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Elon mUsk à Guadalajara en septembre 2016

Elon Musk est-il génial ? fou ? ou une alternative à Trump ?

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Quand le PDG de Tesla et SpaceX parle de la conquête de Mars, pas grand monde ne le contredit. Pourquoi ?

Elon mUsk à Guadalajara en septembre 2016
Elon mUsk à Guadalajara en septembre 2016 Crédits : Hector Guerrero - AFP

J’avoue être un peu étonné par ce qui se passe autour d’Elon Musk. Elon Musk, c’est le fondateur et PDG de SpaceX, entreprise créée en 2002 dans le but, assumé depuis le début, d’entamer la colonisation de Mars. Fin septembre, lors du 67ème congrès astronautique international qui s’est tenu au Mexique, il a présenté son projet, avec un beau discours et un beau film où il nous expliquait comment on allait s’y prendre en lançant vers Mars une première fusée habitée en 2024, dix ans avant la date prévue par la NASA.

Ce qui est très étrange, ce sont les réactions à cette présentation (bien sûr, je n’ai pas tout lu, je parle d’une tonalité générale) : globalement les gens trouvent ça bien, intéressant, pas si dingue que ça. Bien sûr, il y a quelques personnes pour soulever des questions techniques, et notamment la difficulté de l’amarsissage (atterrissage sur Mars), je crois que deux sur trois échouent. Musk promeut dans sa méthode spatiale de la réduction maximale des coûts, de l’innovation risquée et de l’essai-erreur qui sont pratiqués en informatique. En 2005, il avait dit : “Règne à la NASA l’idée un peu stupide que l’échec n’est pas une option. Chez moi, l’échec est une option. Si on n’échoue pas, c’est qu’on n’innove pas assez.” Un raisonnement qui a le mérite de justifier les deux échecs qui ont lieu ces derniers mois, mais qu’il sera plus compliqué de tenir quand les fusées ne transporteront plus seulement des satellites, mais des humains. Bien sûr il y a quelques voix qui s’élèvent pour contester l’intérêt de coloniser de Mars (je vous conseille la lecture du site de Thomas Jestin “Pourquoi Elon Musk ne doit pas envoyer l’homme sur Mars”). Mais la seule réserve récurrente et partagée concerne le financement de cette entreprise. Certes Musk est très riche (sa fortune est estimée à plus de 10 milliards de dollars), mais conquérir Mars, c’est vraiment très cher. Certes SpaceX a un programme de lancement qui devrait lui rapporter aux alentours de 10 milliards de dollars, mais son financement dépend beaucoup du contrat passé avec la NASA, donc, en dernier recours de l’Etat américain. Pour autant… les experts ont l’air de dire que rien n’est impossible.

Je suis frappé par cet accueil : pourquoi accorde-t-on autant de crédit à ce type ?

Je vois plusieurs hypothèses, qui ne sont pas exclusives les unes des autres.

Musk est un type étonnant. La biographie que lui avait consacrée le journaliste américain Ashlee Vance le disait bien : né en Afrique du Sud en 1971, à 30 ans la vente de Paypal à EBay - il était le premier actionnaire de Paypal - lui rapporte 100 millions de dollars, ce qui lui permet de se mettre à la réalisation du rêve qu’il avait depuis l’enfance : conquérir l’espace. Bien sûr entre-temps, il a créé Tesla et rendu la voiture électrique désirable aux Etats-Unis, il dirige une entreprise innovante dans l’énergie solaire, et s’est positionné en première ligne de la lutte contre le changement climatique. Il a failli tout perdre plusieurs fois, s’est toujours relevé. C’est manifestement un patron dictatorial, il gère sa vie privée comme une entreprise. On n’a pas envie d’être son ami, ni son salarié. Mais voilà, il a fondé SpaceX, en a fait en quelques années un des acteurs majeurs de la conquête spatiale (pas grand monde n’y croyait). Musk a peut-être réalisé l’exploit de diffuser l’idée qu’il était capable de beaucoup.

Deuxième hypothèse : Musk est un fou, tout le monde le sait, mais il est utile à tout un champ, celui de la recherche spatiale, qui en avait bien besoin. Alors, les experts le laissent parler de son révolutionnaire moteur Raptor ou des ses fusées réutilisables parce que ça créé de l’émulation et bénéficie au final à tout le monde.

Troisième hypothèse, elle m’a été soufflée par la lecture d’un éditorial du Business Insider britannique. Dans ce papier, le journaliste fait de Musk la seule vraie alternative à Trump, une sorte de double positif : plus jeune, plus riche, préoccupé par l’environnement, par l’avenir, par les technologies, par la science, un homme qui a une vision de ce que doit être l’humanité demain, une “espèce multi-planètes” selon l’expression de Musk. Pas sûr que le monde selon Musk soit, dans le détail, plus désirable que le monde selon Trump. Mais il est vrai que là où Trump n’est que protection, repli et horizon étroit, Musk renouvelle le rêve américain : un peu d’Howard Hugues - l’homme d’affaires, fan d’avions, qui s’était lancé dans l’industrie aéronautique -, un peu d’esprit pionnier qui repousse les frontières, beaucoup d’idéaux de la Silicon Valley. Indépendamment de la validité scientifique et économique de ses projets, l’utilité de Musk est peut-être politique donc, dans un sens très large, et qui pourrait s’élargir encore dans les années à venir. On comprend mieux pourquoi il est si peu contredit…

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Le Journal de la culture : Vendredi 18 novembre 2016
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