LE DIRECT
Rue de New York

En matière numérique aussi, Trump est inquiétant

4 min
À retrouver dans l'émission

Des mesures liberticides envisagées, un vieux téléphone pour tweeter, Trump fait peur...

Rue de New York
Rue de New York Crédits : DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

En octobre 2014 le New York Times, sous la plume de Rukmini Callimachi, dont je vous avais déjà parlé, publiait un extraordinaire article qui racontait de manière très précise les conditions de capture et de vie des otages occidentaux de l’Etat Islamique en Syrie. Et on y apprenait que la première chose que les djihadistes leur demandaient c’étaient les mots de passe de leurs outils numériques - téléphone et ordinateur. On y apprenait qu’ils exigeaient les mots de passe de tous les comptes - réseaux sociaux, Skype - afin d’établir des liens avec les militaires ou les services de renseignement. On y apprenait notamment que dans l’ordinateur de James Foley - exécuté par la suite - les djihadistes avaient trouvé des photos de soldats américains en Afghanistan et en Irak, ce qui lui valut d’être particulièrement maltraité. Un otage britannique, confondu par son profil Linkedin, a dû reconnaître son passé militaire.

J’ai repensé à tout ça en apprenant ce que CNN révélait hier : Donald Trump et son administration réfléchissent à une nouvelle mesure à imposer aux étrangers qui voudraient entrer sur le sol américain. Il s’agirait d’exiger de ces personnes qu’elles divulguent tous les sites et réseaux sociaux qu’elles utilisent, et qu’elles partagent avec les autorités tous les contacts de leur téléphone. En cas de refus, ces personnes pourraient se voir interdire l’entrée sur le territoire américain.

On voit bien l’idée : l’identité de quelqu’un n’est pas simplement administrative, elle est aussi numérique, et s’établit aussi par l’activité numérique d’une personne (activité sociale et informationnelle), il faudrait que l’administration américaine ait accès à cette identité pour tout étranger entrant sur son sol. Mais se pose un problème, celui de la faisabilité. Parce que, les douaniers américains n’ayant pas les mêmes moyens de coercition que les djihadistes de l’Etat islamique, je ne vois pas comment ça peut-être autre chose que déclaratif. Par exemple pour les sites visités. Si j’utilise l’option “navigation privée” de Firefox (celle qu’utilisent les gens pour aller regarder des sites de cul discrètement), des agents qui saisissent mon ordinateur ne pourraient pas du tout savoir quels sites je visite. Il faudrait donc que les autorités interdisent ce type d’option dans les navigateurs, ce qui devient très compliqué. Et puis, même en admettant que ces données soient disponibles, qu’en feraient les autorités, quel serait l’intérêt pratique de telles informations ? Je ne vois pas bien.

Et puis, il y a quand même un problème de vie privée là-dedans, non ? A moins que Donald Trump soit en train d’instaurer un nouveau rapport à la vie privée numérique.

Ce que pourrait laisser croire un autre nouvelle de ces derniers jours, le fait que Donald Trump continue d’utiliser son vieux Galaxy pour téléphoner et tweeter. Cela pourrait être anecdotique, mais ça ne l’est pas , si l‘on en croit Nicholas Weaver, qui est chercheur à l’International Computer Science Institute de Berkeley, en Californie. Weaver explique qu’en terme de sécurité informatique, que Trump continue d’utiliser un Galaxy (S3 ou S4) fonctionnant sous Androïd est un désastre, et que dans une Maison blanche fonctionnant normalement, ça devrait provoquer une panique. Car hacker ce système d’exploitation est d’une facilité déconcertante, explique Weaver (c’est l’exercice qu’il donne à ses étudiants de licence), il suffit que Trump clique sur un lien contenant un virus pour que son téléphone se trouve ouvert à tous les vents (pour que non seulement on voit tout ce qui se passe à l’intérieur du téléphone, mais qu’il enregistre tout ce qui se passe autour de lui, ce qui pose problème quand il entre dans un lieu stratégique avec son téléphone sur lui). Pour Weaver, il est impossible que le téléphone de Trump ne soit pas déjà infecté, que le Président des Etats-Unis ne soit déjà écouté. Les solutions : soit se faire à l’idée que le président est écouté constamment. Soit lui interdire l’usage de Twitter, mais ça semble impossible. Soit lui construire une interface particulière qui lui permet de tweeter mais sans cliquer sur aucun lien et sans pouvoir naviguer sur Internet. Et même comme ça, c’est dangereux.

Deux hypothèses : soit Trump s’en fout et applique à lui-même le principe d’absence de vie privée numérique, c’est cohérent mais inquiétant pour les Etats-Unis. Soit il fait n’importe quoi, ce qui est autre possibilité.

Chroniques

8H45
6 min

Le Journal de la culture

"Muslim Ban": réactions vives et conséquences lourdes dans le monde de la culture
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......