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Coucher de soleil en Grèce

La chronique de toutes les chroniques pas faites cette année

7 min
À retrouver dans l'émission

Pour la dernière de la saison...

Coucher de soleil en Grèce
Coucher de soleil en Grèce Crédits : Wassilios Aswestopoulos / NurPhoto - AFP

Puisque nous nous quittons pour 8 semaines, permettez-moi ce matin de faire la chronique des chroniques que je n’ai pas faites, pour diverses raisons qui tiennent tantôt au moment qui ne vient jamais (dans “chronique” il y a “chronos”, tout est affaire de moment), tantôt à la paresse face à des sujets trop compliqués, tantôt à l’oubli pur et simple, mais qui tiennent le plus souvent au temps scandaleusement réduit qui m’est imparti, et que, décidément, je ne me serai pas expliqué….

Cette année, je n’ai fait pas de chronique sur la déconnexion. Et pourtant, cet été, je vais me déconnecter, parce que je suis connecté toute l’année. Et je ne vais pas lire non plus, parce que je lis toute l’année, je ne vais pas réfléchir, parce que je le fais toute l’année, je ne vais discuter avec des gens, parce que je le fais toute l’année (et que c’est vraiment pénible), je ne vais pas aimer non plus, parce que je le fais toute l’année, ni m’occuper de mes enfants parce que je le fais toute l’année. Cet été, je vais donc me retrouver seul avec moi-même. L'horreur. Alors, vive la déconnexion...

Cette année, je n’ai pas fait de chronique sur tous ces gens qui m’ont dit en se marrant “et, puisque tu t’y connais en informatique, tu veux pas réparer l’imprimante, ahah ahah ?” Je ne leur ferai pas le plaisir de leur accorder quatre minutes d’antenne à ces gens (même si 4mn, c’est très court, cf. supra) parce que, contrairement à ce que sous-entend leur petit ton narquois, j’adorerais savoir réparer une imprimante, j’en serais même très fier, et que si je conçois une honte, ce n’est pas de parler d’informatique, mais de ne pas en connaître assez pour réparer vos ordinateurs, pour pouvoir vous mépriser quand vous paniquez parce que votre clavier est passé en qwerty (j’aimerais tellement vous mépriser mais le problème, c’est que moi-même je panique quand mon clavier passe en qwerty). Et si j’avais le temps, je me lancerais dans un éloge follement lyrique pour célébrer ces héros des hot line, tous ces rois et reines des câbles, des microprocesseurs et du code, qui sont un peu les gastroentérologues de nos autres flux.

Cette année, je le regrette, je n’ai pas assez parlé de sexe.

Cette année, et je le regrette aussi, je n’ai pas fait de chronique sur le seul sujet qui m’angoisse vraiment : quel protocole est prévu le jour où les extra-terrestres arriveront sur terre ? Qui les accueillera ? En quel langue on leur parlera ? Qu’est-ce qu’on leur offre comme cadeau ? Qu’est-ce qu’on a prévu de leur donner à manger ? Où on les installe ? L’idée que si on ne soit pas mis d’accord avant, on puisse se montrer hésitants - voire inconvenants - le jour où les aliens arriveront me panique complètement. Mon seul espoir : qu’on ait confié la play-list d’accueil à Matthieu Conquet.

Cette année, j’ai réussi à faire 200 chroniques sur le numérique sans parler de la neutralité du net (un des sujets les plus importants du point de vue économique et technique), de Xavier Niel (un des plus grands acteurs français du champ) ou de la voiture autonome (sans doute un des grands enjeux contemporain). Et le pire, c’est que personne n’a remarqué….

Cette année, je n’ai pas fait de chronique sur cet ami bienveillant qui vit dans les ordinateurs, qui étant bizarre, voit des choses bizarres dans Internet, et qui m’abreuve de liens vers des bizarreries qui font du web un nouveau Traité des passions foutraque et peu cartésien.

Cette année, je n’ai toujours pas fait de chronique sur les mails d’auditeurs et auditrices, qui ont changé notre vie de journaliste et qui, même quand ils sont plein de colère, sont nécessaires et instructifs... surtout celui du monsieur qui me demandait conseil pour choisir sa machine à laver.

Cette année, je n’ai pas fait de chronique sur un usage du smartphone très très pointu que j’ai découvert à l’occasion de cette matinale et qui consiste, de la part d’un certain nombre de nos invités hommes d’un certain âge (heureusement, ça n’arrive pas souvent), à faire semblant de regarder leur écran pour pouvoir mater peinard les seins de Zoé Sfez. Alors que ce ne sont pas ses seins, mais son magnifique cerveau qui permet à Zoé Sfez de déchiffrer chaque matin en direct la feuille noircie de caractères runiques qui lui tient lieu de chronique et dont le mystère aurait découragé la patience de Champollion.

Cette année, je n’ai pas fait de chronique sur le poème d’Alfred de Musset, intitulé “Sur la paresse”, où il s’en prend notamment au “seigneur journalisme et ses pantalonnades”, - bon et pourquoi pas - mais où il fustige - je le cite à peu près - “Ce droit quotidien qu’un sot a de berner / deux cent milliers de sots, au petit-déjeuner.” Poème qui oublie qu’il n’y a rien de sot dans l’intense plaisir à berner et être berné, que ce droit est d’abord un honneur, et qui m’amène à la seule conclusion qui compte : “Quel con ce Musset.”

Chroniques

8H45
3 min

Le Journal de la culture

Le Journal de la culture : Vendredi 30 juin 2017
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