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Une photo sur Rich Kids

Il y a un Internet pour les très riches

4 min
À retrouver dans l'émission

"Sur Internet, personne ne peut voir ta Rolex".

Une photo sur Rich Kids
Une photo sur Rich Kids Crédits : Dor Bukobza

Il y a un problème : Internet - et avec lui les réseaux sociaux, les blogs, et les sites de rencontre - accueille une part toujours plus grande de la population du monde. Et donc - oui, c’est affreux - les pauvres, les mal éduqués, l’utilisent comme les autres pour prendre la parole, raconter leur vie, ou râler. Même sur Twitter, on rencontre des SDF qui racontent leur quotidien, c’est dire. Bien sûr, cela fournira un jour, pour qui saura l’utiliser, une documentation inédite pour cette “histoire par en bas” que l’historien britannique EP Thompson appelait de ses voeux. Mais en attendant, c’est un soucis pour les plus riches, qui sont à la recherche de lieux où ils pourront s’esbaudir entre eux, comme ils l’ont toujours fait. De tels lieux existent-ils dans les réseaux ? Eh bien, figurez-vous que The Verge répondait la semaine dernière à cette question. Où l’on découvrait toute sorte d’espaces numériques dans lesquels on adorerait envoyer des avatars des Pinçon-Charlot pour une une petite exploration sociologique. En attendant, il faudra vous contenter de ma description.

Par exemple, Best of All Worlds (le meilleur de tous les mondes) est une application pour les élites du monde entier, créée en 2012. Son son PDG - un comte suédois - en a eu l’idée quelques années plus tôt, pendant une chasse au sanglier en Allemagne. Il voulait un espace qui soit à la fois un réseau social et un répertoire de services, mais uniquement à destination des plus riches. Car il faut pouvoir avoir confiance en ce qu’on vous recommande, et se sentir en sécurité, avec des gens qui partagent vos valeurs.

Il y a aussi, The Marque, un réseau social à l’origine britannique. Comme pour Best of All Worlds, on ne peut entrer que par cooptation, mais ça ne suffit pas. Il faut non seulement payer - 1200 euros l’année - mais surtout rencontrer un membre du site qui va évaluer votre compatibilité. Et l’argent, paraît-il, n’est pas le seul critère, ainsi un milliardaire a-t-il récemment été refusé, parce qu’on sentait qu’il ne contribuerait pas assez activement à la ie du site. Comme le dit un des dirigeants :” il y a sur terre un tout petit nombre de gens qui n’ont pas d’endroit de l’Internet où aller, nous leur en offrons un. “ (pourquoi ils ne peuvent pas aller ailleurs, il faudra m’expliquer, mais bon…). Qui sont ces gens ? Ils sont tous associés, pdg, investisseurs… ils vivent à Londres, Dubaï, Los Angeles ou Hong Kong...

Il y a ensuite une autre catégorie de sites. Les décalques de services existants, mais pour une population sélectionnée. Par exemple Rich Kids est une sorte d’Instragram où des jeunes gens très aisés partagent des photos d’eux en train de regarder un film dans un jet privé, de poser devant leur nouvelle Rolls, ou en train de faire la fête sur le yacht de papa... Il en coûte à chacun 1000 euros l’année pour poster ces photos, ce qui peut paraître un peu étrange… Mais le créateur l’explique bien : cela permet à ces jeunes gens de se faire une notoriété, mais, sans se retrouver en compétition avec d’autres qui ne sont pas de leur milieu, et qui, parce qu’ils sont plus doués pour se mettre en scène, pourraient leur voler cette notoriété, comme ça se passe sur Instagram.

Autre type de lieux, les applications ou sites de rencontre très sélectifs - des sortes de rallis numériques. Raya, par exemple, ou Luxy, dont le slogan est “Tinder, mais sans les pauvres.” - un beau projet. D’autres applications de rencontre sont moins directement centrées sur l’argent, comme Sparkology, qui propose de la drague, mais uniquement entre diplômés des universités. Ou The League, qui vérifie votre profil professionnel sur Linkedin avant de valider votre inscription.

On pourrait allonger la liste, mais deux choses intéressantes dans tout ça. 1. Ca n’a pas l’air de très bien marcher. Best All Worlds n’est pas encore rentable. Rich Kids n’a pas encore trouvé son modèle économique. The Marque a été retiré de l’Apple Store. Autant qu’on puisse en juger, il n’y a pas encore de grande réussites dans cette économie de sites pour très riches, ce qui est un assez beau paradoxe. Dans l’Internet social, les réussites économiques passent par la masse. 2. Certains de ces sites étant en libre accès, on peut les consulter sans en être membre. Et là, chose étrange, non seulement ça ne donne pas grande envie - on a l'impression d'entrer dans le club house d'un golf où il y aurait plein de frères Bogdanov - mais surtout, cela provoque immédiatement le désir de retourner à notre internet grand bazar, où les sourires ont les dents moins blanches, les chiens sont moins bien peignés, et les propos moins amènes. D’où ma proposition : encore plus fermer ces lieux fermés. Que la très grande richesse puisse être triste, il ne faudrait pas trop que cela se sache.

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Le Journal de la culture

Le Journal de la culture : Mardi 2 mai 2017
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