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Affiche de campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet

Faut-il se moquer du Minitel ou des réseaux sociaux ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Premier bilan numérique des primaires.

Affiche de campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet
Affiche de campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet

Vues par le prisme numérique, ces primaires de la droite et du centre n'ont pas été passionnantes. Bien sûr, il y a eu les diverses tentatives de Nathalie Kosciusko-Morizet de mettre les technologies - et les changements économiques et sociaux qu’elles provoquent - au coeur de sa campagne. Mais outre que sa volonté d’une politique plus participative n’a pas entraîné une mobilisation frappante, elle a fait une erreur dont je ne suis pas certain qu’elle ait beaucoup compté pour le résultat final, mais m’a attristé. Il s’agit d’une affiche qui jouait de la caducité technologique pour promouvoir sa “Nouvelle France”, on y voyait sur fond noir une photo de Minitel avec la phrase suivante : “Certains candidats pensent que c’était mieux avant… Et si on construisait ensemble la nouvelle France” … Non mais, franchement…. comment peut-on se moquer du Minitel qui fut l’un des derniers grands projets industriels français ? Le Minitel, qui reflétait à la fin des années 70, alors même que l’entièreté du territoire français n’était relié au téléphone, alors même que l’informatique personnelle en était à ses balbutiements, le Minitel qui reflétait cette utopie extraordinaire de faire entrer un écran et un clavier dans tous les foyers français - mérite plus de respect que d’incarner symboliquement la réaction. Non mais… quand même Nathalie Koscisuko-Morizet… on ne peut faire campagne pour une nouvelle France en se moquant du Minitel…. Quant aux autres candidats de cette primaire, ils s’étaient pour la plupart contentés d’évoquer très abstraitement - dans la liste des paradigmes à prendre compte pour comprendre la France d’aujourd’hui - une “révolution numérique” dont on avait toujours un peu de mal à saisir le sens que prenait le mot de “révolution”. Et d’ailleurs, quand Nathalie Kosciusko-Morizet a tenté d’amener la thématique dans le dernier débat, c’est tombé complètement à plat, les autres candidats étant plus promptes à s’étriper sur les identités, l’Islam ou François Bayrou…. Et puis, du point de vue strictement communicationnel, il ne m’a pas semblé que cette campagne ait produit d’innovation particulière. Pas grand chose à tirer de cette campagne, ou alors en creux.

Vers 21h, via un tweet, Nicolas Vanderbiest - chercheur à l’université de Louvain, en Belgique, qui mène un travail passionnant sur les réseaux sociaux, la manière dont l’information y prend forme et s’y diffuse - s’en prend aux “apprentis sorciers des réseaux sociaux” dont il espère qu’ils se tairont pendant les 10 ans qui viendront.

Que voulait-il dire par là ? Que les sondeurs traditionnels ne sont pas les seuls à s’être trompés lors de cette primaire, d’autres, qui peut-être à la suite de la victoire surprise de Donald Trump aux Etats-Unis - et au rôle que les réseaux sociaux auraient eu dans ce résultat - sont allés voir ce qui se passait dans les réseaux sociaux français quelques jours avant le premier tour de cette primaire de droite. Qu’ont-ils vu ? Ils ont vu une activité plus forte autour de François Fillon, en cela, ils n’ont pas eu tort, et ils l’ont vue avant les sondeurs. Mais ce qu’ils ont vu, c’est une activité toujours aussi intense autour de Nicolas Sarkozy, ils en concluaient donc que la dynamique favorisait François Fillon et Nicolas Sarkozy. Or, le travail de Nicolas Vanderbiest, l’a amené à une conclusion tout à fait différente (dans un très long post de blog écrit le 18 novembre ) : “Le Web social n’est pas un bon indicateur pour évaluer la puissance d’un candidat dans les urnes. Si l’on devait se fier aux données des réseaux sociaux, Nicolas Sarkozy exploserait les bulletins de vote. Candidat avec le plus d’engagements, dont on parle le plus et qui dispose de l’audience la plus exclusive sur Twitter ; [...] : il est loin devant tous les autres. Viendraient ensuite Juppé et Fillon. Il est très clair en étudiant le public de Juppé sur Facebook que son électorat n’est pas du tout sur les réseaux sociaux.” Pourquoi c’est intéressant, et même important ? Parce qu’aujourd’hui que les indicateurs traditionnels peinent à percevoir les mouvements de l’opinion, et leur traduction en vote, le travail de Nicolas Vanderbiest nous prémunit contre la tentation de considérer ce qui se passe dans les réseaux sociaux comme porteur d’une plus grande vérité. Les réseaux sociaux et internet ont leur biais, la différence est qu’on ne les maîtrise pas encore, et qu’on ne sait pas bien quoi faire de ce qui s’y passe (tout en se rendant compte que ce qui s’y passe est important). Il ne faudrait pas que le phénomène Trump - et tout le débat très sain qu’il a engendré sur la manière dont les gens s’informent et construisent leur opinion politique - fasse des réseaux sociaux le lieu d’une épiphanie visible nulle part ailleurs. Ce qui est sûr, c’est qu’un sujet de conversation n’est pas pas forcément un objet d’engagement politique. Ce qui est sûr aussi, c’est qu’en perdant Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, les réseaux sociaux ont perdu deux sujets privilégiés, deux immenses réservoirs de blagues.

Chroniques
8H45
5 min
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Le Journal de la culture : Lundi 21 novembre 2016
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