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Pricasso, un performeur australien qui epint avec son ...

Et si nous vivions l'âge d'or de la créativité sexuelle

5 min
À retrouver dans l'émission

Une raison de se réjouir.

Pricasso, un performeur australien qui epint avec son ...
Pricasso, un performeur australien qui epint avec son ... Crédits : PETER PARKS / AFP - AFP

C’est ce à quoi nous incite un très bon article paru hier dans le New York Magazine.

Maureen O’Connor, l’auteure de ce très long papier, commence par rappeler que dans le monde numérique, existe ce qu’on appelle la “règle 34”, que l’on peut énoncer comme suit “tout ce qui existe a son équivalent pornographique.” Mais la journaliste de proposer d’ajouter une règle 35 qui dirait : “si quelque chose existe dans le porno, des gens essaieront de le faire”. Et comme ils se filmeront en train de le faire, ça deviendra une pratique répertoriée, on lui donnera un nom, il y aura des tags, des sites seront dédiés, on en parlera dans les réseaux, on ira voir ce que c’est. Et cela élargira le spectre de nos possibles érotiques. Car telle est la thèse centrale de cet article : grâce aux plateformes de vidéo pornographiques, nous vivons un “âge d’or de la créativité sexuelle, une renaissance érotique qui n’a pas de précédent dans l’Histoire humaine”. Maureen O’Connor voit une révolution à l’oeuvre dans la culture sexuelle, car il ne s’agit pas seulement de voir ce qui se fait, mais de pouvoir le répliquer, l’adapter à soi-même. Bref, elle voit un équivalent historique du rôle joué par les deux rapports Kinsey à la fin des années 1940, qui bouleversèrent à l’époque les représentations en montrant que les pratiques sexuelles des Américains étaient beaucoup plus variées qu’on ne le disait, notamment en en termes de circulations entre pratiques hétérosexuelles et homosexuelles.

Et la journaliste de citer tout un tas de pratiques dont elle a pu constater qu’elles étaient devenues autour d’elle des objets de discussion : la fessée, le docking (compliqué à expliquer), le motorboating (qui consiste à placer son visage entre les seins et faire un bruit de bateau) et d’autres pour lesquels je n’ai pas les mots adéquats. La journaliste prend ses précautions. Il ne s’agit pas de rejouer l’éternel débat consistant à se demander si la pornographie abîme notre sexualité, si notre sexualité reflète la pornographie ou si c’est l’inverse. Elle exprime joliment son point de vue : “Paysage érotique qui croit par lui-même, la pornographie existe à côté et en conversation constante avec le sexe réel - mais elle est beaucoup plus joueuse, plus étendue et plus créative. La pornographie est plus qu'un simple agent causal dans la manière dont nous faisons l’amour. Elle est également devenue un laboratoire de l'imagination sexuelle - et, en tant que tel, offre un aperçu sur une conscience sexuelle collective en pleine évolution.”

Pour le prouver, la journaliste raconte l’histoire bien connue des tubes, ces plateformes de vidéos pornographiques que l’on peut consulter gratuitement, qui sont devenus des géants de l’internet (Pornhub est le 40ème site le plus visité au monde, et il faudrait 173 ans pour voir toutes les vidéos que compte le site), et elle note que les données possédées par ces sites (qui comme tous les sites observent très scrupuleusement les comportements pour mieux affiner leur modèle économique) sont d’une richesse infinie pour sonder nos fantasmes. Mais l’intérêt de l’article est ailleurs. Car, croisant la popularité de certaines catégories et interrogeant des gens sur les raisons pour lesquelles ils les consultent, Maureen O’Connor relève la subtilité des croisements entre pratiques et imaginaires. Si elle analyse en détail la vogue des machines, si elle se demande pourquoi “lesbienne” est le mot le plus tapé par les femmes qui regardent du porno sur Internet, ou détaille la mode du hentaï ...son analyse la plus intéressante porte sur la catégorie “massage”. Pourquoi ces vidéos mettant en scène des massages érotiques dans lesquelles des femmes jouissent entre les mains de masseurs de tout genre, sont-elles parmi les plus populaires (depuis 2010, c’est régulièrement un des 10 mots-clés les plus souvent tapés aux Etats-Unis) ? Manifestement, ce n’est pas la puissance érotique du massage en lui-même qui en est la raison. L’attirance pour le massage - notamment chez les femmes - n’est pas narrative, mais pratique : le corps est dans une situation confortable (ce qui n’est pas toujours le cas dans le porno), il n’y a pas d’histoire, les partenaires ne sont pas visibles (pas besoin de chercher pendant une heure un couple qui fasse envie…. on peut plaquer ce qu’on veut), pas de questions de genre : “Tout consiste en une représentation entièrement dédiée à l’excitation féminine, invariablement menée au plaisir.” Et la journaliste d’expliquer qu’après avoir visionné beaucoup de vidéos de massage, elle n’a pas plus envie qu’avant de se faire érotiquement masser. En revanche, la table de massage est investie d’une puissance érotique qu’elle n’avait pas auparavant. Et on comprend que c’est peut-être là qu’agit la pornographie en ligne. Moins dans le passage à l’acte que dans l’élargissement considérable d’un répertoire érotique où, sans forcément y puiser, chacun peut projeter un possible sexuel. Rien d’autre que ce qu’a toujours fait la littérature érotique donc, mais dans un vaste élan démocratique. En voilà une révolution réjouissante.

Chroniques
8H45
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Le Journal de la culture : Mardi 13 juin 2017
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