LE DIRECT
Une révolution

Hé les politiques, arrêtez de parler de "révolution numérique" !

3 min
À retrouver dans l'émission

Le vocable "révolution numérique" est partout de la campagne. Pas sûr que ce soit une bonne chose.

Une révolution
Une révolution Crédits : Leemage - AFP

Ce n’est évidemment pas la première fois que l’expression fait son entrée dans le discours politique, mais c’est je crois la première fois que tous les candidats de droite comme de gauche estiment nécessaire de l’employer, et de montrer que leur programme en tire les conséquences.

En cela, c’est une excellente nouvelle. Le retard de la France est tel en termes de prise en compte que quelque chose est train de se passer avec le numérique (retard encore augmenté par l’échec de Ségolène Royal en 2007 et sa tentative de mettre en place un début de démocratie participative numérique) - que se passe quelque chose qui mérite une réponse d’ordre politique allant au-delà de la défense du droit d’auteur et du mantra de l’innovation (sans jamais d’ailleurs faire le lien entre les deux), ce retard est tel que l’apparition de la “révolution numérique” est en elle-même une bonne nouvelle. Et c’est ainsi que j’ai eu une sorte de jouissance numérique quand Benoît Hamon a évoqué l’idée du taxe sur le travail des robots (vous voulez que je vous explique ce que c’est que la jouissance numérique ? c’est quand …). Je ne sais pas si la taxation du travail des robots est la solution, mais c’est la manifestation a minima d’une forme d’inventivité politique.

Néanmoins, demeure une question à mon sens fondamentale dans cette histoire. Ces femmes et hommes politiques qui emploient l’expression “révolution numérique”, qu’entendent-ils par là ? Entendent-ils tous la même chose ? Et le terme même de “révolution numérique” est-il le meilleur pour désigner ce qu’ils entendent ?

La première question serait de savoir si l’on parle d’une révolution au sens de “révolution industrielle” - et dans ce cas, ce qui est concerné, c’est d’abord les modes de production, le travail et les questions sociales afférentes - ou s’il s’agit d’une révolution au sens de “révolution française” ou “révolution russe”, auquel cas il s’agit d’un processus politique. Même s’il peut y avoir des points de jonction, ce n’est pas la même chose. Et ça n’appelle pas le même type de réponse.

Je peux donner l’impression de chipoter, mais je pense qu’il est important de savoir de quoi on parle. Désigner un problème est quand même le pré-requis pour le résoudre. Et il faut avouer que la plupart du temps, quand homme et femmes politique emploient le vocable de “révolution numérique”, ils désignent tellement de choses, qu’ils ne désignent plus rien. Au-delà, il y a même une cocasserie certaine à voir tous ces gens - des socialistes qui ne sont plus révolutionnaires depuis longtemps ou même des gens de droite comme François Fillon, qui ne l’ont jamais été - employer ce mot de “révolution” avec une telle évidence. Et, même, ce qui est encore plus étrange, à ne l’employer que dans ce contexte.

J’ai une théorie. Je pense que si tous ces gens acceptent de parler de “révolution numérique”, c’est parce que quand vous accolez “numérique” à “révolution”, vous éteignez même l’idée de révolution. Faisons un exercice de méditation collective… Fermez les yeux…. Je vous dis doucement à l’oreille “révolution numérique”. Vous voyez quoi ?... Vous voyez des câbles, des ordinateurs, des écrans, des serveurs. Si vous voyez de humains, vous voyez des types barbus derrière un clavier en train d’aligner du code. Franchement, vous arrivez à voir là le ferment d’une révolution ? En fait je pense que parler de révolution n’est bon ni pour l’idée de révolution - mais ça, ça ne préoccupe plus grande monde - ni pour penser ce que le numérique modifie dans nos vies et nos sociétés. Car ce que nous vivons avec le numérique est sans point de bascule, sans retournement, pour la simple raison que cela concerne une infinité de strates qui ne vont pas toutes à la même vitesse, qui n’affectent pas les mêmes parties de nos vies, et qui, pire, se contredisent parfois les unes les autres. Une révolution a un sens. Ce qui nous arrive avec le numérique a beaucoup de sens en même temps. C’est ça, précisément qui est difficile à penser et que cache le mot de révolution. Il fait croire qu’on a compris quelque chose à ce qui se passait, que c’est énorme. Or, je ne suis pas certain que ce qui est en train d’avoir lieu soit une “révolution”, et si cela en devient une un jour, je ne suis pas certain que tous ces candidats à l’élection présidentielle seraient là pour en parler.

Chroniques

8H45
5 min

Le Journal de la culture

Investiture de Trump: grève massive des milieux culturels prévue demain #J20artstrike
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......