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Un escargot

Et si deux neurones suffisaient à décider de notre vote

4 min
À retrouver dans l'émission

Complexité de l'informatique décisionnelle vs cerveau de l'escargot.

Un escargot
Un escargot Crédits : Lino Mirgeler / DPA - AFP

Constatant le nombre inédit d’indécis avant le vote du premier tour, je me suis dit qu’il pourrait être utile de voir comment l’informatique règle cette question de la décision. Surtout quand elle si complexe aujourd’hui du point de la combinatoire, de l’incertitude, de la multiplicité des enjeux, du sens du vote, des données à prendre en considération avec la multiplicité des sources d’informations etc. Comment les machines font avec ça ?

On pourrait d’abord s’appuyer sur la recherche opérationnelle (dite RO). Le but est de proposer des modèles conceptuels pour maîtriser les situations complexes. C’est pas mal, parce que ça permet de régler des problèmes d’ordre combinatoire (beaucoup de solutions dont il s’agit de trouver la meilleure), aléatoire (quand les termes du problèmes sont incertains, c’est notre cas) ou concurrentiel (trouver une solution optimale dont les termes dépendent de l’inter-relation entre ses propres agissements ou ceux d’autres acteurs, c’est aussi notre cas). Sauf que pour ça, il faudrait maîtriser les algorithmes polynomiaux, les processus stochastiques, la théorie des graphes (je ne suis pas hyper fort en théorie des graphes) ou encore les méthodes arborescentes (c’est très beaux les arbres décisionnels, ou même, les forêts d’arbres décisionnels, mais pas sûr de faire surgir une forêt d’arbres décisionnels avant dimanche). Et puis, si tant est qu’on y arrive, pourrait-on obtenir une solution satisfaisante ? Eh bien la théorie de la complexité algorithmique nous a appris qu’il est impossible, dans le cas de problèmes très compliqués, de les résoudre de manière optimale dans un temps raisonnable (à cause de la puissance de calcul des ordinateurs qui est encore trop faible). Bref, pour une question aussi complexe que le vote, il faudrait peut-être mieux avoir recours à d’autres méthodes, en notamment à l’intelligence artificielle qui repose sur des méthodes de résolution plus génériques.

Bon, que nous propose l’intelligence artificielle pour décider ? Par exemple les systèmes experts. Les systèmes experts fonctionnent sur trois principes : une base de faits, une base de règles, et un moteur d’inférence qui est capable de produire de nouveaux faits jusqu’à parvenir à la réponse experte. Ok. Le problème, c’est que dès qu’on dépasse la centaine de règles, on ne sait plus trop comment raisonne le système. Pour le dire autrement, on ne le maîtrise plus. Et puis, a-t-on vraiment envie d’un système expert ? Je veux dire, est-ce que cela vaut le coup de faire tout ça pour aboutir à une décision qui aurait été prise par un système-Christophe Barbier, ou un système-Ruth Elkrief ? Ben, bof.

Peut-être qu’il faudrait suivre une autre voie de l’intelligence artificielle, les réseaux de neurones. Alors là, c’est magnifique, il s’agit de combiner des algorithmes pour aboutir à un fonctionnement qui s’inspire schématiquement des neurones biologiques. L’intérêt d’un réseau de neurones est qu’il est capable d’apprendre. Ok, mais le problème est que, de ce fait, on ne sait pas bien comment il est arrivé à nous fournir la réponse qu’il nous fournit. Est-ce de cela dont nous avons envie, une décision dont on ne sait pas d’où elle vient ?

On le voit bien, outre que c’est très compliqué, rien de tout ça n’est satisfaisant. Peut-être parce que tous ces modèles plaquent sur la prise de décision des modèles qui sont loin du fonctionnement réel de nos cerveaux. Peut-être que dans les faits, il en va très différemment... Une découverte effectuée l’an dernier par l’université du Sussex le laisse supposer. Il s’agissait de mener une étude sur le fonctionnement cérébral des escargots face à la nourriture (pas un enjeu mineur dans la vie de l’escargot que d’être mis face à la décision de manger ou pas la feuille de laitue qu’on lui présente). Eh bien les chercheurs ont découvert que sur les 90 000 neurones que compte le cerveau d’un escargot, deux suffisaient à créer un petit circuit décisionnel. L’un dit qu’il y a de la nourriture, l’autre transmet l’état de l’escargot “faim ou pas”, et pof, la décision est prise et les 89 998 autres neurones peuvent pioncer tranquille. Découverte importante, selon le chercheur qui a fait cette découverte : “Ce qui a lieu dans nos cerveaux quand nous prenons des décisions complexes et agissons en fonction est très mal compris. Notre étude révèle pour la première fois comment deux neurones seulement peuvent créer un mécanisme dans le cerveau qui conduit et optimise les prises de décision complexes. Cela montre aussi comment ce système aide à économiser de l’énergie, une fois que nous avons pris la décision.” Et là, je me pose une question : et si l’on découvrait un jour que dans l’isoloir, au moment de voter, seuls quelques-uns de nos neurones se connectaient, qu’on prenait la décision hyper vite et qu’après pouf, toute une partie de notre cerveau se rendormait. Est-ce que ça ne nous soulagerait pas de savoir, qu’au final, ça allait se décider comme ça ?

Chroniques
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Le Journal de la culture : Lundi 17 avril 2017
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