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Des mineurs de charbon en Belgique

La Chine et ses mines de Bitcoin

4 min
À retrouver dans l'émission

Ou comment on se trompe en disant que le Bitcoin est virtuel.

Des mineurs de charbon en Belgique
Des mineurs de charbon en Belgique Crédits : Leemage - AFP

Je vous vois déjà, chers auditrices et auditeurs, vous dire : “oh non, pas le bitcoin… pitié... je me remets au lit… je ne veux pas qu’on me parle de cette monnaie d’adolescents boutonneux qui veulent s’acheter du cannabis sur Internet… C’est ennuyeux, on n’y comprend rien… Passez tout de suite la parole à Zoé Sfez…” Eh ben non. Pendant que Zoé Sfez finit d’écrire sa chronique en alphabet runique (lisible que d’elle-même) je vais prendre un plaisir pervers à vous saouler avec le Bitcoin. Parce que le cours du Bitcoin est historiquement haut (il a plus que doublé depuis la fin mars, même s’il reste très volatile, la forte baisse de vendredi l’a encore prouvé), parce que c’est un marché estimé à plus de 10 milliards de dollars, et, surtout, parce que la Chine en est depuis longtemps un acteur majeur. Et ça, c’est assez contre-intuitif. Qu’est-ce qui peut donc attirer les Chinois dans cette monnaie qui a été créée en 2009 par un informaticien dont on ne connaît toujours pas l’identité, qui n’est adossée sur aucune activité économique et qui est générée par un réseau décentralisé d’ordinateurs qui certifient les échanges sans passer par aucune banque centrale ?

Ce qui plaît aux Chinois, c’est d’abord la volatilité du Bitcoin, qui permet de gagner vite de l’argent (d’en perdre beaucoup aussi), il y a quelque chose qui relie le Bitcoin à une culture du jeu très ancrée en Chine (et paf, une peu de culturalisme). Mais il faut aller chercher les raisons de son succès dans les conditions propres à la vie économique chinoise. Comme l’expliquait La Tribune en 2013 : “les restrictions sur les achats immobiliers sont de plus en plus strictes [en Chine], les Bourses chinoises ne génèrent que de maigres profits et les banques proposent des taux d'intérêts dérisoires, tandis que les autorités contrôlent étroitement les flux de capitaux hors de Chine.” Et donc, malgré les avertissements réguliers des autorités chinoises, qui sont allées jusqu’à interdire aux plateformes de paiement les opérations en Bitcoin, la plus grande plateforme d’échange de Bitcoin est chinoise, et est apparue une population de jeunes chinois qui gagne sa vie en spéculant sur le Bitcoin derrière leurs ordinateurs. Une petite société qui accepte les risques financiers, légaux et techniques du Bitcoin et joue avec les ambiguïtés des autorités chinoises vis-à-vis de la monnaie cryptée. On estime donc que ces dernières années, 90% du trading en Bitcoin était le fait d’investisseurs chinois.

Ainsi, en Chine, le Bitcoin n’est pas une monnaie virtuelle, comme on le dit trop vite. Il a même une existence très matérielle. En septembre dernier, le Washington Post publiait un reportage fascinant sur une mine de Bitcoin située dans les montagne du Tibet. Car oui, le Bitcoin, bien que monnaie sans métal, a besoin de mines. Une mine de Bitcoin, ce n’est pas un trou dans le sol dont on extrairait des Bitcoin. Non, une mine de Bitcoin c’est un hangar plein de microprocesseurs qui tournent et effectuent des calculs mathématiques pour le réseau Bitcoin ; sachant que la mine qui effectue le calcul plus vite que les autres reçoit en récompense des Bitcoins qui sont générés à un rythme qui a été défini dans le programme initial... C’est assez beau le Bitcoin quand on y réfléchit : à la question de l’espace dans le minage traditionnel (trouver le bon filon), a été substitué la question du temps (calculer le plus vite possible), à celle de la puissance physique et mécanique du minage traditionnel (avoir des hommes et des machines qui creusent) s’est substitué la puissance de calcul (la preuve, il faut une dizaine de personnes pour faire tourner une mine chinoise de Bitcoin). De l’or au Bitcoin, c’est une page du monde qui a été tournée. Bref. Au départ, des particuliers pouvaient participer à ce minage, mais aujourd’hui, la concurrence est telle que seulement quelques sites industriels avec une énorme puissance de calcul peuvent être des rentables. Et ces mines de Bitcoin coûtent très cher en énergie car non seulement il faut alimenter les machines en électricité, mais il faut aussi les refroidir (car des machines qui tournent, ça chauffe). Et l’histoire de cette mine tibétaine est symptomatique. Au départ, a été construite une centrale hydro-électrique. Mais face au ralentissement de l’économie chinoise, il a été décidé que la centrale servirait à l’alimentation la création d’une mine de Bitcoin (qui, en sus de l’énergie, profiterait du climat très froid de la région, ce qui réduit la nécessité de climatiser). Ainsi donc, il y a ces mines tibétaines, mais il y en d’autres en Chine, et même si c’est difficile à quantifier, on estime que la moitié au moins des capacités minières du Bitcoin sont en Chine. Pas mal pour un pays qui ne donne aucune existence légal à cette monnaie.

Que conclure de tout ça ? Je crois que face à la difficulté, il faut en revenir aux classiques. Et donc, je dirais, l’instar du Guide du Routard “Chine, terre de contraste.”

Chroniques

8H45
5 min

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Le Journal de la culture : Mardi 30 mai 2017
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