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Donald Trump le 9 avril 2017

Et si c'était vraiment un troll qui dirigeait l'Amérique...

3 min
À retrouver dans l'émission

C'était l'hypothèse de la campagne. L'intervention en Syrie le confirme.

Donald Trump le 9 avril 2017
Donald Trump le 9 avril 2017 Crédits : OLIVIER DOULIERY / DPA - AFP

Il y a quelques semaines, le quotidien britannique The Guardian a mis en en ligne un petit web-documentaire tout à fait intéressant. Intitulé “The Internet warriors : meet the trolls in their own homes” “Les combattants d’Internet : rencontrer les trolls à domicile”, il consiste comme ce titre l’indique en une série de rencontres avec ces personnages de l’Internet qu’on appelle les trolls - c’est-à-dire des gens qui consacrent une partie de leur vie à intervenir dans la discussion numérique (réseaux sociaux ou fils de commentaires) pour y énoncer les propos les plus extrêmes. Ce n’est pas la première fois que des journalistes font ce travail d’aller à la rencontre de ces gens dont les mobiles sont souvent obscures, l’intérêt de ce travail-ci est qu’il ne se contente pas d’un seul portrait, mais interroge un anglais anti-gouvernement, une norvégienne islamophobe, un américain nationaliste, un syrien qui pense l’Amérique est le diable ou encore une russe qui pense que la nation russe est menacée par les LGBT ; l’autre intérêt est de montrer ces gens chez eux, de les écouter parler de ce qu’ils pensent, de voir où ils écrivent (certains depuis un smartphone sur leur lit - et là c’est le contraste entre la violence du propos et le relâchement du corps qui est frappante - d’autres recourent à de véritables dispositifs avec plan incliné pour le clavier etc.) Mais comprend-on mieux les mobiles de ces gens, pourquoi ils font ça ? Eh ben pas vraiment. Si ce n’est deux choses peut-être : il y a manifestement une continuité entre ce qu’ils pensent dans la vraie vie et ce qu’ils écrivent ( leur but n’est pas seulement de pourrir la conversation, c’est de dire quelque chose). En revanche, il y a un écart manifeste de forme entre la manière dont ils expriments leurs opinions face au journaliste et leurs propos numériques, et c’est là où le film est le plus intéressant, car il invite ces gens à relire leurs propos numériques. Eh bien, la plupart du temps, alors même que ces propos sont en général hyper insultants, hyper vulgaires, eh bien, ils en sont très contents, ça les fait rire encore, ils les trouvent bien tournés. Comme si l’horreur des propos relevait de la bonne blague. Comme s’ils avaient joué un bon tour à on ne sait pas qui. Et on a l’impression que la cohérence de tout ça réside moins dans le caractère politique du propos - c’est frappant notamment quand l’amoureux de la norvégienne anti-immigration lui dit “mais moi, je suis un immigré” et qu’elle lui répond en rigolant “oui, mais toi c’est pas pareil, tu es mon mari” - que dans l’impulsion, la réaction, la recherche formelle, même élémentaire, qui va créer le propos numérique. C’est à mon sens la grande leçon de ce documentaire : il y a toujours un fond politique, mais la vraie cohérence, elle est dans l’acte communicationnel lui-même.

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Pendant toute la campagne présidentielle américaine, vous le savez, on a comparé Donald Trump à un troll. Pour son usage des réseaux sociaux, mais plus généralement pour sa manière de mener campagne et dans ses postures politiques. Si cette analogie a quelque valeur, cela signifie qu’on est aujourd’hui dans une situation inédite où le troll dirige un pays. Où le troll n’est plus seulement celui qui parle, mais celui qui agit, et qui agit à la tête du pays le plus puissant au monde, ce qui, pour quiconque s’intéresse au numérique, est un cas d’école tout à fait passionnant. Mais peut-être que ceux qui s’intéressent au numérique peuvent, en retour, aider à comprendre de ce qui se passe. Et par un effet d’analogie, ce documentaire du Guardian permet de comprendre une petite chose : que la cohérence politique que nous cherchons désespérément à l’action de Trump depuis 70 jours qu’il est Président - et plus encore depuis cette intervention en Syrie - est par essence difficile à trouver (et ce serait encore lui rendre trop de grâce que de parler d’une “stratégie de la on stratégie” comme le fait le New York Times). Car s’il y a bien quelque chose du troll chez Trump, la cohérence de son action ne peut être que formelle. Ce ne seraient pas des mobiles politiques profonds ou une ligne politique qui feraient la cohérence de son action présidentielle, mais une manière de faire, de parler ou d’agir, ce serait une sorte de posture. Et voilà, débrouillez-vous avec ça.

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