone. Matthieu Conquet a traficoté sur son ordinateur. Zoé Sfez a essayé de relire l’espèce de palimpseste qu’est sa chronique. Toutes ces questions qui devraient au coeur de nos préoccupations, a-t-on vraiment envie d’en débattre ? Comme l’a dit joliment un jour Michel Rocard à Philosopohie magazine “Le parfum de la démocratie est ennuyeux.”

Chroniques

8H45
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Le Journal de la culture

Le Journal de la culture : Lundi 20 mars 2017
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